CHAPITRE Xn
Béorgauisatioii de l'armée de la Loire. — Bourbaki et des Palliôres. — Retraite des 15e, 20e et 18« corps. — Poursuite des Allemands. — Combats au nord de Vierzon, — Retraite sur Bourges. — Combat de Gien. — Ohanzy et Bourbaki. — État de la Irc armée.
Après la série d'échecs qui avaient marqué les premiers jours de décembre, Tannée de la Loire, disloquée en plusieurs tronçons, s'était mise en retraite. Pendant que les 16* et 17® corps se retiraient vers le Loir, en longeant la rive droite de la Loire, le 15* marchait sur Vierzon, les 18* et 20'' allaient passer le fleuve de Jargeau à Qien, en amont d'Orléans.
Depuis plusieurs semaines il n'existait aucune communauté de vues entre la Délégation et le général d'Aurelle de Paladin es. Bien que la responsabilité de cette situation fût loin d'incomber tout entière à ce dernier, le ministre de la guerre crut devoir la lui faire supporter intégralement. De même que La Motte-Rouge après le combat d'Orléans (11 octobre), mais avec moins de motifs encore, le général d'Aurelle fut révoqué de son commandement. En même temps, d'importantes modifications étaient apportées à l'organisation de l'armée. A l'avenir, elle serait constituée en trois groupes distincts, qui ne resteraient pas tels que l'avaient voulu les hasards de la retraite. Le premier, composé des 15" et 18° corps, fierait placé sous les ordres de Bourbaki, avec le général Bo-
96 KDITS, VILLERSEXEL.
rel pour chef d'état-major. Il se concentrerait, sans tarder, à Gien, tiendrait solidement Tintervalle compris entre les deux routes de Nogent-sur-Vemisson à Gien et à Briare, et s'y préparerait à reprendre Tofifensive ^
Le 20* corps passerait sous les ordres directs du ministre et se rendrait « immédiatement » à Salbris, pour occuper les positions laissées libres par le départ du 15*. Il détacherait une brigade à Argent et attendrait de nouveaux ordres en vue de sa coopération à l'ofifensive de Bourbaki.
Enfin Chanzy prendrait la direction du troisième groupe, celui des 16' et 17* corps, auxquels allaient se joindre le 21® corps et la division Camô. Le commandement en chef de l'armée de la Loire disparaissait ; mais, par manière de compensation, la Délégation chargeait d'Aurelle d'organiser la défense du camp stratégique de Cherbourg*. Cette situation lui parut, non sans raison, au-dessous de celle qu'il avait occupée, et il se hâta de la refuser.
Il y avait au moins de l'imprudence à faire exécuter, dans le voisinage immédiat de l'ennemi, un double mouvement de flanc tel que celui prescrit aux 15* et 20* corps. Que penser, en outre, de l'idée en vertu de laquelle le 20* passait sous les ordres directs du ministre? La malheureuse expérience faite à la fin de novembre n'avait pas suffi à éclairer la Délégation sur les inconvénients du commandement qu'elle prétendait exercer ainsi, à distance du théâtre des opérations, même pour une fraction seulement de nos troupes. Enfin il était singulièrement hasardeux d'opérer des mutations aussi importantes dans le haut personnel d'une armée en pleine retraite. On ne change pas le cocher quand Tattelage traverse un gué, disent avec raison les Anglais. M. de Freycinet n'était pas sans doute fort éloigné de s'en rendre compte, car le télégramme résumé plus haut était suivi à bref délai d'un second, portant que les opérations en cours ne devraient être gênées en rien par les nouvelles prescrip-
1. Dos Palliéres garderait lo commandemeat du 15<> corps et le général Billot, nommé divisionnaire à titre provisoire, prendrait celui du 18«.
2. TélJgramme du 6 décembre, 2hio soir (Enquête, tome II, p. 64).