‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 99 sur 185 · Par 8 bataillons et l batterie · texte numérisé non relu

Par 8 bataillons et l batterie

2. Cathelineau, ouvrage cité. Le corps Cathelineau perdit une vingtaine d'hommes.

Arches, en décrivant un grand détour par Amîgné, car la route de Paris était complètement enfilée par une batterie française placée à l'ouest d'Yvré. Mais, déjà, le reste du in* corps était si vivement engagé vers Changé, que Frédéric-Charles prescrivit au X* de s'avancer aussi vite que possible vers le champ de bataille. En même temps le IX* corps recevait Tordre de s'emparer d.u plateau d'Auvours.

Celui-ci était défendu par la division Paris ; la veille, elle y avait pris position avec ses trois batteries, auxquelles deux batteries de la réserve du 17* corps étaient venues se joindre dans la matinée ^ Le 2* bataillon du 51* de marche occupait la pointe est du plateau, au-dessus de Champagne ; le 3* bataillon était sur le versant nord, face àl'Huisne ; deux compagnies du 1*' bataillon, placées sur le versant sud, donnaient la main au 48* de marche ; les quatre autres compagnies du 51* étaient en réserve au centre du plateau; le 10* chasseurs de marche, le 1*' bataillon du 64* de marche et le 85* mobiles (Gers) occupaient le reste de cette position dominante.

Quant à la division Gougeard, elle gardait Yvré, ainsi que les hauteurs du Luard et de la Croix jusque vers Fatines. Deux batteries de la réserve du 17* corps (les 15* et 16* du 18® régiment), une section de mitrailleuses et l'artillerie du général Gougeard étaient réparties sur cette ligne '.

Cependant l'infanterie de l'avant-garde du IX* corps (quatre bataillons, quatre escadrons, deux batteries, une compagnie de pionniers) s'engageait, sous la protection de fractions venues de Champagne, dans les chemins profondément encaissés et à demi comblés par la neige, qui reliaient à la vallée de l'Huisne la partie est du plateau. Deux bataillons du m* corps se joignirent à eux et deux batteries les suivirent, non sans peine. Ils s'établirent sur l'éperon à l'est

1. Avec le 1<" bataillon du t>4c de marche comme soutien. Ce régiment faisait partie du is^^ corps et ses 2 autres bataiilous étaient aiors dans ie Val de la Loire, vers Montlouis. Le i^^ perdit i officier tué, une dizaine dMiommes blessés et i section faite prisonnière (Historique du 64^).

2. Le plan joint au récit de la bataille par VÉtat-major prussien indique à tort des emplacements inverses pour les divisions Paris et Gougeard.

de Villiers et de là ouvrirent un feu vif contre les fractions des 51* et 48® de marche qui occupaient les parties voisines du plateau. Puis trois compagnies descendirent THuisne pour tourner notre gauche, tandis qu'un bataillon marchait droit vers Villiers. Au bout d'une heure, le 2* bataillon du 51*, débordé à sa gauche, dut se replier sur les deux autres, pendant que l'ennemi prenait pied sur la partie nord du plateau. Le 1®' bataillon du oV continuait à tenir vigoureusement autour du Haut-Taillis, mais les Allemands se jetaient, à 50 pas, sur trois mitrailleuses postées à l'est de Haut- Villiers et les enlevaient après une courte mêlée. Bientôt Villiers était pris également, et le 48* do marche tentait vainement de reprendre nos pièces perdues. Un retour oflFensif que le 51* dirigeait vers le pont de Champagne n'était pas plus heureux.

Villiers occupé, les Allemands cherchaient à s'emparer de la partie est du plateau, vers le Haut-Taillis. Ils n'y parvenaient qu'à 5 heures et demie, après un combat acharné. Coupé de sa retraite sur Yvré, le 51* de marche allait passer l'Huisne à la passerelle de Courmaubœuf et l'ennemi prenait 9 officiers et 200 hommes dans la ferme du Haut • Taillis ^

Cependant, vers 3 heures, deux bataillons allemands qui avaient suivi la grand'route attaquaient la partie ouest du plateau d'Auvours; malgré le feu plongeant de notre artillerie d'Yvré et du Luard, deux batteries placées à la bifurcation de la route et du chemin de Haut- Villiers facilitaient beaucoup les progrès de l'ennemi. Trois de ses compagnies s'emparaient de la pointe sud-ouest et de trois pièces de 4 qui y étaient établies . Un retour oflPensif de la division Paris échouait 5 en même temps, trois autres compagnies parties des Hêtres attaquaient le centre du plateau et, après un vif combat, enlevaient les fermes de la Gachetière et du Chêne. Toute la ligne allemande se portait en avant et ne tardait pas à atteindre la lisière nord de notre position. Sur les pentes des-

1. État-major prussien. D'après V Historique du ÔP, le Si^' de marche eat 5 officiers blessés, dont 1 mortellemenl, 6 disparus ; 98 soldats tués, 246 blessés et 425 disparus.

cendant vers THuisne, la ferme des Filles-Dieu était même conquise.

A ce moment la plus grande partie de la division Paris se repliait en désordre vers Yvré et d'épaisses bandes de fuyards apparaissaient vers THuisne. Un instant, Gougeard craignit de voir ses troupes entraînées dans cette débâcle, et l'ennemi maître d'aller couper les ponts de la Sarthe derrière l'armée. Il fit braquer sur la foule deux canons chargés à mitraille et menaça de faire ouvrir le feu. Les fuyards s'arrêtèrent, hésitants ; quelques-uns, emportés par la terreur, essayèrent de passer la rivière sur la glace et se noyèrent.

Jusqu'alors la division Gougeard avait été très faiblement engagée. Son artillerie battait efficacement les abords d'Yvré et la route de Saint- Calais 5 en outre, l'ennemi s' étant montré aux Arches, elle canonnait quelques instants ce château ; puis une colonne composée des francs-tireurs de Fontainebleau et des mobiles des Côtes-du-Nord débouchait par le pont d'Yvré, poussait jusqu'aux Arches et refoulait les Allemands \

Vers 5 heures et demie, au moment où cessait la panique de la division Paris, le général de Colomb prescrivit à Gougeard de reprendre à tout prix le plateau d'Auvours. Le commandant de la division de Bretagne réunit à la hâte une colonne composée de soldats d'infanterie, de mobilisés, de zouaves pontificaux et de mobiles * : « Allons, Messieurs, s'écria-t-il en s'adressant aux zouaves, en avant pour Dieu et la Patrie ! le salut de l'armée l'exige. » Puis la colonne s'éleva rapidement le long des pentes.

Les Allemands attendaient notre attaque de pied ferme, derrière des haies ; ils ouvrirent le feu à très courte portée,

1. Gougeard, ouvrage cité. VÉtat-major prussien ne fait aucune mention de cette affaire.

2. Les documents publiés jusquMci ne sont pas d'accord sur la composition de celte colonne, forte de 2,000 hommes environ, d'après Chanzy. Il semble qu'elle ait compris un bataillon d'infanterie (48® de marche ?), 4 compagnies du i^f bataillon de la i'^*' légion d'Ille-et-Vilaine, 2 compagnies de mobiles des Gôtes-du-Nord et 4 compagnies du i^' bataillon des volontaires de l'Ouest. Ce dernier régiment avait alors son 2® bataillon en réorganisation à Poitiers et son S® à la réserve du 2i« corps, 1 peloton d'éclaireurs à cheval avec Curten et 1 autre à l'escorte de Jaurès.

avec un eflfet écrasant pour notre droite. Elle tourbillonna sur elle-même et s'enfuit vers Yvré, en défilant sous le feu de deux compagnies prussieimes placées au Polucan. Mais au centre et à gauche l'élan donné fut irrésistible. On se battit corps à corps, on se fusilla à bout portant dans les taillis. Avec l'aide du 10' chasseurs de marche, qui avait réussi à se maintenir jusque-là sur le plateau, nous en reprîmes avant la nuit toute la partie ouest. La plupart de nos troupes, notamment les zouaves pontificaux, montrèrent un entrain digne de jours plus heureux. Le général Gougeard fut le premier à leur donner l'exemple, ainsi qu'en témoignait éloquemment son cheval atteint de six balles. Deux autres projectiles traversèrent ses vêtements et un éclat d'obus enleva son képî\

Le général de Colomb fit aussitôt réoccuper par la division Paris les positions conquises, et Gougeard regagna Yvré à 8 heures, après avoir détaché sur le plateau deux sections d'artillerie dont une de mitrailleuses. Ainsi, malgré les défaillances du début, la journée se terminait honorablement pour nos armes, du moins sur cette partie du champ de bataille ^

Jauréguiberry était arrivé à Pontlieue vers 9 heures du matin, avec plusieurs milliers d'hommes ralliés par lui sur le Loir. La colonne du lieutenant-colonel Marty, qui venait de Marigné, avait reçu l'ordre de hâter sa marche dans la di-

1. Rapport du lieutenant de vaisseau Coq (de Kératry, ouvrage cité).

a Le lieuteDanl de zouaves Garnier, après avoir perdu toute sa section, rassemblait des soldats épars, mobiles et chasseurs, et chargeait avec eux. Ramené par la fusillade, il reformait son peloton derrière une maison et s'élançaU de nouveau. A la troisième fois, il tomba la poitrine traversée. » (Jacqaemin, La Campagne des zouaves pontificaux en France.)

2. L État-major prussien cherche inutilement à dissimuler cet échec (p. 867). Il est pourtant oblige de reconnaître un fait matériel : l'évacuation de la partie ouest du plateau.

D'après Gougeard (déposition devant la commission d*enquôte, tome II, p. 287), le i®r bataillon de zouaves pontificaux, fort de 1,000 hommes, en aurait ramené 350 seulement et 2 capitaines sur 9. Le lO^' chasseurs de marche, fort de 10 officiers et de 450 hommes le matin du 1 1, perdit un officier tué, 8 blessés et 96 hommes tués ou blessés {Historique du 10^ chasseurs). La 20<^ batterie du IS*» régiment qui combattit sur le plateau de 9 heures du matin à S heures du soir, n'eut que i homme et 2 chevaux tués {Historique du 13^ d'artillerie). Quant au 1X« corps prussien, il perdit 18 officiers et 275 hommes.

rection d'Amage ; mais elle ne put y arriver que vers 3 heures et demie.

Des 9,400 hommes qu'il ramenait à Pontlîeue, l'amiral fit trois brigades ; deux d'entre elles formèrent une division improvisée, sous les ordres du général Le Bouëdec*; avec la troisième, celle du général Desmaisons, elles demeurèrent provisoirement en réserve générale à Pontlieue.

Cependant la division de JouflFroy, renforcée dans la matinée par une partie de la brigade Baille (38® de marche)*, avait pris position au nord-ouest de Changé, en appuyant sa gauche à THuisne et sa droite à la division deRoquebrune, ellemême à cheval sur la route de Parigné. Puis venait la division Deplanque, qui bordait le Chemin-aux-Bœufs jusqu'à la Tuilerie. Ainsi que nous l'avons dit, la brigade de mobilisés bretons du général Lalande, les troupes de Barry, de Marty, de Lebrun, étaient destinées à fermer la brèche béante dans nos lignes entre la Sarthe et la route de Mulsanne. La division de cavalerie Michel était elle-même à Arnage, à l'extrême droite de l'armée.

JouflFroy avait mis la nuit à profit pour s'installer solidement sur la lisière des bois, entre Changé et Pontlieue. Comme nous l'avons vu, les batteries du général Gougeard et une partie de la réserve d'artillerie du 17' corps occupaient les hauteurs très dominantes de la rive droite de l'Huisne, à l'ouest d'Yvré ; cette circonstance favorisait puissamment la défense des positions de JouflFroy, en rendant une attaque de front très diflScile. D'autre part, Alvensleben ne disposait pas de l'eflFectif nécessaire pour déborder la droite de son adver-

1. Brigade du lieutenant-colonel Bérard : 3 bataillons du 41® de marche, 1 bataillon du 74» mobiles, i batterie de 4;

Brigade du lieutenant-colonel Jobey : 3 bataillons du 40® de marche, 16® chasseurs de marche, i batterie de 4, 2 escadrons du 2® de cavalerie légère mixte.

2. Ce détail, qui n'est pas indiqué par Chanzy, ressort de V Historique du B8^ de ligne. De Pontlieue, le 88® de marche se rendit à 7 heures du matin en arrière de Changé.

La brigade Ribell (i'® division du IG® corps) quitta vers il heures ses positions du Tertre de Changé, après avoir été relevée par la division de JouHroy. £lle reprit position sur le Chemin-aux-Bœufs, la droite à la route de Ruaudin.

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