‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 67 sur 165 · Etat-major prussien, lomo IV, p · texte numérisé non relu

Etat-major prussien, lomo IV, p

RETRAITE DE LA l*^* ARMEE SUR BOURGES. 111

versaires verraient leurs forces plus que doublées. L'éuergie déployée par le dernier de ces généraux avait donc pour résultat immédiat de sauver la 1'* armée d'une destruction complète,- et de conserver à la défense nationale nos grands établissements de Bourges*.

Cependant Bourbaki, parti de la Chapelle-d'Angillon le matin du 9, arrivait l'après-midi à Bourges. Le 15* corps quittait Aubigny dans la nuit du 8 au 9 pour aller bivouaquer autour d'Henrichemont. I^ n'atteignait Bourges que le 10 décembre, par la route de Mennetou- Salon, et occupait de nouveau un bivouac vers la Chapelle-Saint-Ursin, au sudouest de la ville. De même, les !'• et 3* divisions du 18* corps allaient vers Pierrefitte le 9, tandis que la 2* restait à Cernoy comme la veille. Le 10, les deux premières passaient la nuit dans les bois de Mennetou ; la 2* bivouaquait à Henrichemont. Le 11 seulement, le corps d'armée atteignait les environs de Bourges, vers Brécy. Quant au 20® corps, il demeurait jusqu'au 12 autour d'Asnières, où il était arrivé la veille.

Cette dernière partie de la retraite s'était accomplie dans les conditions les plus douloureuses. Le froid était intense, la neige épaisse ; les routes, piétinées sans cesse par Ténorme courant humain qui s'y déversait, étaient couvertes de ver-' glas. On partait de très grand matin, souvent en pleine nuit ; on se traînait lentement, avec des à-coups fréquents et des haltes interminables, jusqu'à une heure généralement très avancée. On avait à peine le temps de faire la soupe, et quelle soupe ! Puis il fallait passer la fin de la nuit sur la neige, sous le fragile abri de notre petite tente africaine, dont tous n'étaient même pas pourvus. Les officiers, qui avaient perdu leurs bagages dans la déroute d'Orléans, s'autorisaient de ce fait pour se réfugier dans les maisons les plus proches, exemple contagieux, destructeur de toute dis-

1. Il résulte d*un télégramme du général Mazure (Enquéiet tome IV, p. 280), qu'il recevait (il décembre) l'ordre d'envoyer à Cherbourg le 66« de marche, le 3» bataillon du 66" de marche et une compagnie du 12» de ligne. Il lui restait l bataillons de marins, environ 3,030 hommes, pour un développement de 10 kilomètres de fortification.

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cipline ^ Les traînards, les déserteuve se multipliaient et bien que, non seulement les régiments de mobiles, mais ceux de ligne ou de marche fondaient rapidement. La légion étrangère dut être réduite de trois bataillons à un seul après la retraite. « Et que d'hommes périssant de fatigue et de froid on rencontrait ! On avait beau les encourager, les secouer ; ils ne bougeaient pas et mouraient quelques instants après*. »

Les routes étaient couvertes de chevaux morts. Ceux qui résistaient encore étaient exténués^. L^mprévoyance était si grande dans notre malheureuse armée que, non seulement elle ne possédait pas de clous à glace, mais que Bourbaki, s'imaginant qu'il ne pourrait enfaire confectionnera Bourges, en réclamait par le télégraphe au ministre 1 Peut-être même le modèle de ce clou n'était-il pas encore devenu « réglementaire » ?

La mauvaise organisation de nos convois contribuait aux difficultés de la retraite. Ils étaient composés de voitures de réquisition, dont le personnel civil se maniait peu aisément. Les charretiers s'arrêtaient sans ordre, obstruant constamment les routes. Il fallait un temps infini pour les mettre en inarche. La prévôté, insuffisante comme effectif, ne montrait pas toujours l'aptitude nécessaire pour la surveillance de ces immenses colonnes de voitures*.

Cet affaiblissement de l'armée, si profondément atteinte dans sa force matérielle comme dans son moral, était surtout imputable à des Pallières et à Bourbaki : ils avaient précipité sa retraite au risque de la disloquer entièrement. Le service des renseignements était si défectueux auprès du général en chef qu'il se croyait menacé sur son flanc gauche, le 10 décembre, alors que l'ennemi n'avait pas passé la Loire et même n'avait plus à Gien qu'un détachement. C'est ainsi

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