‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 85 sur 165 · D'Eichthal, p · texte numérisé non relu

D'Eichthal, p

2. Bourbaki écrivait à Gambetta : « Jo viens de recevoir la communication que vous avez chargé M. de Serres de me faire.

« La combinaison qui m'est proposée me semble bonne, et je donnerai des ordres pour son exécution dés que vous m'aurez fait connaître que vos intentions sont telles » (Enquête, tome VI, p. 190).

M. de Serres télégraphiait à M. de Freycinet (6 heures soir): c J'adresse à Gambetta, de Baugy, la dépêche suivante : « Affaire réglée. Je rentrerai à Bourges vers 10 heures pour vous communiquer le résultat de ma mission. •

Enfin Gambetta télégraphiait à M. de Freycinet :

• De Serres est de retour. Tout' est convenu et arrangé pour l'exécution du plan qu'il m'a apporté. Approbation générale. . . . (Enquètej tome III, p. 849).

8. Dépêche du 20 décembre (Enquèiet tome IV, p. 90). La dépêche à laquelle il est fait allusion est du il décembre.

ADOPTION d'un PJtOJET d'eXPÉDITION DANS LEST. 139

grand orateur commettait ]a faute la plus grave qui puisse lui être reprochée au sujet de Texpédition de TEst : le mauvais choix du général appelé à la diriger.

Ajoutons, pour n'y plus revenir, que le gouvernement de Paris donna son entière approbation au projet de M. de Freycinet. Dans une dépêche du 23 décembre, Jijles Favre demandait tout d'abord que Bourbaki se hâtât de marcher sur Paris par Auxerre ou Montargis. Puis (28 décembre) il réclamait, à défaut, une pointe rapide contre les lignes de communication ennemies. Enfin, le 9 janvier, après avoir reçu la dépêche de Gambetta, il lui écrivait que le Gouvernement tout entier approuvait le projet d'après lequel Bourbaki se dirigeait vers TEst. Ainsi l'expédition qui devait finir si tragiquement avait trouvé, lors de sa conception , une approbation à peu près unanime.

Des imprudences furent commises dès les premiers jours. La condition indispensable du succès était le secret; il ne fut pas gardé *. Le 20 décembre, au moment où l'armée opéra ses premiers mouvements, le bruit courait déjà parmi les troupes qu'elles allaient dans l'Est*. Le même jour, le général Rolland télégraphiait de Besançon au ministre que l'ennemi semblait avoir connaissance du mouvement projeté de Lyon à Belfort. Dans ces conditions il ne croyait pas à des chances de succès. Il eût préféré que l'on se concentrât peu à peu sur les plateaux à l'est de Besançon, de façon à se jeter à Timproviste sur Belfort ou dans toute autre direction. Mais son opposition isolée demeura sans écho.

C'est ici le Heu d'examiner quelle était la raison d'être de ce vaste projet. La pensée de couper ou, du moins, d'inquiéter les communications allemandes était toute naturelle. Pour

1. Le docteur BeauDis (Impressions de campagne, 1870-1871) entendit le 17 ilécembre, en dînant à Thôtel de Franco à Bourges, une personne de l'entourage d*un commandant de corps d'armée exposer le plan de campagne adopté. Vu la date, il ne peut s'agir là que du projet de marche sur Montargis. D'autre part, Bordone écrit (p. 243) qu'au sortir des bureaux de MM. de Freycinet et de Serres, il rencontra M. Kaquet qui lui dit sur le perron même, à haute voix et au milieu d'un assez grand nombre de personnes inconnues : « Eh bien ! vous allez dans l'Est. On va jouer la grande partie ? »

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