CAMPAONB DE LÀ LOIRE
saire. Il décida d'attaquer successivement nos positions, en commençant par la gauche. La 11* brigade fut chargée de cette mission, tandis que les 9® et 10® resteraient disponibles à Gué-la-Hart et Changé.
Le mouvement oflFensif du IIP corps se prononça à 1 1 heures seulement; la 11* brigade s'avança le long du ruisseau de Gué-Perray, en cherchant à tourner la pointe nord du bois à Touest. Mais la présence de Gougeard à Yvré et celle de Paris sur le plateau d'Auvours obligèrent les Allemands à porter un régiment d'infanterie dans cette direction. Trois compagnies occupèrent le château des Arches et une pièce tenta même de s'y mettre en batterie, ce qui attira aussitôt un feu très vif des hauteurs de Luard. A gauche, un autre régiment s'avançait le long du Chemin-aux-Bœufs, en se couvrant au nord d'un bataillon jeté vers le château des Noyers et la passerelle voisine. Non sans efforts, il refoulait d'abord les fractions de la division Jouffroy vers les Granges ; mais il ne tardait pas à être débordé sur ses deux flancs, malgré l'entrée en ligne de deux compagnies venues des Noyers. L'un de ses bataillons avait perdu presque tous ses officiers et il était sans munitions. A ce moment, la 12® brigade ayant reçu l'ordre de se porter sur les Arches, le deuxième régimeat de la IV brigade pouvait se porter en ligne vers les Granges. Toutefois le combat demeurait indécis. L'amiral avait jeté à la gauche de Jouffroy la brigade Desmaisons, qui arrivait de Pontlieue. En même temps, la division Roquebrune, qui n'était pas encore sérieusement engagée, recevait l'ordre d'appuyer vers sa gauche. C'est en dirigeant l'exécution de ces mouvements que tombait, mortellement blessé, le lieutenantcolonel de Lambilly, chef d'état-major de l'amiral, le vigoureux officier qui s'était signalé par son initiative et sa hardiesse le lendemain de Coulmiers.
A la gauche de Jouffroy, le combat continuait, sans avantage marqué des deux côtés. Les Granges, une briqueterie voisine étaient prises et reprises plusieurs fois. La nuit venait sans que cette situation se fût modifiée ; les Allemands n'avaient même pas pu dépasser la Laudière.
Le centre et la droite de Jouffroy leur opposaient une résistance moins énergique. De Changé, la 10® brigade ne s'était mise en mouvement que vers 1 heure, dans la direction du Tertre. Après un vif combat, l'un de ses bataillons s'empara du Pavillon et d'une parcelle de bois voisine (2 heures) ; le Grand- Auneau fut enlevé de même ; plus au sud, l'ennemi parut un instant menacer notre artillerie de la route de Parigné*. L'amiral se hâta de porter dans cette direction une partie de la division Le Bouëdec (40* et 41® de marche). Le 41® aborda l'ennemi à la baïonnette et le refoula en lui faisant des prisonniers. Il poussa ainsi sur la route de Parigné, à 1,200 mètres en avant de notre artillerie, etparvînt à s'y maintenir jusqu'à la nuit.
Une contre-attaque du centre de Jouffroy' était moins heureuse; une batterie allemande, bientôt suivie d'une seconde, pouvait même s'installer à 800 mètres du Tertre, dans une clairière au nord du Pavillon. Malgré le feu du chassepot, qui les incommodait beaucoup, ces pièces se maintenaient en position, mais sans que l'infanterie allemande pût pénétrer dans la ferme du Tertre. Le général von Sttilpnagel faisait alors entrer en ligne vers Courte-Boule deux bataillons venant de Changé. Dépassant un autre bataillon dont les munitions étaient complètement épuisées, cinq compagnies se jetaient à l'assaut du Tertre et s'en emparaient^. Deux de nos pièces, en batterie sur le Chemin-aux-Bœufs et qui continuaient le feu jusqu'au dernier moment, étaient enlevées après une mêlée sanglante et malgré deux retours offensifs de notre infanterie. Cependant l'ennemi ne pouvait dépasser
1. s mitrailleuses de la 19® batterie du 10® régiment et 2 pièces de 8 de la réserve du 17« corps.
2. Kous avions en avant du Tertre les 3 compagnies de discipline et le 1®' bataillon du 83« de marche ; le 2^, en réserve, ne déploya 4 compagnies vers la droite qu'à 2 heures.
3. D'après l'Historique du i5^ d*artillerie, la prise du Tertre n'aurait eu lieu que vers 8 heures, après Téchec d'une première attaque à 5 heures. La 24« batterie du 15® régiment, qui n'avait pas été engagée, se dirigea préâj^tamment vers Pontlieue et passa toute la nuit sur la route, à 500 mètres de l'ennemi, tant l'encombrement était extrême.
le Chemin-aux-Bœufs et, à la nuit, nos troupes restaient dans son voisinage immédiat.
A Taile opposée du IIP corps, les trois bataillons de la 12® brigade avaient débouché vers midi seulement devant les Arches. Nous avons vu qu'une fraction de la division Gougeard s'y était déjà installée. Elle fut aisément délogée par un bataillon, et dix pièces essayèrent même de se mettre en batterie près du Château, mais elles furent aussitôt écrasées par nos batteries du Luard. Deux mitrailleuses de la 20® batterie du 12® régiment, pointées à 1,000 mètres sur 4 pièces allemandes, tirèrent avec un tel succès que Tennemi dut abandonner son matériel. Il ne vint le rechercher qu'à la nuit.
Cependant l'arrivée d'un second bataillon permettait aux Allemands de se maintenir aux Arches, malgré un combat d'artillerie qui se prolongeait jusqu'à la nuit close.
A la suite de ces combats, le III® corps cantonnait sous la protection d'avant-postes allant des Arches, par les Noyers, la Landrière et le Tertre, jusqu'à la route de Parigné, où ils se reliaient à ceux de la 14*" brigade de cavalerie. Un régiment continua d'occuper le plateau d'Auvours à Touest de Villiers et en face .des fractions de la division Paris qui y étaient réunies. Le reste du IX® corps passa la nuit dans Champagne ou Saint-Mars-la-Brière ; enfin la 2® division de cavalerie cantonna au Breil et à Thorigné. Nos troupes bivouaquaient sur place, dans le voisinage immédiat de l'ennemi. Sur cette partie du champ de bataille les résultats de la journée demeuraient encore indécis. La perte du Tertre n'était qu'un incident malheureux, sans grande portée. Les Allemands pouvaient s'attendre à rencontrer le lendemain une résistance tout aussi acharnée, peut-être à nous voir reprendre l'ofiFensive. Le III® corps avait fait de fortes pertes, plus de 500 hommes, et il combattait depuis le 6 janviar. Malgré la grandeur de nos sacrifices, il n'y avait aucun motif de désespérer du résultat final ^
i. Il est tout à fait inexact de dire, comme V Étal-major prussien, que le
Frédéric-Charles avait suivi les combats qui précèdent de Bourgneuf, entre Saint-Hubert et la Buzardière. Il avait vu les IIP et IX* corps gagner du terrain, avec lenteur il est vrai. A droite, au contraire, le grand-duc annonçait qu'il rencontrait une très sérieuse résistance. De plus, une vaste brèche s'était ouverte dans la ligne de bataille, entre la droite du III' corps et la gauche du XIIP. « Devant un ennemi entreprenant et quelque peu mobile, cette circonstance aurait pu devenir l'origine d'un grand danger \ » Quant au X® corps, jusque dans l'après-midi, il n'avait fait parvenir aucune nouvelle.
Dans ces conditions, Frédéric-Charles considéra comme acquis que nous avions d'importantes réserves ; il tendait à croire que nous ferions énergiquement tête sur les hauteurs au nord de l'Huisne. Dans cette prévision, il invita le IX* corps à se maintenir sur le plateau d'Auvours, tout en gardant avec soin le pont de l'Huisne à Champagne. Le lendemain, il pourrait ainsi combiner deux attaques, l'une de front et l'autre de flanc, contre les hauteurs à Test de Sargé.
IIl^ corps avait pénétré c jusqu'au cœur » de nos positions. Un coup d*<Bil sur la carte suffit pour montrer qu*ll occupait une faible partie de celles de Jauréguiberry, des Noyers au Tertre ; le centre était intact.
Le lieutenant-colonel Didier, du 4&« de marche, fut blessé ainsi que le colonel Baille, du 38<^. Ce dernier corps, qui comptait 700 hommes au plus, en eut 100 hors de combat. Le 40* de marche ne perdit que 50 hommes. Les Allemands nous auraient fait 600 prisonniers.
Ils perdirent 84 officiers et 487 hommes [Étài-major prussien).