RETRAITE DE CREMEB SUR CHAGNY
émotion dans la vallée de la Saône. A Lyon, surtout, Tlmpression de notre échec était encore accrue par les exagérations répandues au sujet des pertes subies par les mobilisés du Ehône, déjà si considérables en elles-mêmes. Il en résulta des scènes de désordre qui nécessitèrent la venue immédiate de Gambetta. De son côté, le préfet de la Côte-d'Or, Luce- Villiard, croyait devoir proposer à la Délégation la destitution de Cremer , et cette démarche , au moins inopportune , fut honorée d'une attention qu'elle ne méritait pas^
Aussi Bressolles invitait -il Pellissier à se maintenir .«à tout prix» dans sa position de Verdun*, ce qui obligeait Pellissier de réclamer à Cremer la 4* légion de Saône- et- Loire qu'il avait envoyée àBeaune*. De même, Gambetta recommandait instamment à Cremer de se maintenir à Chagny, et le général se hâtait de lui télégraphier* : « Non seulement je tiendrai Chagny jusqu'à la mort, mais je n'y ai envoyé que les troupes à ravitailler en munitions-, de ma personne, je suis à Beaune, où je tiendrai; aussi je compte même reprendre l'ofifensive avec mes renforts et des munitions renouvelées; je ne suis nullement démoralisé ; au contraire, j'ai tenu tout le jour avec 10,000 hommes contre 25,000. » Ainsi, Cremer plaidait les circonstances atténuantes pour expliquer sa malencontreuse retraite sur Chagny.
Elle était d'autant plus inexplicable que les Allemands n'y contribuèrent en rien. Le matin du 19 décembre, Werder constata notre disparition des environs de Nuits. Aussitôt il ramena ses troupes vers Dijon, où elles restèrent provisoirement concentrées. Singulière attitude au lendemain
1. 19 décembre, 3^i6 soir (c'est sans doute 20 qu'il faut lire). Guerre à Bressolles et Gambetta : « Le préfet de la Côte-d'Or, qui hier s'est plaint de la retraite de Cremer sur Chaguy, me télégraphie aujourd'hui ce qui suit: «Rieciotli arrive et, au lieu de fuir, réoccupe positious ; trains amenant troupes « de Lyon se succèdent. Je propose pour général commandant colonel Bourras cr ou colonel Millot, du bi^ de marche. » Quelle suite convient-il de donner à cette proposition et le général Cremer vous paraît-il blâmable en cette circonstance?» (Enquête, tome III, p. 348.)