TENTATIVE DE GARIBALDI SUR DIJON
Ces dispositions ne tardaient pas à être modifiées; dans la matinée du V décembre, malgré la désorganisation et la démoralisation extrême de Farmée, Garibaldi la répartissait autour d'Autun et donnait ordre de tenir jusqu'à la dernière extrémité. De plus, il faisait commencer quelques travaux défensifs, mais l'incurie était si grande parmi ses troupes, la discipline si relâchée, que le lieutenant-colonel Chenet, chargé de défendre Saint-Martin avec les guérillas Marseillaise et d'Orient, quittait son poste en se bornant à en informer l'état-major. Celui-ci ne prenait aucune disposition pour parer à cet abandon \
L'approche des Allemands, restée inaperçue des Garibaldiens, fut signalée vers 11 heures par l'inspecteur du chemin de fer de la Taille, qui avait fait une reconnaissance sur unelocomotive. Des paysans confirmèrent ce fait, mais sans qu'on attachât aucune créance à leurs rapports. Enfin, à 1 Heure et demie , le premier obus tombait dans Autun ; moins d'une heure après, la brigade Keller, ayant traversé Saint-Martin sans coup férir, débouchait devant la ville.
Heureusement nos trois batteries, placées sur la terrasse de l'évêché, tinrent bon, et Garibaldi sut réparer sans perte de temps les fautes commises jusqu'alors. L'ennemi fut tenu en respect. Cependant Keller avait décidé de bombarder le 2 décembre Autun au moyen d'obus incendiaires, quand il reçut un ordre de Werder qui l'obligea de changer à l'instant ses dispositions : « Les forces ennemies se sont montrées si nombreuses vere Nuits, hier 30, qu'une oflFensive plus pro-
1. Chenet se retira par Antully sur lo Creusot, puis sur Roanne et Lyon, sans avoir reçu le moindre ordre dans ce sons. Il fut ramené à Aulun et condamné à mort par une cour martiale, le 13 décembre 1870. Cette peine fut illégalement commuée en celle des travaux forcés par Garibaldi; puis le jugement lui-môme fut cassé le 2 février pour vice de forme ; enfin Chenet fut acquitté le 30 mars par le conseil de guerre à Lyon.
L'affaire Chenet a motivé les polémiques les plus passionnées. On en a fait très injustement une arme contre Garibaldi. Il çst de toute évidence que si Chenet a pu quitter par erreur le poste de Saint-Marlin, ainsi qu'il le prétend, ce n'est point par erreur qu'il a conduit ses guérillas jusqu'à Lyon.
Ancien officier de cuirassiers, démissionnaire, Chenet avait commandé au Mexique la contre-guérilla française, puis la gendarmerie de Puebla. Il paraît 8*y être brillamment conduit.
longée de Votre Excellenc3 sur Âutun n*est plus désirable. Je vous prie, si les circonstances le permettent, de marcher aujourd'hui même sur Dijon. Au reste, j'attends votre Excellence pour le 3, au plus tard, autour de Dijon*. »
Le soir même, Keller se repliait derrière la Drée, et le lendemain 2, il se mettait en marche sur Amay-le-Duc et Dijon*, pendant que Garibaldi et Bordone cherchaient à reconstituer Tannée des Vosges, en ralliant un très grand nombre d'hommes qui avaient fui au premier coup de feu. L'état -major demanda même, le 2, un train spécial pour aller chercher 1,500 fuyards qui s'étaient arrêtés au Creusot, €t refusaient de revenir à pied* !
Ainsi la première tentative de l'armée des Vosges pour «sortir de la défensive avait échoué, et cet échec était à peu près inévitable. Garibaldi avait dû renoncer à une attaque concentrique contre Dijon, parce que nos troupes de la vallée de la Saône ne pouvaient y coopérer en temps opportun. Il risqua un combat de nuit, avec des éléments de solidité incertaine, dans la partie la plus aisée à défendre des environs de Dijon. Même s'il eût culbuté les deux bataillons de Daix, il se fût trouvé devant des forces très supérieures. En admettant qu'il réussit à pénétrer dans la ville et à s'en emparer, ses 6,000 hommes n'auraient pu la défendre contre le XIV® corps, pourvu d'une artillerie infiniment plus puissante que les 18 pièces de l'armée des Vosges. L'attaque de Dijon était une entreprise avortée, sans autre résultat probable qu'une déroute.