LES PRËMIEKS COMBATS DANS LES VOSGES
suffisamment des instructions du ministre de la guerre Le Flô au générai de la Motte-Rouge, qui allait assumer la lourde tâche de commander les troupes en formation dans le centre de la France (15 septembre). Après lui avoir donné quelques indications générales au sujet de la conduite à tenir sur la Loire^ le ministre ajoutait :
«... .Vous pourrez faire inquiéter les derrières de Tarmée prussienne et manœuvrer de façon à rétrécir, autant que possible, la zone d'action des détachements ennemis envoyés en réquisition.
« D'un autre côté, et sans perdre de vue l'obligation de laisser toujours une protection suffisante à la délégation du Gouvernement établie à Tours, vous pouri'ez vous porter dans la vallée de la Saône et, vous appuyant sur Auxonne, Besançon, Belfort même, manœuvrer sur le flanc gauche de Tennemi et l'inquiéter dans ses opérations. Les points d'appui que je vous indique vous permettront, sans vous compromettre, de tenter ces diverses opérations * »
De plus^ au moment où les avant-gardes allemandes débouchaient devant Paris, le ministre de la guerre en faisait partir le général Cambriels, avec ordre de prendre le commandement des troupes en formation à Belfort. En même temps lyi arrêté lui donnait autorité sur les hauts fonctionnaires civils des départements voisins et sur les troupes qui avaient été mises à leur disposition quelques jours auparavant. Cette mesure était d'autant plus indispensable qu'une circulaire chiffirée, envoyée vers cette date par la Délégation, recommandait aux préfets de conti'ebalancer le pouvoir des généraux par celui d'hommes énergiques, qui auraient pour but de « faire pénétrer l'esprit civil dans les affaires militaires* ».
Cambriels avait fait partie de la malheureuse armée de
1. Enquête sur les actes du gouvernement de la Défense nationale, tome IV.
2. Beauquier, Les dernières campagnes dans l'Est. M. Gh. Beauquler était en 1870-1871 sou&-préfet de Pontarlier.
Cambriels fut nommé le 26 septembre commandant supérieur de la région . de TEst (7* division milUairo , subdivisions des Vosges, du Haut-Rhin et de la Côte-d'Or).
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Châlons. Grièvement atteint, à Sedan, d'une blessure à la tête qui était à peine fermée, il ne pouvait faire preuve de l'activité physique qu'aurait exigée l'inextricable situation dans laquelle il allait se débattre. A Belfort, où il arriva le 23 septembre, il ne trouva qu'une quinzaine de mille hommes, gardes mobiles ou recrues, à peine suffisants pour garder cette place. Si elle était en assez bon état, le moral des troupes et des habitants paraissait profondément atteint.
Le gouvernement de la Défense nationale continuait à prêter une attention pp,rticulière à nos forces de l'Est. Une lettre du général Le Flô à l'amiral Fourichon (26 novembre) contient même à ce sujet quelques mots qui semblent présager la funeste expédition de Bourbaki : «... .A l'est, vers Belfort, le général Cambriels, intelligent et hardi, doit avoir pu déjà entrer en campagne. Son champ de manœuvre, à lui, ce sont les Vosges. Il doit pouvoir disposer d'une colonne mobile de 12,000 hommes au moins. Qu'il manœuvre avec prudence, mais avec audace aussi. Il faut arriver là à couper les chemins de fer de l'ennemi , qui sont ses vraies lignes d'opérations. Couper seulement une de ses communications avec l'Allemagne serait une victoire. C'est, de ce côté, la grande œuvre à poursuivre. Qu'il jette des corps francs, en enfants perdus, partout. ... * »
La tâche imposée au général Cambriels allait devenir de plus en plus difficile. En effet, la capitulation de Strasbourg avait lieu (27 septembre) et, avec une partie des troupes de siège, l'état-major du roi s'empressait de constituer un nour veau corps d'armée, le XIV, destiné à opérer dans Test de la France. Le général v. Werder, qui en prenait le commandement'*, recevait l'ordre (4 octobre) de se mettre en marche dans le plus bref délai, en prenant la direction de la haute Seine, vers Troyes et Châtillon. Il aurait à empêcher la formation de nouvelles troupes dans les Vosges, la Haute-Marne
.1 . Enquête, t. IV, p. 29.
2. La division badoise (3 brigades), l brigade d'infanterie prussienne, l brigade de cavalerie, s batteries de réserve, soit 23 bataillons, 20 escadrons, 12 balteries.