Ordre de marche de la brigade v. der Goltz
Avant-garde, lieulenant-colonel Nachtigal : 2 balaillons, i escadron de réserve, 2 batteries de réserve ; Gros, coIodoI Wahlert : 4 bataillons, 2 escadrons de réserve, i batterie de réserve. Un régimeni de dragons de réserve était resté à Aillevans. En outre, quelques compagnies de landwelir étaient réparties vers Marat et Moimay.
Il existe de très grandes divergences entre la relation de VÉlat-major pru8~ sien, le rapport du général Billot et les historiques de nos corps. La version française nous a paru la plus vraisemblable.
2. 2 compagnies soutenaient Tartilleiie d'Esprels ; 4 faisaient face à Touesl (Historique du 42^).
COMBAT DE VILLERSKXEL. 217
Esprels. Les 1" et 3" bataillons du 42" do marche prirent position à la lisière sud-est du bois de la Bouloye ; la H** batterie du IS* régiment s'établit un peu au sud, de façon à battre Marat et Moimay. Le centre de nos positions, près des deux autres batteries, fut confié à deux bataillons (44* de marche et 19* mobiles) ; enfin, à Autrey, le 9* chasseurs de marche, renforcé d'un bataillon du 19*" mobiles, fut mis sous les ordres du commandant Libermann, de Tétat-major du 18® corps. Le 73* mobiles, placé dans les bois de Chassey entre les chemins d'Esprels et de Chassey à Vesoul, gardait notre extrême gauche, et le reste de la division Pilatrie et lit en réserve au nord d'Esprels.
Grâce à notre artillerie, Tennemi (3 batteries) ne put se maintenir dans Marat et, vers 3 heures, six compagnies du 42' de marche y pénétraient sans coup férir. Malgré les obus allemands, quatre d'entre elles s'y installèrent et les autres prirent position sur une hauteur à l'ouest ^
Cependant, l'avant-garde de v. der Goltz avait jeté dans Moimay deux compagnies, bientôt renforcées d'une troisième venant de Villersexel. Connaissant la présence, devant lui, de forces considérables et la nécessité de garder Moimay, V. der Goltz y porta la plus grande partie de sa colonne (2 bataillons et 1 batterie). De plus, les trois compagnies venant de Marat s'étaient retirées sur Moimay; les deux batteries de l'avant-garde avaient d'abord pris position au nord de ce village -, elles s'établirent ensuite à l'ouest et dirigèrent leur tir contre une partie de l'artillerie du 20® corps, placée à la ferme EuUet. La batterie du gros vint les y rejoindre après avoir un instant tiré sur Marat des abords de la Grange d'Ancin.
De Moimay, cinq compagnies allemandes pénétrèrent dans le bois des Brosses, où elles furent bientôt vivement engagées (vers 1 heure) contre deux compagnies du 9" chasseurs éta-
1. Diaprés VÉtat-major prussien, aucune fraction de l'ennemi n'aurait dopassé Marat; trois compagnies, qui tentaient de s'y installer, auraient été devancées par le i8« corps.
218 NUITS, VILLESSEXEL.
blîes dans les bois des Brosses et du Ctlassoi8^ V. der Goltz ^e crut même assez fort pour détacher à Villersexel neuf compagnies avec le lieutenant-colonel Nachtigal. Elles devaient relever les fractions de la 4* division de réserve, pour leur permettre de marcher vers Belfort. Malheureusement, la division Feillet-Pilatrie ne mit pas à profit l'affaiblissement de nos adversaires.
Sur les entrefaites, le général Billot avait envoyé plusieurs officiers à l'amiral Penhoat pour presser sa marche sur Villersexel. En même temps il invitait les généraux Bonnet (3* division) et Brémond d'Ars (division de cavalerie) à quitter les cantonnements qui leur étaient assignés pour marcher sur Esprels. Nous verrons plus loin quel fut le rôle de la division Penhoat. Quanta celle de Feillet-Pilatrie, le reste du jour elle consei-vait à peu près les mêmes positions. Pourtant des francs-tireurs, établis dans le ^boi& des Brosses, pris de panique, se repliaient en entraînant une compagnie du 9^ chasseurs. Mais le commandant Libermann ralliait cette deimière et se maintenait dans le bois, tout en réclamant, par deux fois, des renforts. En Tabsence des divisions Penhoat et Bonnet, qui n'arrivaient pas encore, le général Billot ne croyait pas devoir disposer de la brigade Robert, jusqu'alors restée înactive. Heureusement la réserve d'artillerie du 18* corps atteignait Esprels et venait prolonger les batteries de Feillet- Pilatrie. Peu après, le général Brémond d'Ars débouchait également avec trois régiments ; le 5" dragons et le 5* cuirassiers de marche prirent position en arrière et à droite de l'artillerie, près du cimetière. Le 2* hussards démarche se porta vers Marat, pour menacer, au besoin, le flanc droit de v. der Goltz.
Ces dispositions prises, le général Billot crut pouvoir enfin disposer de la plus grande partie de la brigade Robert ; il laissa un bataillon seulement en réserve près du cimetière d'Esprels.
1, Dons son rapport, le gônéial Billot attribue à rennemi Tialention do nous déloger d'Esprels et d'Autrey. D'après VÉtat-major prunien, v. der Goltz n'aurait ou d'autre but que de garder Moimay.
Cependant, une attaque tentée de Moimay sur Marat par deux compa^ies allemandes était repoussée. Mais les trois batteries de v. der Goltz avaient peine à combattre Tartillerie de réserve du 18® corps. Deux fois elles cessaient le feu. En tentant de se porter plus avant, Tune déciles fut tout à coup accueillie par un feu vif parti du bois des Brosses, et obligée de faire demi-tour en laissant deux pièces à l'abandon. Pour* tant lés Allemands nous délogèrent du bois et cherchèrent même à en déboucher. Mais ils furent pris d'écharpe par la réserve d'artillerie; en même temps, une fraction du 9" chasseurs, soutenue par le 44* da marche, rentrait dans le bois et s'en emparait (vers 3 heures). Le 44® arriva même à très faible distance de Moimay ; le combat resta ensuite stationnaire jusqu'à la nuit close.
Vers 2 heures après midi, Werder s'était rendu compte de l'importance de la double action engagée à Moimay et à Villersexel. Aussitôt, il portait le gros de la 4* division de réserve sur ce dernier point, par la Grange d'Ancîn, et ramenait à Arpenans la plus grande partie des troupes badoises déjà en marche sur Athesans. Une seule brigade continuait dans cette direction et allait cantonner à Lure*. Quant aux neuf compagnies dirigées de Moimay à Villersexel par v. der Goltz, elles étaient remises à la disposition de ce dernier avec une partie de la 4® division de réserve. Mais v. der Goltz jugeant ces renforts inutiles, ils allaient s'établir à la lisière sud du Grand-Fougeret*.
Vers le soir, le gros de la division badoise dépassait Arpenans dans la direction de la Grange d'Ancin, et le général V. Glttmer portait en avant trois batteries qui dirigeaient leur feu contre Marat. Puis, deux bataillons sortaient du bois
1. v. der Wengen fait remarquer avec raison que ce fut une faute d'arrêter les Bddois en marclie vers Belfort. En raison de son infériorité numérique, Werder ne pouvait espérer de battre Bourbaki. Au contraire, il avait intérêt à le devancer le plus possible devant Belfort.
2. Ces mouvements sont incompréhensibles. D'une part. v. der Goltz avait à se maintenir dans Moimay. De Tautre. nous verrons que le départ de ces neuf compagnies permit à la division Penhoat de s*emparer sans difficulté du parc de Villersexel.
de la Genevraye et donnaient Tassant à ce village. Les quatre compagnies du 42« de marche, menacées d'être tournées vers leur gauche, en étaient délogées sans peine. D'ailleurs l'ennemi y demeurait peu de temps. A minuit, il évacuait ce village et le 42* y rentrait une heure après*.
En somme, la division Feillet-Pilatrie et la réserve d'artillerie du 18* corps avaient joué un rôle moindre qu'il n'eût fallu. Leurs attaques contre Moimay avaient échoué ; elles n'étaient même plus en possession de Marat. Pourtant ces 13 bataillons, ces 16 escadrons et ces 11 batteries n'avaient en face d'eux que des forces très inférieures : 4 bataillons^, 3 escadrons et 3 batteries. Ce résultat était d'autant plus fâcheux que l'occupation de Moimay eût singulièment gêné la défense de Villersexel par les Allemands.
Ceux-ci y étaient vivement pressés. Nous avons dit qu'après la prise du pont de pierre et la retraite de nos troupes sur Villers-la-Ville et le long du Scey, un moment d'accalmie s'était produit. Puis, la 3* division du 20" corps, à laquelle appartenaient les deux bataillons chassés de Villersexel, vint prendre position sur les hauteurs au sud, et deux de ses batteries' ouvrirent le feu à l'est et à l'ouest du Petît- Magny. Mais celles de l'ennemi les obligèrent plusieurs fois à changer d'emplacements. Enfin, arrivèrent trois batteries de 12 (réserve du 20' corps), qui firent pencher la balance en notre faveur.
Dans l'intervalle, les Allemands (3 bataillons et demi, 2 batteries) prenaient l'offensive vers l'est et dépassaient même Villers-la-Ville. Mais Werder, jugeant avec raison ces troupes fort aventurées, les ramenait aux abords de Villersexel. Dans leur retraite elles étaient suivies par la 1" division du 20* corps, qui débouchait de Villargent*. Puis, à notre ex-
1. Historique du 42^. L'ennemi évacua également Moimay pendant la nuit.