D'Ëlchthal, p
S. Télégramme du 7 décembre, iiH5 soir.
104 NUITS, YILLBRSEXEL.
On voit combien s'étaient modifiées les idées de Gambetta et de son délégué, sans doute par suite des nouvelles reçues de Paris. Tous deux connaissaient maintenant Téchec du général Ducrot, qu'ils avaient cru pendant plusieurs jours au delà des lignes allemandes. Un mouvement offensif de Tarmée ne présentait plus le même caractère d'urgence.
M. de Freycinet avait informé des Pallières du mouvement qu'allait exécuter Bourbaki. Il l'invitait à conserver « quant à présent » la position de Salbris et à se retirer ensuite sur Vierzon, qu'il faudrait défendre énergiquement ^ En même temps il prescrivait au général Mazure, qui commandait la division militaire à Bourges, de faire couvrir Nevers par les troupes de Clamecy et d'Auxerre, par les mobilisés de Nevers, bref par toutes les forces disponibles. Bourbaki aurait à voir s'il pouvait concilier la protection de cette ville avec la direction imprimée à ses troupes.
Ainsi Bourges et Nevers, deux villes doublement importantes par leurs grands établissements militaires, étaient déjà menacées. Crouzat annonçait que, sauf ordre contraire, il se retirerait le 8 au matin d'Argent sur la Chapelle-d'Angillon et sur Bourges. On voit dans quel désarroi le remplacement du général d'Aurelle laissait l'armée. Sur la rive gauche de la Loire seulement, elle était coupée en quatre tronçons au moins, tiraillés en sens contraire par les ordres du ministre, de Bourbaki, des commandants de corps. Pas une conception nette, pas une idée d'ensemble ne présidait à ses mouvements. Et pourtant l'ennemi ne jetait à notre suite que des forces relativement faibles, dont une très minime partie avait franchi la Loire.
Nous avons dit quel était le détachement dirigé sur la route de Vierzon. Le IIl* corps, qui opérait vers Gien, n'avait encore porté aucune de ses fractions au delà du fleuve. Son avant-garde*, arrivée à Ouzouer-sur-Loire le 8, y rencontra des traînards des 18® et 20® corps qui l'arrêtèrent par un feu
1. Télégramme du 7 décembre, 6*»15 soir. Enqiiête, tome lU, p. 106.
2. Forte d'un régiment d'infaQlerie, i escadron, i batterie, 1 compagnie de pionniers.
vif et qu^l fallut déloger au moyen de quelques obus. A Nevoy ils furent recueillis par le 4* zouaves, aux avantpostes de la 3® division du 18* corps. Ce régiment, soutenu par une batterie de mobiles de Flsère (canons à balles), arrêta Pennemi. Son avant-garde fut renforcée et deux batteries prirent position sur la grande route, tandis que trois bataillons et demi dirigeaient une attaque enveloppante sur nos deux ailes. Elle échoua, quoique les Allemands eussent .atteint les abords mêmes de Nevoy. A la nuit, ils s'établirent un peu au nord. La 1" division de cavalerie s'était avancée jusqu à Lorris, vers Test.
Au bruit du combat, la 1" division du 18* corps repassa en hâte la Loire pour s'établir sur les hauteurs à Test de la gare de Gien. La 2" division, à Autry depuis la veille, rece- 'jait à 5 heures du soir Tordre de se porter sur Poilly, en réserve. Elle se mit en marche à 6 heures, par la neige, et arriva vers 11 heures aux abords de Poilly, où elle bivouaqua. ' Bourbaki avait déjà renoncé à tenir Gien, ce que l'approche du IIP corps aurait rendu difficile. Il ne chercha même pas à défendre le passage du fleuve, comme il eût été possible» Le soir du 7, après avoir consulté le général Borel, il télégraphiait au ministre : « Rester dispersés comme nous le sommes serait exposer à un désastre complet l'un des corps et peut-être successivement tous les autres. » Il prescrivit donc aux 15% 18* et 20® corps de se mettre en marche de grand matin, le 8, sur Bourges où aurait lieu leur concentration*. Dans ce mouvement, le 18* corps allait être couvert du côté de l'ennemi par la Loire, dont tous les ponts étaient coupés, sauf celui de Gien que nous tenions encore. Pourtant Bourbaki partit à 2 heures du matin pour la Chapelle-d'AngîUon, où il établit son quartier général (8 décembre). La 2* division du 18* corps , à peine installée dans son bivouac de Poilly, reçut l'ordre de repartir pour Autry. Elle se mit en marche à minuit et n'atteignit le village qu'à 6 heures du matin. Après une halte de six heures, elle prit la direction de Cer-