Historique du 4P
8. ô« dragons et s« lanciers de marche, légion bretonne. Les pertes du III* corps furent do 3 officiers et 28 hommes au combat de Nevoy et de i officier et 20 hommes à celui de Gien.
cherait ensuite sur Beaugency, en se maintenant à hauteur du grand-duc, tandis que le X* corps porterait un détachement à la Ferté-Saint-Aubin, en soutien de la 6'' division de cavalerie\
Ces ordres devaient avoir pour nous des conséquences inespérées. Frédéric-Charles allait abandonner la direction principale de notre retraite, celle de Vierzon et de Bourges. On peut admettre avec le général de Moltke* que, si la 18* division avait suivi le mouvement de la 6® division de cavalerie, elle serait entrée en possession de Bourges, et de ses grands établissements militaires. Vierzon, qu'atteignait le 8 la cavalerie prussienne, était en eflfet moins éloignée de Bourges qu'Henrichemont , Aubigny - Ville et Cernay, où bivouaquaient nos trois corps d'armée. Da plus, Fétat moral de ceux-ci ne leur eût pas permis d'attaquer de flanc les colonnes ennemies.
Les mouvements eflfectués dans la nuit du 7 au 8 et pendant la journée suivante avaient achevé la désorganisation des 15** et 20* corps. On se souvient que le gros du 15* quittait Vieraon le soir du 7 pour marcher sur Aubigny. Il n'y arriva que le matin du 8, après la plus dure marche de nuit, par un froid de 15**. Des Pallières y trouva l'ordre de Bourbaki lui prescrivant la retraite sur Bourges. Hais le général en chef n'avait pas pris l'élémentaire précaution de fixer un itinéraire distinct pour chacun des trois corps d'armée, et déjà le 20" défilait dans Aubigny, venant d'Argent pour marcher sur Bourges^. De plus, le 18^ corps, venant de Cernay, devait traverser Aubigny le 9, en suivant la même direction.
1. G^était la quatrième fois depuis le 5 que Frddéric-Gliarles modifiait sed ordres, quant à la poursuite sur VierzoQ. Il porte d*abord une brigade, puis une division de cavalerie dans cette direction; la 85* division en soutien de sa cavalerie; puis la 18* au lieu de la 85*, puis enfin, un détachement du X* corps à la place do la 18* division. Cette série indique peu d*esprit de suite dans rétat-major de la 11* armée.
«. Mollke, Hiêtoire de la guerre de 1870-1871, traduction Jaeglé, p. 885.
8. Le matin du 7, Crouzat reçut de M. de Freyci net Tordre de se rendre le 8 à Salbris, pour y prendre, avec le 20* corps, la place du 15*. Dans la journée il fut averti qu'il dépendrait désormais de Bourbaki. Celui-ci lui prescrivit de marcher le 8 sur Bourges {Enquête, tome VI, p. I8I, déposition Crouzat). Dans son livre, le général indique à tort des dates postérieures d*un jour.
108 NUITS, VILLBRSEXEL.
Des Pallières prît le seul parti qui lui restait : il dirigea le 15* corps sur Henrichemont et Bourges, par un chemin détourné. Sa division de cavalerie marchait à l'ouest vers Allogny, pour couvrir l'ensemble du mouvement. Quoique l'ennemi ne fût nulle part à proximité, il crut devoir imposer une nouvelle marche de nuit à des troupes déjà épuisées. Sa 2* division quitta Aubigny le 9 à 1 heure du matin, et n'atteignit Henrichemont qu'à midi ^
Le 20* corps avait quitté son bivouac d'Argent à 6 heures du matin. On marchait avec une extrême lenteur; à la nuit close, la 3® division arrivait à la Chapelle-d'Angillon. c On espère y faire étape, mais non, il faut se mettre en marche. Depuis lors la route est bordée de chevaux morts ou mourants et d'hommes exténués, couchés dans les fossés. A
I heure du matin , nous faisons une halte d'une heure en avant de la forêt de Plaimpalais. Les plus valides parviennent à faire un peu de café ; les autres s'assoupissent» ... A 6 heures et demie du matin nous arrivons au bivouac qui nous est désigné près du village d'Asnières* . . . »
Ces misères firent décroître les effectifs dans une proportion inouïe ; en atteignant les environs de Bourges, certains bataillons de mobiles comptaient à peine cinquante hommes.
II était impossible de pousser plus loin l'abus des forces humaines, alors surtout qu'aucune nécessité ne nous y contraignait.
Pendant que les trois corps d'armée de Bourbaki se repliaient ainsi devant une division de cavalerie, appuyée à distance par quelques bataillons, Chanzy, avec des troupes au moins aussi médiocres, encore plus éprouvées par la dé-* faîte, se défendait pied à pied contre des forces équivalentes à deux corps d'armée, bientôt renforcées de la IP armée tout entière. Il léguait aux générations futures un exemple immortel de ce que peut la volonté d'un homme pour tirer parti des situations les plus désespérées.
1. Grisot et Coulomboa, Histoire de la légion étrangère. a. Bfisac, Journal de marche du 2« bataillon de la garde mobile de la Meurthe, p. 78. 3
Mais Bourbaki était loin de posséder cette force d'âme qui triomphe de tous les obstacles, et déjà la Délégation s'en . rendait pleinement compte. M. de Freycinet tentait vainement d'arrêter son mouvement sur Bourges : « J'ai tout lieu de croire que la colonne devant laquelle vous vous repliez est bien loin d'avoir l'importance de celle que Chanzy refoule victorieusement depuis deux jours, avec des troupes pour le moins aussi fatiguées que les vôtres. Je compte bien que vous allez faire tête et vous préparer à cette action décisive dont je vous parlais dans ma dernière dépêche *. ...»
A la même date (8 décembre) , Frédéric-Charles décidait d'abord de prendre énergiquement l'offensive au sud de la Loire. Dans Vaprès-midi, il apprenait que le grand-duc avait devant lui deux de nos divisions au moins ; mais il résultait de rapports parvenus le matin que trois ou même quatre corps d'armée se retiraient sur Bourges. On pouvait en déduire que la fraction de beaucoup la plus importante de nos forces avait pris cette dire^ition. Frédéric-Charles en fut confirmé dans ses résolutions. Il prescrivit (3 heures du soir) au III* corps et à la indivision de cavalerie de passer la Loire, le 10, à Sully, à Gien ou à Châtillon, de façon à atteindre, le 12, la Chapelled'Angillon. Le IX* corps marcherait jusqu'à Blois, en se maintenant à hauteur des troupes du grand-duc. Puis il tournerait au sud-est et se porterait vers Mennetou- sur -Cher, oii il serait le 13. Enfin, le X® corps serait concentré, le 13, à Salbris, couvert sur son front par la 6® division de cavalerie, qui aurait jusqu'alors maintenu le contact avec nos troupes.
On voit que, le 13, la IP armée eût été établie de la Chapelle-d'Angillon à Mennetou-sur-Cher, dans la proximité immédiate de Bourges. Mais cet échafaudage de projets s'écroula brusquement. Les nouvelles qui parvinrent du grandduc le soir du 8 décembre firent voir qu'il avait en face de lui des forces beaucoup plus considérables que ne le supposait l'état -major de la II* armée. Il fallait se hâter de lui envoyer des renforts. Pourtant Frédéric-Charles, ne renonçant pas
1. Télégramme du 8 décembre, 10 heures soir (Enquête, tome III, p. 107.)
encore à la poînte qu'il projetait sur Bourges, se bornait à prescrire la concentration du X* corps à Orléans, le 9 décembre. Plus avant dans la soirée, il apprit par les comptes rendus du IIP corps que les ponts de Gien et de Châtillon avaient été coupés, mais qu'il serait possible de rétablir le premier en une journée. Après avoir occupé Vierzon, la 6* division de cavalerie avait détruit à Mennetou-sur-Cher la voie ferrée de Tours à Vierzon, et poursuivi jusqu'à Neuvy-sur- Barangeon nos troupes en retraite vers Bourges, Cet ensemble de faits indiquait que Frédéric -Charles avait prêté aux troupes en retraite sur Vierzon plus d'importance qu'il ne convenait, tandis qu'il accordait une trop faible attention à celles qui se retiraient vers le Loir. Cependant il fallut, pour que le prince modifiât ses projets, qu'il reçût un télégramme du général de Moltke renfermant de nouvelles instructions. Le Roi lui prescrivait de porter une division, au moins, en soutien du grand -duc, sur la rive droite de la Loire; en outre, Frédéric-Charles aurait à décijjer s'il y avait lieu de le faire soutenir sur la rive gauche. Il était invité à prendre la direction supérieure du mouvement vers le Loir, détail qui montre assez que le général de Moltke ne se méprenait pas sur l'importance comparée des efforts à faire dans cette direction et dans celles de Bourges ou de Gien.
Ce télégramme ame^a l'abandon immédiat du projet d'opération sur Bourges, A 10 heures et demie du matin, le 9 décembre, Frédéric-Charles prescrivit au X* corps de se porter sans retard d'Orléans vers Meung. De même le IIP corps et la 1'* division de cavalerie regagneraient Orléans à marches forcées, tout en laissant un détachement à Gien. Quant à la 6® division de cavalerie, elle détruirait le chemin de fer à Vierzon et éclairerait dans la vallée du Cher, en appuyant sa droite au IX® corps, qui marchait alors sur Vienne par la rive sud de la Loire ^
On voit que l'armée de Bourbaki allait être dégagée de tout danger immédiat, au détriment de Chanzy dont les ad-