Télégramme du 21 décembre (Enquête, tome IV, p
2. Chenet appartenait à Tune des batteries de montagne arrivées de Lyon dans la nuit du 18 au 19. Avont son départ, il avait été condamné à mort pour voies de fait envers ses supérieurs. Le général Bressolles invita Cremer à faire exécuter cette sentence, qui eut dû Tétre à Lyon même, aux termes du décret sur les cours martiales. A peine cette nouvelle était-elle répandue dans Beaune, que Taumônier de la prison et plusieurs députations de femmes de la ville sollicitèrent la grâce du condamné. Il n'était pas dans les pouvoirs de Cremer, ni de personne, de l'accorder. Le matin du 21 décembre, Chenet fut donc amené en présence d'un bataillon du 57« de marche et de la batterie dont il avait fait partie. Le peloton d'exécution en était tiré. Au moment fatal, pas un coup de feu ne retentit. Les douze mousquetons avaient eu simultanément un raté. Le commandant du 57« n'en demanda pas plus et fit ramener
Cependant , celles de nos troupes qui s'étaient retirées à Chagny, ou au delà, se reportaient successivement sur Beaune (22-24 décembre*). Creraer, nommé divisionnaire le 21, fut remplacé, durant quelques jours, par le général Carré de BusseroUes. Puis Ton décida de former sous ses ordres une nouvelle division, indépendante du 24* corps (25 décembre). Les deux légions du Rhône y seraient remplacées par des régiments de mobiles, et Cremer passerait sous les ordres directs de Bourbaki , dont Tenvoi dans le bassin de la Saône venait d'être décidé. Ainsi, la Délégation rendait justice au défenseur de Nuits, tout en donnant satisfaction à une population qu'elle croyait devoir ménager particulièrement, celle de Lyon*. Les considérations de politique pure continuaient à peser d'un poids trop lourd sur la direction de nos affaires militaires.
Quant aux troupes de Werder, elles demeuraient concentrées à Dijon. Kulle part les reconnaissances poussées vers le sud ne rencontraient nos avant-postes. Pourtant divers renseignements semblaient indiquer la concentration de fortes masses dans la vallée de la Saône. Dès le 21, des espions allemands annonçaient que toutes les villes de cette vallée, Lyon surtout, étaient bondées de troupes ; des colonnes de toutes armes marchaient vers le nord. On constatait l'arrivée à Dôle de renforts, notamment du 84® de marche*, appartenant au 24® corps. De même, on signalait la présence dans cette région de lanciers qu'on n'y avait jamais vus. Les lettres
Chenet ea prison. Mais sa faiblesse «fut aussitôt réprimée par Cremer qui lui infligea trente jours d'arrêts de rigueur, en donnant au colonel PouIIet l'ordre de faire exécuter la sentence sur l'heure, comme le voulait la loi. Mais une émeute éclata dans la ville; on s'attroupa devant la prison en poussant des cris de mort contre Creraer et en réclamant le condamné. On dut le faire exécuter par un peloton du 67«, à l'intérieur de la prison. L'efTervesceuce en fut encore accrue ; il fallut, pour qu'elle se calmât, que Cremer parcourût les rues seul, sans armes et un cigare aux lèvres. Ce sang-froid désarma les colores (Cremer et Poullel).
1. Le 22 décembre, les mobiles de la Gironde et la 2« légion du Rhône; le 24, la ir« légion et le 32* de marche.
2. L'assassinat du commandant Arnaud, de la garde nationale de Lyon, avait ou lieu quelques jours auparavant.
3. Le 84» eut quelques engagements avec l'ennemi du 18 au 20 décembre, vers Pesmes.
RËTRAlfE DE CREMER SUR CHAGNY, 93
venant du sud, qui tombaient entre les mains des Allemands, faisaient prévoir de graves événements. L'attitude de la J)opulation se modifiait \
Ces faits indiquaient une concentration que Werder était dans l'impuissance de troubler. Il prit d'abord le parti de tenir au3si longtemps que possible à Dijon et de se retirer ensuite sur Châtillon-sur-Seine, si notre offensive s'opérait par Auxonne, comme tout le faisait prévoir. Aucune considération ne limitait encore sa liberté d'action. Le 21 décembre, le général de Moltke lui télégraphiait qu'il le laissait libre de détacher ou non une brigade sur Semur, ainsi que le portaient ses instructions antérieures. Il faudrait, dans tous les cas, diriger des colonnes mobiles vers ce point, afin de protéger la ligne de Chaumont àNuits-sous-Ravières, que le départ des dernières troupes de Zastrow laissait à découvert.
On voit que, vers le 21 décembre, l'attention des Allemands commençait à se porter sur le bassin de la Saône. Ils prévoyaient qu€ cette région pourrait être, à bref délai, le théâtre de graves événements. En effet, à cette date même, les préparatifs de l'expédition de Bourbaki étaient en pleine exécution.