‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 132 sur 165 · Historique du 5P de ligne · texte numérisé non relu

Historique du 5P de ligne

du combat. Vers 7 heuree, Clînchant prévint Tamiral qu'en vertu d'ordres reçus à Pinstant il était obligé de reprendre sa marche vers la droite. Il le priait donc de faire relever les fractions de sa S*' division entrées dans la ville ^ Grâce à Tentrain de Penhoat et de ses troupes, cet ordre inexplicable n'eut pas les fâcheuses conséquences qu'il eût pu entraîner. Le 92* de ligne, le dernier de nos vieux régiments revenus d'Afrique, reçut l'ordre de soutenir le 52*. Pendant que le 1*' bataillon de ce dernier, vigoureusement entraîné par le commandant de Soulages, forçait l'entrée principale du parc, trois compagnies du 92* (r% 2* et 3* du V' bataillon), commandant Roche, y pénétraient par la grille de l'ouest, refoulaient à la baïonnette tout ce qu'elles trouvaient devant elles et atteignaient ainsi le château dont elles s'emparaient en délivrant 120 prisonniers. Le reste du 1" bataillon appuyait les 2* et 3* bataillons du 52* dans leur cheminement au travers du bourg. Enfin, l'amiral faisait couper, par le génie, la passerelle de la Forge, afin d'empêcher un mouvement tournant.

Sur les entrefaites, l'ennemi recevait un nouveau contreordre. Werder, apprenant l'évacuation de la ville, prescrivait à la 4* division de réserve d'y rentrer ^ Aussitôt trois bataillons et demi de landwehr se portèrent sur le pont de pierre. En y arrivant, ils rencontrèrent un régiment prussien en pleine retraite. Lui aussi fit demi-tour et rentra dans le

1. Les motifs de cet ordre de Bourbaki ne nous sont pas connus, mais il était de la plus haute imprudence de nous affaiblir à Villersexnl avant môme d*en avoir chassé l'ennemi.

2. D'après VÉtat-major prussien, Werder prescrivit à ses troupes, entre 7 et 8 heures du soir, de se maintenir dans les positions occupées.

Lôhlein explique ainsi la confusion d'ordres et de contre-ordres où tombèrent les Allemands :

V. Tresckow prescrit au colonel v. Loos de défendre Villersexel aussi longtemps qu'il le pourra sans danger ; le major Kretschmaun apporte ensuite du général v. Schmeling l'ordre de n'évacuer le bourg en aucun cas; le soir, à T'iiô, Werder prescrit de se maintenir sur les points occupés. Son intention est d'y attendre nos attaques le 10, ou, si elles ne se produisent pas, de marcher sur Belfort. Il fait évacuer Vesoul et porte sa garnison sur les Belles- Baraques, pour intervenir, au besoin, vers Ësprels. Il ordonne, enQn, de faire occuper Villersexel, le lo, par deux bataillons avec de la cavalerie et de l'artillerie.

bourg, non sans un vif combat. D'après un Allemand, témoin oculaire, une quinzaine de Français, cernés dans une maison en flammes, se défendirent avec la dernière énergie. Enfin, elle s'écroula et ils disparurent sous les décombres, avec une retentissante clameur de mort, « mit gellendem Todesgeschrei * !» Un bataillon réussit à réoccuper la partie est de la ville, où nous avions à peine pénétré; le reste demeura en notre possession.

Mais un bataillon de landwehr s'était dirigé sur le parc et le château. Son attaque fut d'abord repoussée par le 92*; pourtant, le major v. WUssow, avec une partie d'un autre bataillon, réussît à pénétrer dans le rez-de-chaussée du château; le gros des deux bataillons le suivit, tandis que les trois compagnies du 92* entretenaient un combat acharné des étages supérieurs et dans les caves. La loge du concierge et la maisonnette en face, à vingt-cinq mètres du château, restaient même à nous (8 heures).

Cependant, la moitié d'un nouveau bataillon de landwehr remontait les pentes qui descendent du château vers l'Ognon ; un autre, qui occupait le nord-est de Villersexel, jetait deux compagnies dans cette direction. Le combat se continuait toujours plus vif, dans les escaliers et les couloirs ; les landwehriens réussissaient à pénétrer dans le premier étage et à s'emparer d'une pièce en y faisant de nombreux prisonniers. Mais le reste du château demeurait en notre pouvoir*. Schmeling donnait alors l'ordre de nous enfumer et les landwehriens Pexécutaient au pied de la lettre' (vers 10 heures). On incendiait la partie ouest et, peu après, sur le bruit que nous menacions déjà le pont de pierre, la majeure partie des assaillants se repliaient vers l'Ognon qu'ils traversaient à gué, quoique la passerelle existât encore ; plusieurs se noyaient dans les eaux glacées. Le colonel v. Krane et le major v. Wussow,

1. v. der Wengen. Des Allemands cachds dans les caves y furent étouffés par la fumée. D'autres en sortaient encore deux jours après , poussés par la faim (Penhoat).

2. Lôhlein signale ce combat comme Tun des plus acharnés de toute la campagne.

Page 1