‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 101 sur 185 · CHAPITRE XXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIl

(Journée du 11 janvier. — XIII° et X® corps.)

La division Colin et le XIII* corps. — Retraite de Oolin. — Combat de Saint-Céleri n. — — Combat de Pont-de-Gennes. — Résultats de la jonmée pour le 21» corps. — Le Xe corps. — Combat des Châteanx. — Retraite de Curten. — Combat d'Écoromoy. — La brigade Lalande. — Perte de la Tailerie. — Tentatives de retour offensif. — Surprise des Jâpinettes. — Situation générale. — Instructions de Chanzy. — Nouveaux ordres pour Is 12. — Ordres de Frédéric-Charles.

Comme nous l'avons dit, la droite allemande avait trouvé devant elle une vive résistance. L'ordre de Frédéric-Charles portait simplement que le XIIP corps marcherait sur le Mans par Sargé. Il fallut adopter un programme moins ambitieux. Le grand-duc, à qui la journée de la veille faisait prévoir des engagements sérieux, laissa seulement l'avant-garde de la 17* division sur la rive gauche de THuisne. Elle devait faire face aux troupes françaises encore au Pont-de-Gennes et à Montfort (P* division du 21* corps). Le gros de la 17® division passerait la rivière à Connerré et interviendrait à la gauche du général von Eauch et d3 la 22® division. Enfin le détachement du colonel von Beckendorff marcherait de Chanteloup sur la Chapelle-Saint-Remy, pour prendre à revers notre gauche, et la 4® division de cavalerie reconnaîtrait de Bonnétable dans la direction du Mans, en coupant la voie ferrée qui relie cette ville à Alençon.

Dès le matin, les troupes avancées des 17® et 22* divisions reprenaient les emplacements qu'elles occupaient la veille au soir; les pionniers en organisaient défensivement une partie. Quant à la division Colin (2* du 21* corps), elle était encore dans la même situation que le 10 janvier, quoique les progrès des Allemands sur la rive gauche de l'Huisne fussent de nature à compromettre sa retraite. Il aurait été préférable

qu'elle gagnât des positions mieux reliées à celles du reste de Tarmée. Toutefois on doit reconnaître que, malgré Tinfériorité de ses forces, le général Colin sut tirer de sa situation un parti aussi avantageux qu'on pouvait l'espérer.

Le combat s'engagea vers 1 1 heures seulement, lorsque la 22* division, mise la veille en désordre par des combats sous bois, se fut à peu près reformée. Deux batteries portées sur les hauteurs au sud-ouest de Connerré ouvrirent un feu vif sur le 58® de marche, qui occupait notre extrême droite. Puis un bataillon s'empara de la ferme de Haute-Perche, que les obus allemands avaient incendiée. Avec l'appui d'un second bataillon, il prit ensuite les Cohernières, non sans un vif combat. Le 56® de marche, fort éprouvé par le tir de l'artillerie et de l'infanterie prussiennes, dut être soutenu par quatre compagnies du 10® bataillon d'infanterie de marine. Les deux autres couvraient la retraite de la section de 4 restée jusqu'alors avec la brigade.

• Cependant trois bataillons allemands s'enfonçaient dans le dédale de ravins, de chemins creux et de bouquets de bois situé à l'est de la Vallée. Peu à peu ils pénétraient jusqu'à la Charpenterie et aux Grands-Vaux, malgré la résistance du 6® bataillon des mobiles d'Ille-et-Vilaine. Deux pièces allemandes, qui venaient se mettre en batterie aux Grands-Vaux, accéléraient sa retraite. Enfin deux bataillons de la 22® division s'emparaient du Chêne, de Grande-Métairie et de Fleuret, en y faisant des prisonniers.

Le général Colin n'avait pas tardé à reconnaître la nécessité d'occuper un front moins étendu. Il prescrivit à la brigade Villain de se retirer lentement derrière le ruisseau du Gué, à l'est de Lombron.Les trois bataillons du 63® mobiles (Eureet-Loir), déployés sur les crêtes à l'ouest des Grands-Vaux, couvraient ce mouvement. Le 59® de marche, qui formait la droite de la brigade des Moutis, se retirait également vers Lombron, non sans opposer une vive résistance.

Vers 4 heures, la gauche allemande atteignait la Porte, en menaçant le Cassoir et la Chaussée. Par les Jubaudières, von Rauch s'avançait vers Puiseaux avec deux bataillons et demi

et une batterie, en refoulant le 59® de marche. Mais le général Colin opérait alors un retour offensif, avec plein succès. Energiquement entraîné par le chef de bataillon Egrot, le 59' refoulait von Bauch, qui se retirait au delà des Touches et des Jubaudières, où il laissait des avant-postes. Les fermes du Cassoir, de la Chaussée, du Chêne- Verger et le château de Loresse restaient entre nos mains.

De s le matin, la brigade des Moutis avait porté quatre compagnies du 3* bataillon des mobiles de TOme sur Sàint- Célerin, et deux compagnies du 4® à la croisée des routes de Saint-Célerin à Lombron et de là Chapelle-Saint-Remy aux Bruyères. Le 59® de marche, le 9® bataillon d'infanterie de marine et deux compagnies du 41* de ligne prolongeaient la gauche de la brigade Villain.

Vers midi et demi, des Moutis apprit que Saint-Célerin était attaqué. Après avoir été relevé à Chanteloup par la 4® division de cavalerie (10 heures et demie), le colonel von Beckendorff s'était porté sur Torcé et de là sur Saint-Célerin. Vers midi, il débouchait devant ce village. Deux compagnies du 3® bataillon de TOrne (1" et 6®) défendaient la route de Bonnétable à la Chapelle, et deux autres (3^ et 7*) celle de Torcé à Lombron. Attaquées par six compagnies allemandes que soutenait une batterie, elles se défendirent vaillamment. Au bout de deux heures seulement, Tennemi réussit à franchir la lisière du village. Une réserve de 50 hommes, que le commandant Le Tessier avait placée au centre de Saint-Célerin, arrêta un instant les assaillants et permit à ce qui restait des quatre compagnies de TOme, 187 hommes, de se retirer dans les bois au sud. Cette brillante défense coûtait au 49® mobiles 284 tués ou blessés et 16 prisonniers \

Cependant des Moutis avait porté une section de 4, soutenue par trois compagnies, puis par le reste du V bataillon de rOrne, à la croisée des routes dont nous avons parlé. Avec les deux compagnies qui y étaient déjà placées, elles recueil-

1. Rapport du commandant Le Tesêier, reproduit par des Moutis, ouvrage cité.

lirent les défenseurs de Saînt-Célerin. En même temps, le reste de la brigade exécutait un changement de front en arrière pour faire face à la nouvelle attaque dont elle était menacée. Ce mouvement s'exécutait dans le plus grand ordre; le 4* bataillon de TOrne s'établissait sur le plateau qui domine la route de Saint-Célerin à Lombron, vers le Point-du- Jour; le bataillon du 41® de ligne gardait la route de la Chapelle à Lombron ; le 2* bataillon de l'Orne et le 9® bataillon d'infanterie de marine demeuraient en réserve sur la route de Lombron à Saint-Célerin.

La partie du détachement Beckendorff qui avait pris cette direction rencontra une nouvelle résistance vers le Point-du- Jour, où s'étaient arrêtés une partie des mobiles chassés de Saint-Célerin et les deux compagnies qui leur avaient servi de soutien. Avec l'aide de notre section de 4, des 1^' et 2* bataillons de l'Orne qui furent successivement engagés, ils parvinrent à arrêter l'ennemi. Celui-ci se mit en retraite vers Saint-Célerin après une heure et demie de combat.

Cependant le reste du détachement von Beckendorflf s'avançait de Saint-Célerin vers la Chapelle-Saint-Remy, en même temps que la 9® brigade de cavalerie s'y portait de l'est. A ce moment, la droite de des Moutis avait déjà commencé son mouvement de retraite ; vers 5 heures, la Chapelle fut occupée sans combat. La 22® division établit ses avantpostes entre ce village et les Picaudières.

Cette affaire, qui faisait honneur à la brigade des Moutis, lui coûtait de très fortes pertes : 33 officiers et 2,300 hommes ; le 58® de marche avait perdu les deux tiers de son eflfectif et dix de ses capitaines sur treize*. Pour l'ensemble de la divi-

1. Des Moutis, ouvrage cité. L'effectif de ce régiment était de 1,600 homme, lo matin du 18. Le 49« mobiles (Grue) eut 350 liommes hors de combat ; les deux bataillons d'infanterie de marine (9« et 10^ de marche) eurent 63 tués, 150 blessés et 179 disparus.

La as*' baltcrle du is» régiment (division Colin) ne fut engagée ni le ii, ni le 12.

Les pertes du XIII<> corps ne se seraient élevées qu'à 8 officiers et 140 hommes {Élat-major prussien). De deux choses l'une : ou ces chiffres sont faux, ou le XIII^ corps manqua sioguliôrement d'énergie, en se laissant ainsi arrêter, toute une journée, par une division de recrues et de mobiles presque sans artillerie, sans avoir subi de plus fortes pertes.

sîon Colin, les pertes dépassaient 100 officiers et 3,000 hommes, mais un grand nombre de ces derniers, qui figuraient parmi les disparus, s'étaient simplement débandés à Tentrée de la nuit, et la plupart rejoignirent les jours suivants* Aussi les Allemands firent-ils peu de prisonniers.

Sur la rive gauche de THuisne, le gros de Tavant-garde de la IV division s'était retiré sur Connerré, en ne laissant que deux bataillons et une batterie en face de Pont-de-Gennes, qu'occupait une partie de la 1" division du 2V corps. Dans la matinée, les troupes allemandes gardèrent une attitude expectante. L'un de leurs détachements, qui se portait en avant par la rive droite, fut facilement arrêté aux Hiards. Mais quand le reste du XIIP corps eut gagné du terrain vers les Cohernières, von Tresckow poussa deux bataillons au nord de THuisne, sur Pont-de-Gennes. Ils atteignirent la Brosse et le Gué, en forçant à la retraite un bataillon du 58® de marche. Jaurès reprit aussitôt l'offensive : avec une compagnie de fusiliers mai'ins, trois compagnies du 94* de ligne et trois compagnies d'infanterie de marine^, il se jeta sur la droite de l'ennemi et le refoula, après un vif engagement qui nous coûta 7 tués et 50 blessés.

A la suite de cette affaire, le gros de la 17* division s'établit à Connerré, laissant son avant-garde dans les positions de la veille.

A l'aile opposée du XIIP corps, la 4*" division de cavalerie n'avait pu dépasser la Croix, où étaient les avant-postes de la division Villeneuve (3* du 21* corps). Elle revint cantonner à Bonnétable, sans même avoir réussi a couper la voie ferrée du Mans à Alençon. La 12* brigade de cavalerie, restée à Bellême, se borna également à éclairer vers Mamers, où elle fut arrêtée par des mobilisés de la Mayenne. Quoiqu'elle n'ait pas eu de cavalerie devant elle, l'extrême droite allemande avait donc joué un rôle purement négatif. En somme, comme le dit le colonel suisse Lecomte*, notre gauche

1. Chanzy. Elles ne pouvaient appartenir qu'au 10« bataillon (division Colin).

2. Relation historique et critique de la guerre franco^Uemande en 1870-1871.

était dans de bonnes conditions défensives le soir du 11 janvier. Malgré la supériorité numérique de Fennemi, celui-ci n'avait pu sérieusement l'entamer. Après avoir perdu des positions avancées sans importance réelle, elle s'était rapprochée de sa véritable ligne de combat, Parance-Sargé-Chapeau. Si, sur la rive gauche de l'Huisne, le reste de nos troupes avait gardé une attitude aussi ferme, l'issue finale de la bataille du Mans eût encore été fort douteuse. Malheureusement il n'en fut rien.

Suivant un ordre de Frédéric-Charles reçu dans la nuit, Voigts-Rhetz avait dirigé le X" corps de Grand-Lucé, par Saint-Mars d'Outillé, sur Mulsanne; la 14'' brigade de cavalerie, renforcée de deux bataillons, devait le relier au IIP corps en suivant la route de Parigné.

Dans la matinée, un troisième bataillon prussien, aux avant-postes depuis la veille, se porta vers les châteaux du Chef-Raison et de la Paillerie; là il eut quelques escarmouches avec le 11* chasseurs de marche, de la division Roquebrune, qui défendait la route de Parigné. Vers 1 heure seulement, la pointe de la 14* brigade de cavalerie atteignit les deux châteaux, au moment où notre ligne se reportait en avant. Trois mitrailleuses placées sur la route, derrière des épaulements, et deux pièces de 8 établies un peu au nord réduisirent bientôt au silence la batterie à cheval qui accompagnait la 14® brigade, et nos tirailleurs atteignirent le bois au sud de la Huppe-Noire. Les deux bataillons qui soutenaient la cavalerie prussienne se déployèrent à cheval sur la route et reprirent un instant l'offensive. Mais, à ce moment, deux bataillons de la division Roquebrune apparaissaient brusquement sur leur gauche. Ils furent refoulés sur les châteaux, avec des pertes sensibles; le sous-lieutenant Bazin, du IV chasseurs, fit même prisonnière l'une de leurs sections \

1. V Historique du iP chasseurs dit l ofiQcier et lOO hommes ; V État-major prussien, 8 officiers et 43 hommes. Le sous-Iieuteoant Bazin fut décoré le 28 février 1871.

Le 11^ chasseurs de marche n*eut que lO blessés dans toute la journée du 11.

A la nuit, la cavalerie et Tartillerie ennemies regagnaient Parigné ; les trois bataillons demeuraient aux châteaux. Là encore, les Allemands avaient été réduits, presque tout le jour, à la défensive. Mais nous étions moins heureux sur la route de Mulsanne.

Retardée par le verglas, Tavant-garde de la 20® division ^ n'avait atteint Saint-Mars-d' Outillé que vers midi. Là, elle apprit que, dans la matinée, des troupes françaises s'étaient dirigées d'Ecommoy vers le Mans, mais qu'une arrière-garde occupait encore ce village. En effet, Jauréguiberry avait quitté Ecommoy à 4 heures du matin pour marcher sur Pontlieue. Derrière lui, Curten n'atteignait Château-du-Loir que le soir du 10 ; il y trouvait des instructions de l'amiral l'invitant à se porter sur le Mans, en se servant le plus possible de la ligne ferrée de Tours à cette ville. Mais déjà cet embranchement et la ligne télégraphique avaient été coupés à hauteur d'Ecommoy, comme nous l'avons vu. Curten mit donc sa division en marche sur le Mans, par la route de Mulsanne, dans la matinée du 11 ; à 2 heures et demie il était à Mayet. En entendant le canon vers le nord-est, il ne voulut pas continuer sur Ecommoy avant d'avoir fait reconnaître ce village. 11 y porta les francs-tireurs des Deux-Sèvres et le 23® chasseurs de marche, soutenus par le 27® mobiles (Isère) et par la brigade de cavalerie de Tucé. Ces troupes atteignirent Ecommoy au moment où un bataillon allemand y débouchait également, venant de Saint-Mars-d'Outillé. En dépit d'un feu très vif, il put traverser une partie du village et atteindre son débouché du côté de Mayet. Mais nos ti'oupes ne tardèrent pas à le refouler, et il se borna dès lors à demeurer en observation devant Ecommoy.

Malgré ce petit succès, auquel avait contribué l'énergie du commandant Poinsignon, des francs-tireurs des Deux-Sèvres', Curten ne crut pas devoir pousser sur Mulsanne, ni même sur Arnage. Il y a lieu de le regretter, car si le X® corps

1. 3 bataillons, S escadrons, i batterie, l compagnie de pionniers.

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