PROJETS D EXPEDITION DANS L EST
était encore incomplète, mais les troupes de Cremer n'en allaient pas moins présenter désormais une réelle consistance, et le combat de Nuits devait en donner une preuve inoubliable.
Leur inaction actuelle tenait à plusieurs causes. Cremer voulait attendre quQ Garibaldi fût en état de reprendre les opérations actives ; jusqu'alors il tenait ses forces disséminées, afin de dissimuler leur effectif et de ne pas éveiller l'attention de l'ennemi \ D'ailleurs, nos troupes de la Saône ne pouvaient garder longuement leur attitude défensive et, à plusieurs reprises, le ministre le rappelait à Bressolles. Le 11, il lui télégraphiait encore: « Pouvez- vous vous mettre en marche vers le nord? Nous vous attendons comme le Messie....» Il lui annonçait en même temps l'envoi d'un colonel et d'un ou deux officiers d'état-major, d'un deuxième régiment de cavalerie, retenu jusqu'alors par les neiges à Carcassonne. Enfin, il lui demandait de mettre quelques bataillons de mobilisés à la disposition de Garibaldi*.
Mais l'état de nos troupes était bien éloigné de ce que supposait le Délégué. Malgré la révocation de Crévisier, la* subordination récente de Pellissier à Cremer, il n'y avait pas la moindre unité dans les opérations des fractions éparses d'Autun à Nuits, à Besançon, à Chagny. Ainsi, le 11 décembre, le colonel Bourras quittait, sans en informer Cremer, les positions qu'il occupait entre Dijon et Nuits. Il allait jusqu'à Chalon, puis se reportait à Seurre" après s'être ravitaillé. En dépit des réclamations de Cremer, il n'était pas formellement placé sous les ordres de celui-ci, comme l'eût voulu la situation^.
En outre, des tiraillements fâcheux se produisaient dans
1. Cremer et Poullet, La Campagne de l'Est et Varmée de Bourbaki. D'après cel ouvrage, le lO décembre, la l'o légion du Rhône et le bataillon de la Gironde occupaient Nuits, couverts du côté de Dijon par le corps Bourras. Le 32» de marche et les chasseurs volontaires du Rhône étaient à La Doix ; Cremer, la 2» légion et les volontaires libres du Rhône étaient à Beaune.