‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 118 sur 185 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

l'armée s'installe sur la MAYENNE

La ligne de la Mayenne. — Laval. — Répartition de l'armée. — Combat de Sainte- Mélaine (18 janvier). — Nouvelle répartition de l'armée. — Projets de Chanzy.

La Mayenne coule d'abord de Test à l'ouest, puis tourne brusquement au sud pour passer à Saint-Fraimbault-de- Prières, à Mayenne, à Laval, à Château-Gontîer et à Daon. Au sortir du département de la Mayenne, elle pénètre dans celui de Maine-et-Loire, reçoit la Sarthe et, sous le nom de Maine, va se jeter dans la Loire en aval d'Angers, après un parcours total de 190 kilomètres.

Dans la majeure partie de son cours, sa largeur et sa profondeur en font une ligne de défense très sérieuse. Mais, lorsque Chanzy prit position derrière elle, l'étendue à occuper aurait été trop grande pour des troupes affaiblies et en complet désarroi. De plus, leur réorganisation exigeaitqu'elles fussent groupées à proximité des voies principales de communication. Enfin un autre ordre de considérations limita les emplacements à occuper. Pour notre 2® armée de la Loire, deux opérations étaient encore possibles : la marche au nord-est dans la direction de l'Eure, ou la continuation de la retraite, si l'ennemi forçait nos positions le long de la Mayenne. Afin de parer à ces deux éventualités, Chanzy décida de répartir le gros de ses forces de Laval à Mayenne, sur un espace de trente kilomètres environ, traversé par les principales voies de communication. Laval était le point le plus important de cette ligne, la tête du chemin de fer de Rennes, le seul qui assurât encore notre ravitaillement; c'était aussi le nœud des routes traversant la région; enfin un embranchement le reliait à Mayenne. Le 16* corps dut être chargé de sa défense. Malheureusement, Laval est bâti

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sur les deax rives de la Mayenne, que traversent le viaduc d6 la ligne ferrée et trois ponts, Tun en bois et les deux autres en pierre. Il était indispensable de conserver la gare, située sur la rive gauche ] il fallut se décider à porter la défense assez loin vers Test, pour que la ville n'eût point à souffrir directement du feu de Tennemi. D'ailleurs le terrain des environs, coupé de haies, de talus, de chemins creux, de ravins, convenait à la défense ; la rive droite dominait la gauche.

De nos trois corps d'armée, le 17* avait le plus souffert depuis les premiers jours de janvier. Chanzy décida qu'il serait placé tout entier sur la rive droite, son centre à Saint- Germain-le-Fouilloux et sa cavalerie à Andouillé. Il garderait les ponts de Saint-Jean et de Montgiroux.

Le 21® corps aurait deux divisions à cheval sur la route d'Ernée et une troisième à l'est de Mayenne, Bur la rive gauche. A Saint-Fraimbault-de-Prières, la division Gougeard observerait jusqu'à Ambrières, en se reliant au 19* corps, dont les têtes de colonne atteignaient Domfront et dont une division gardait Argentan.

Comme nous l'avons dit, de Laval à Château-Gontier, la cavalerie du 16® corps surveillerait le cours inférieur de la Mayenne. Cathelineau organiserait la défense de cette dernière ville à l'aide de ses corps francs et des ressources locales. Sa droite serait appuyée aux troupes du général Cléret, qui n'avait pas cessé de couvrir Angers \

La situation exigeait que les ponts fussent détruits entre

1. Le colonel Cléret était à Saint-Aignan le 16 janvier; il fut nommé le môme jour général de brigade au litre auxiliaire, avec le chef d*escadron Lallemand pour chef d'état-major. On l'invitait à marcher sur Tours. Le 19, le ministre télégraphiait au commandant Lallemand : « La colonne du général Cléret m'a donné plus de mal qu'une armée. Chaque fois que je lui ai donné l'ordre de rester sur un point, elle s'est transportée sur un autre. J'avais dit au général de rester à Chinon ; il n'a pas eu de paix qu'il ne fût allé à Saumur. Depuis qu'il y est, il ne cesse de se plaindre tellement que j'ai pris le parti de télégraphier à M. Gambetla à Laval, pour qu'il replace la colonne Cléret sous les ordres de Chanzy. » [Enquête, tome IV, p. 129 et 184.)

Le 22 janvier Cléret était vers Chàleauneuf et Beaugé, avec 4,000 hommes environ.

Le 25, Cathelineau disposait de 600 volontaires vendéens et de 1,700 mobiles, dont 1,000 de la Dordogne et 700 de la Haute-Garonne.

Laval et Château-Gontier ; ceux situés en amont devaient être minés, afin qu'on pût les faire sauter au premier signal. Ces sacrifices n'étaient pas sans mécontenter la population, très peu sensible aux considérations de pur patriotisme. A peine Chanzy était-il descendu de cheval le 16, que le conseil municipal de Laval venait lui demander de ne pas détruire les ponts et surtout de ne pas exposer la ville aux conséquences d'une action de guerre ^ Ailleurs le maire de Saint'Jean-d'Assé se vantait auprès du général von Colomb de n'avoir pas fait quitter leurs foyers aux mobilisés de son village. Presque partout les Allemands entendaient les habitants maudire la guerre à outrance. Devant eux, on allait jusqu'à affubler Gambetta d'un sobriquet encore plus odieux que ridicule *. Il semblait qu'une partie de la France eût dépouillé toute fierté nationale. Elle ne voyait qu€ les maux présents, sans prévoir ceux qu'une paix mal assise lui réserverait pour l'avenir.

Le 17 janvier toutes nos troupes occupèrent les positions indiquées; les 17® et 21® corps achevèrent de passer la Mayenne ; le 16® l'avait franchie la veille ®. Tous avaient fondu dans des proportions effrayantes. Ainsi le 45^ de marche qui comptait 1,100 à 1,200 hommes avant la retraite, n'en avait plus que 400 dans le rang. « Mais c'étaient des héros admirables de courage et de résignation » , dit un témoin oculaire. D'autres, restés en arrière par suite de fatigue ou de maladie, cherchaient cependant à suivre tant bien que mal. Ainsi 200 traînards du 45® se constituèrent eux-mêmes en détachement à Evron, afin de rejoindre plus tôt leur corps.

Cependant les Allemands se contentaient deporteràSillélé-Guillaume l'avant-garde du IX® corps, tandis que le déta-

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