Dumas, les Mobiles de Maine-et-Loire, p
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gagner Paris, leur objectif nécessaire, les armées ennemies venues du Rhin moyen suivaient très sensiblement la direction de Test à Touest; elles devaient fatalement prêter le flanc aux entreprises dirigées contre elles du sud, c'est-àdire dei^ Vosges, du plateau de Langres ou du Morvan. Pendant presque toute la durée de la campagne, la seule voie ferrée qui les mît en relation avec TAUemagne fut celle de Strasbourg à Paris, plus tard doublée en partie par la ligne de Sarrebruck à Frouard. L'énorme courant de transports que nécessitait le ravitaillement des Allemands en munitions et en vivres, le rapatriement de leurs blessés, Tenvoi de leure troupes de renfort ou de réserve, ne pouvait être interrompu un seul jour sans entraîner un eflfroyable encombrement et, au bout d'un temps très limité, les difficultés les plus graves. Le maintien de leurs communications était donc une question vitale pour nos adversaires. On le sentit confusément en France, dès le début, mais sans agir dans ce sens. On eût dit que Tattention du pays tout entier était hypnotisée sur Paris : « Les forces militaires de la majeure partie de la France, écrit le général v. Hanneken, ont été employées à une série de tentatives, sans cesse renouvelées, ayant pour but de débloquer Paris. Lorsqu'on arrive à Tétude de cette partie de la campagne, le prestige inouï qu'on voit Paris exercer sur la nation française frappe l'esprit d'étonnement. On dirait vraiment que désormais la guerre n'a plus d'autre objet Nul ne songe à troubler les Allemands dans la possession des régions que traversent leurs lignes de communication ; si Ton y songe par hasard, nul n'agit en conséquence. Paris est investi, il faut délivrer Paris. Telle est Tunique pensée qui domine tous les esprits du haut en bas de l'échelle sociale. Cette idée simplifia grandement la tâche des Allemands. . . . Grâce à ce désir aveugle, la guerre se maintint pendant des mois entiers dans un territoire très limité. A la fin seulement, renonçant à l'espoir de dégager directement Paris, on tenta une entreprise d'un autre genre, la marche sur Belfort. Si elle eût réussi, elle eût certainement reculé de beaucoup l'heure du dénouement. ...»
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11 n'était pas de meilleur moyen de délivrer Paris que de couper les communications des armées d'investissement : « Il y a deux manières, a dit Napoléon, de forcer l'ennemi à abandonner sa position ; la première est de l'attaquer et de l'en chasser, et la deuxième de manœuvrer de manière à ce qu'il ne puisse plus la tenir ». Pour nos jeunes troupes, auxquelles la solidité faisait si complètement défaut, la seconde méthode présentait beaucoup d'avantages. Son seul inconvénient résidait dans la difficulté d'opérer des mouvements de quelque étendue, avec des éléments si peu manœuvriers, si alourdis par leurs immenses convois et par leur masse même. Presque toujours leurs marches furent d'une extrême lenteur, circonstance qui devait puissamment contribuer à l'échec de Bourbaki.
Le projet de M. de Freycinet, il ne faut pas l'oublier, était renouvelé de l'immortelle campagne de 1814. On sait que l'empereur, luttant sur la Seine et la Marne contre BlUcher et Schwartzenberg, eut la pensée de jeter Augereau sur leurs derrières. Avec l'armée de Lyon, il devait reprendre Genève, marcher sur Baie, puis suivre la route de Bâle à Paris par Langres, de façon à couper les alliés de leur principale ligne de retraite. Ce projet échoua par la mollesse et l'inaction d' Augereau, qui ne sut pas « prendre «es bottes et sa résolution de 1793 ».
Ainsi l'idée de couper les communications allemandes était d'une justesse absolue. Mais, à la guerre, rien ne vaut que par l'exécution, et il restait de très grandes difficultés à vaincre. Il est permis de croire que la décision de Gambetta et de M. de Freycinet fut tardive. On était déjà au 15 décembre et la faim sévissait à Paris. Il restait à peine un mois pour tenter un suprême effort. Puis il faudrait préparer à la capitulation une population de deux millions d'hommes, surexcitée par des causes multiples, à peu près ignorante de tout ce qui se passait au delà des sentinelles allemandes. Un mois plus tôt, vers le milieu de novembre, notre armée de l'Est aurait rencontré un ennemi moins fort, un climat moins rigoureux, une région moins dépouillée de ses ressources. Au lieu
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de constituer à OHéanë une masse de cinq, puis de six corps d'armée, trop lourde pour une ^euJe main, on aurait t^u avantage à former deux groupes distinctSj l'un dans le bassia de la Saoue, l'autre sur la Loire. A uu moment donné, ce dernier eût pu être jbenBiljlenient affaibli en faveur du premier, auquel serait échu k tâche de prendre l'offensive , Même à Tépoque tardive où Ton était le 19 décembre, il eût été préférable de réduire au minimum nos forces de la Loire piur noua renforcer sur la Saône et surtout pour garder les flânes et les derrières de Tarmée proprement dite. En quoi la possession du Mans intéressait-elle la direction suprême des opérations? Les Allemands s'en seraient emparés plus tôt ; peu importait. Les avantages tirés de sa possession étaient purejnent locaux ; ils ne pouvaient rien changer à Tordre général des choses, à Tiseue de la guerre. Vouloir être en forces supérieures partout nous exposait à ne l'être nulle part.
On voit que l'expédition de l'Est fut entreprise trop tard, avec des forces qui auraient pu être plus considérables. Mais ce n'est pas tout. La ligne d'opérations que nous allions suivre de Dijon à Belfort est à peu près tracée de Toueet à Test. C'est dire qu'elle était parallèle au front de Tennemi et que nos communications pouvaient être aisément coupées. Même si nous reportions notre ligne d'étapes le long du Doubs, de Dôle à Montbéliardj elle restait exposée à une offensive vigoureuse de l'adversaire. Dans ce cas notre retraite sur Ljon serait d'autant plus aisément menacée que la frontière suisse est très sensiblement inclinée du nord-est au sud-ouest* Le faisceau des voies de communication dirigées des Vosges et du plateau de Lrangres vers le bassin inférieur de la Saône va donc en se rétrécissant k mesure qu'on descend vers le sud. Par cela même, il est d'autant plus facile à intercepter en aral de Besançon.
Il suit des considérations précédentes que la marche de Dijon à Belfort présentait de grands dangers pour notre armée. Ou aurait pu les éviter en marchant de Dijon sur Laugres et Chaumont, ce qui eût permis de menacer plua direc-
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tement les communications ennemies \ Mais le Gouvernement et le pays attachaient une trop grande importance à Belfort comme à nos places en général pour admettre qu'on parût ainsi l'abandonner. On faisait intervenir des considérations de pur sentiment là où elles n'avaient que faire. D'ailleurs Belfort, n'avait nul besoin d'être secouru. Quand les Allemands en prirent possession le 16 février, le terme de sa résistance glorieuse n'était point encore arrivé.
Néanmoins il fallait prévoir qu'on voudrait « sauver » Belfort, ainsi qu'on avait voulu sauver Metz et Paris. Dans ce cas, après avoir réoccupé Dijon, l'armée marcherait au nordest et non au nord.
Pour que cette marche pût présenter un certain degré de sécurité, il était indispensable que nous fussions couverts dans les directions du nord et du nord -ouest, les plus menacées. La masse principale des armées allemandes étant alors stationnée au centre du bassin de la Seine, il fallait s'attendre à voir détacher vers la Saône des forces considérables. Pour leur résister avec quelques chances de succès, nous devions nécessairement tenir les nœuds de routes de la haute Seine, tels que Châtillon et Montbard^ Mais nous pourrons bientôt constater que ni la Délégation, ni Bourbaki ne parurent s'en rendre un compte suffisant. De toutes les fautes commises dans la préparation et l'exécution de cette malheureuse entreprise, aucune ne devait avoir des conséquences plus désastreuses.
1. Llotendant géoérlil Friaat recommanda cette combinaison à Gambetta dans un télégramme du 89 décembre.
2. Général Pierron, Stratégie et grande tactique, tome I«', p. 168.