Et non Saint-Jean, comme le dit Chanzy
un peloton du 4*^ cuirassiers de marche. Quelques instants après (vers 4 heures et demie), Pavant-garde de la division Colin* débouchait à son tour devant ce village et était accueillie par le feu de l'infanterie prussienne. Les francstireurs d'Angers se débandèrent aussitôt, leur commandant le premier, et refluèrent sur la colonne en tirant au hasard. Le général Colin dut se mettre à la tête du 2* bataillon de rOrne pour enlever Courcebœuf. Mais, au milieu du désordre causé par la fuite des francs-tireurs, une centaine d'hommes étaient tués ou blessés en quelques instants, surtout par des balles françaises. Les deux compagnies d'avant-garde et les francs-tireurs du Mans souffraient beaucoup et perdaient tous leurs officiers. Le lieutenant-colonel des Moutis était blessé ; le général de division avait son uniforme troué de six balles. Enfin, après une nouvelle et inutile tentative des 3* et 1*' bataillons de l'Orne, celui du 41* de ligne entrait dans Courcebœufs, le capitaine Lévy en tête, et les Allemands se retiraient vers les cantonnements de la 4* division de cavalerie, à Bonnétable et à Saint-Aulaire. A7 heures, la division Colin reprenait sa marche vers Ballon, où elle bivouaquait à minuit, après trois jours de combat et deux marches de nuit^
Enfin la division de cavalerie du 17^ corps passait la nuit à Ballon et à Saint-Mars.
La retraite du 21* corps, qui aurait pu si aisément être compromise, était donc assurée pour l'instant. Mais elle nous coûtait des pertes considérables, surtout en traînards ou en prisonniers. Celles de l'ennemi étaient infiniment moins fortes.
On se souvient que le IX® corps avait reçu l'ordre de reprendre la partie du plateau d'Auvours reconquise la veille par
1. L*ordre de marche de la 3® brigade, qui marchait en tête, était le suivant : 2 compagnies du a« bataillon de TOrne ; francs- tireurs du Mans, francs-tireurs d'Angers; état-major de la a« division, 8« bataillon de TOme (5 compagnies) ; artillerie ; 8«, i«r, 4« de TOrne ; bataillon du 4i« de ligne ; 59« de marche ; 9« bataillon d'infanterie de marine.
S. Cette affaire coûta aux mobiles de TOrne, seuls, i ofQcier tué, 9 officiers blessés et 160 mobiles tués ou blessés (des Moutis). Les pertes des Allemands 8*élevôrent en tout à sept hommes pour le 32« régiment, auquel appartenait le bataillon engagé {État-major prussien). Quant aux pertes du XIII« corps, le 18 janvier, elles furent de 9 officiers et de 833 hommes.
Gougeard. Au lever du jour, deux bataillons et deux batteries marchèrent sur la Lune d'Auvours par la route ; quatre batteries prirent position à Test de Villiers, sur le plateau, et deux bataillons à la ferme d'Auvours. Mais ces préparatifs demeurèrent inutiles ; après une tentative de contre-attaque faite dans la matinée, les troupes du général Paris ne donnèrent aucun signal d'activité. Bientôt même, les patrouilles allemandes trouvaient évacué tout le terrain jusqu'à THuisne. En effet, dès 6 heures du matin, la 2® division du 17* corps s'était mise en retraite; à la faveur du brouillard, elle gagna Yvré, puis alla passer la Sarthe à Montbizot et bivouaqua près de là, à Saint- James. Le général de Colomb s'était hâté de faire prendre les devants à une grande partie de son artillerie \ qui traversa le Mans en courant risque d'être enlevée par l'ennemi. Déjà le 17' corps avait dû abandonner deux pièces embourbées.
Après avoir constaté l'évacuation définitive du plateau d'Auvours, le commandant du IX® corps établit quatre batteries à son extrémité sud-ouest, et fit ouvrir le feu sur les hauteurs au delà de l'Huisne. Aucune batterie n'y répondant, il devint évident que nous avions déjà commencé notre mouvement de retraite. Cependant Yvré restait fortement occupé par la division Gougeard, et une violente fusillade retentissait au nord de Champagne. Sur l'ordre de Frédéric-Charles, la 35' brigade, qui s'était rassemblée à la Croix, se porta vers 2 heures sur la Commune, avec un régiment de hussards et deux batteries. Après avoir délogé un détachement français du Puits, un bataillon prussien prit part à l'attaque de Saint-Corneille. Ce point occupé, la 35' brigade s'établit à Fatines, derrière des avant-postes qui bordaient la Vive- Parance. Le reste dû IX' corps plaça les siens le long de l'Huisne et cantonna à Villiers, Champagne, Saint-Mars-la- Brière *,
1. Presque loute la réserve d*artiUerie du 17* corps n^avalt pas été engagée les 10, 11, 12 janvier, notamment les 38« et 33* batteries de rartillerie de la marine, et la 22* du 13* régiment.
2. Pertes du IX* corps, le 12, 13 hommes {État-major prussien).
Quant au IIP corps, toute la matinée il gardait une attitude pui*enient défensive, en faisant face à une partie de la division Gougeard vers Yvré, et à la division Jouffroy à Pouest de Changé. D'ailleurs il était épuisé par six jours consécutifs de marche et de combat, pendant lesquels il avait manqué de vivres. Ses cadres étaient très réduits. Le 12, Tun de ses régiments ne comptait que 15 officiers et 920 hommes présents, pour trois bataillons \ Alvensleben avait décidé, par suite, de se borner à défendre ses positions, surtout au moyen de son artillerie, et d'attendre pour marcher sur le Mans que le X'^ corps eût fait sentir son action. Dès 6 heures du matin, deux compagnies françaises, munies de sacs de poudre, tentèrent de détruire la passerelle du château des Noyers, mais sans succès. Plusieurs autres tentatives faites dans la matinée ne furent pas plus heureuses.
Cependant la 12® brigade s'était rassemblée aux Arches, la IP au château des Noyers, la 10* à Courte-Boule et la 9* à Changé, avec l'artillerie de corps. Une heure après, une partie de la division Jouffroy attaqua énergiquement les avantpostes prussiens dans le bois de Pontlieue et repoussa un de leurs bataillons sur le Tertre. Un autre bataillon et deux pièces se portèrent sur le Grand* Auneau, deux pièces sur Courte-Boule et un bataillon au nord du Tertre. De nouveau un vif combat s'engagea autour de ce point et les bataillons de la 10" brigade durent successivement être portés en ligne. Mais, au bout d'une heure, le feu devint moins vif et l'ennemi s'aperçut bientôt de notre retraite sur Pontlieue (11 heures)*. La 10® brigade, qui nous suivait dans cette direction, avait encore à s'engager plusieurs fois sur le Chemin-aux-Bœufs et sur la route de Parigné. Là elle se reliait directement au X* corps.
1, V. der Goltz.
2. Le III<> corps perdit il olllciers et 146 hommes (Étai-major prusiien). ChaDzy ne fait aucune mention de ce combat. Il dit môme que la division JoufiTroy traversa le Mans la première, ce qui paraît inexact. Le S3<> mobiles (brigade Ribell) quitta ses positions du Chemin -aux-Bœufs vers 10 heiures et demie. Il traversa lHuisne sur la passerelle du moulin (de La Touanne, Histoire du 33' régiment de mobiles).
Pour se couvrir dans la direction d'Ecommoy, Voîgts- Rhetz avait laissé un détachement à Mulsanne ; de même la 15' brigade de cavalerie s'était portée de Grand-Lucé à Teloche ; le reste du X® corps devait marcher sur le Mans. Vers 7 heures et demie du matin, la 19® division se rassembla à Kuaudin, et le gros de la 20 au sud de la Tuilerie. La 14® brigade de cavalerie se forma sur la route de Parigné ; elle était suivie de Tartillerie de corps, qui n'aurait pu trouver aucun champ de tir sur la route de Mulsanne.
A 9 heures, deux bataillons de la 19* division s'engagèrent aux Epinettes contre des troupes de Roquebrune auxquelles s'étaient jointes des fractions de la division Deplanque\ La résistance fut très vive, surtout aux Fermes. Pourtant l'ennemi finit par s'en emparer avec l'aide d'une section à cheval tirant de la Loge. Après leur avoir longuement tenu tête, nos troupes lâchèrent pied tout à coup en perdant plus de mille prisonniers. Le gros de la division Roquebrune avait déjà commencé son mouvement de retraite, sous la protection du IV chasseurs de marche*. Il parvint à atteindre Pontlieue et à passer l'Huisne sans trop de difficulté.
Quoique notre résistance eût entièrement cessé, la 19® division atteignit la Source vers 1 heure seulement, et le feu de la 20® l'empêcha alors de déboucher sur Pontlieue. Après avoir délogé quelques traînards des bois à l'est de la Tuilerie, cette division avait établi une batterie près de ce point. Trois mitrailleuses, placées par Le Bouëdec en avant de Pontlieue, furent bientôt réduites au silence et, comme le brouillard restreignait beaucoup les vues, les pièces allemandes ouvrirent le feu au jugé sur le Mans. Une batterie de la 19® division et les dix pièces de la 14* brigade de cavalerie vinrent les renforcer.
1. A la brigade Pereira, les 1^>^ et 2* bataillons du 75<^ mobiles s^étaient retirés sur Pontlieue vers minuit. Le 3« resta en position, jusque vers il heures,, avec 1 compagnie du 39^ de marche. Il se retira alors vers Pontlieue sur Tordre du colonel Ribell et passa THuisne vers i heure. Il avait perdu 4 tués, 7 blessés dont 1 officier, et 5 disparus.
2. Qui perdit 15 tués ou blessés seulement le 12 janvier (Historique du iP chasseurs).
A Pontlieue, depuis la perte de la Tuilerie, le désordre était extrême. Après avoir constaté, de ses yeux, l'état des armes des mobilisés du général Lalande, l'amiral s'était décidé à les renvoyer à l'ouest du Mans. Vers 9 heures du matin, ils se mirent en marche pour traverser la ville.
Quant aux troupes de Le Bouëdec, elles « fondaient » littéralement « à vue d'oeil ». Le peu d'hommes que l'amiral Jauréguiberry avait pu rallier la nuit précédente l'abandonnaient d'instant en instant. Il finit pourtant par disposer aux issues de Pontlieue la brigade Jobey, le 36® de marche et trois mitrailleuses. C'est à ces troupes, fort réduites depuis la fin de décembre, que revint l'honneur de couvrir la retraite. Heureusement les Allemands mirent peu d'énergie dans leur offensive. Vers 2 heures seulement, au moment où la pointe de la 19* division s'approchait de la lisière est de Pontlieue, le général von Kraatz porta la 20® division en colonne serrée contre ses abords sud. Une courte escarmouche lui livra la* partie de ce village située au sud de l'Huisne. Restait à enlever le pont qui traverse la rivière en cet endroit \ Il avait été miné et une barricade en sacs d'avoine interdisait l'accès de la rive opposée. Au moment où l'ennemi débouchait sur l'Huisne, une explosion se produisit. Le capitaine du génie Legros, qui n'avait voulu laisser à personne le soin de mettre le feu aux mines, était même grièvement blessé en ce moment. Malheureusement l'effet produit était incomplet et deux bataillons allemands ne tardaient pas à s'aventurer sur les débris du pont pour pénétrer sur la rive nord.
Au viaduc du chemin de fer nous étions plus heureux, et l'ennemi n'apparaissait qu'après la destruction complète de cet ouvrage. La veille au soir, il y avait encore dans la gare du Mans 1,200 véhicules, dont près de moitié chargés de
1. Il existait en outre une passerelle à hauteur d'un moulin situé en amont. C'est peut-être à elle que se rapporte le fait suivant, mentionné par VHislorique du 3' du génie. Avec quelques hommes de la l'^ section de la 4» compagnie bis, le capitaine Bernard chercha à faire sauter a le pont ». Cette opération fut manquée, un sapeur ayant été blessé au moment de mettre pour la deuxième fois le feu à la mine. Le capitaine Bernard fut tué eu rassemblant sa section.
vivres. Le 12, à 5 heures et demie du matin, on reçut l'ordre de commencer l'évacuation, en ne laissant en gare que des trains vides, sous vapeur, destinés aux blessés. Pendant la nuit, il était arrivé sept nouveaux trains militaires qu'on avait arrêtés aux signaux les plus avancés. On les fit rétrograder et on se hâta d'évacuer le reste du matériel, malgré 30 centimètres de neige glacée, en dépit de l'épuisement du personnel exténué par quatre mois de travail incessant et par la maladie \ Des milliers de soldats débandés, rompant le cordon de la gendarmerie, envahissaient les voies, prenant d'assaut les voitures, couvrant les marchepieds, les toitures, même les tampons. Les employés de l'Etat chargés du service télégraphique avaient déjà disparu. Pourtant, grâce à l'énergie du chef du mouvement, M. Piquet, la plus grande partie du matériel put être sauvée et, lorsqu'un bataillon ennemi atteignit la gare (2 heures 45), un train s'éloignait encore sous les balles et les éclats d'obus. Six locomotives et 212 wagons, la plupart chargés de vivres, tombèrent entre les mains des Allemands.
Cependant deux de leurs bataillons s'étaient engagés dans la rue principale de Pontlieue, celle qui conduit à Sainte- Croix. Suivis de celui qui revenait de la gare, ils gagnaient d'abord rapidement du terrain. Dans le faubourg de Pontlieue, ils s'emparaient de 150 voitures de vivres, d'un magasin contenant 1,000 quintaux de farine, de nombreux prisonniers. A l'entrée de la ville même, dont les rues, encombrées de troupes et de convois, étaient devenues impraticables, la résistance fut plus vive. Sous les ordres du général Bourdillon, le régiment de gendarmerie à pied fit tête quelque temps *. Sur la place des Jacobins, le 13° chasseurs de marche
1. A la gare du Mans 65 agents étaient atteints de la variole. L'évacuation du Mans présentait d*aulant plus de dlOdcultës que les lignes de
Rennes et d*Angers, seules, étalent encore ouvertes. De plus, un tel encombrement s'était produit sur la premiôro, à dater du 10 janvier, qu'il avait fallu interdire la voie descendante entre Noyai et Rennes, sur une étendue de il kilomètres, pour y placer du matériel. Cette situation devait durer jusqu^au 28. (Jacqmin, Les Chemins de fer français pendant la guerre.)