L ARMEE S INSTALLE SUR LA MAYENNE
La 1" brigade de cette division défendait Fespace compris entre la route d'Argentré et la ferme de la Lézerie ; une réserve de deux bataillons, soutenus par un troisième, était au village de Bonchamp. La 2" brigade s'étendait de la Lézerie à la Mayenne ^ Le 23* chasseurs de marche était en réserve générale au Point-du-Jour.
Sur la rive droite de la Mayenne, l'infanterie de la 2® division occupait une ligne allant de Grenoux à Saint-Berthevin, par la Gondonnière, la Haye-Beauvais, la Croix-des-Landes. Deux batteries de 7, deux batteries de 4 et trois mitrailleuses croisaient leurs feux sur les ponts de la Mayenne, enfilant la voie ferrée et la route de façon à permettre au besoin l'évacuation de la rive gauche.
A droite du 16® corps, tous les ponts étaient détruits de Laval à Château-Gontier ; la cavalerie et des détachements d'infanterie surveillaient les gués.
A gauche, le 17* corps n'avait à l'est de la rivière que des avant-postes ; il gardait les ponts de Changé, de Saint-Jean, et s'étendait jusqu'à Montgiroux. Le 21® corps, en position de ce point à Ambrière, avait une division seulement sur la rive gauche*. Enfin le 19® corps était installé vers Briouze, Saint-Gervais, Ecouché et Argentan.
Ce corps d'armée avait été formé à Cherbourg ; il ne fut établi sur la Mayenne qu'avec les plus grandes difficultés. Le 12 janvier, la compagnie de l'Ouest reçut l'ordre d'en transporter une partie de Cherbourg à Alençon (32,000 hommes, 3,000 chevaux, 300 voitures environ). Les dispositions, furent prises le jour même, mais le soir du 12 le mouvement était suspendu. Le 14, nouvel ordre: cette fois l'embarquement devait avoir lieu à Carentan, dans des conditions techniques très désavantageuses. En outre Alençon était fortement menacé.
1. Le 71® mobiles (Haute-Vienne) défendait Forcé, le château de Poligny, les Gondiniéres et la Groix-Gondin. Le 27« mobiles (Isôre) gardait la route de Château- Gontier.
2. Avec des batteries à Montecouple, la Vaissiôre, la Sérardiére, la Bretonniôre, la Cbaconne, la Rabatiôre.
On fit donc passer les trains de Carentan à Argentan, Fiers, d'où les troupes gagnaient Domfront à pied. L'embarquement se fit avec une extrême lenteur, dans un complet désordre. Le 16, à 5 heures du soir, on n'avait transporté que 16,515 hommes, 971 chevaux, 74 voitures. A 6 heures arriva Tordre de suspendre le transport. On croyait Argentan menacé. Le lendemain matin, l'opération fut reprise, mais pour l'infanterie seulement. Deux trains avaient déjà été dirigés sur Lison et Saint-Lô, quand survînt un nouveau contre-ordre. Cette fois il fallait débarquer à Fiers. Le dernier train partit de Cherbourg dans la nuit du 18 au 19 à 1 heure 15 minutes. Il avait fallu 80 heures pour expédier 37 trains. Par les routes, le 19'' corps se serait rendu du 13 au 20 à Fiers, sans aucun inconvénient ^
Un instant, sur une démonstration opérée d'Alençon, la division Girard du 19® corps évacua Argentan. Mais Chanzy l'y reporta, en la faisant soutenir par la division Saussier. La cavalerie de ce corps d'armée éclairait de Banes vers Alençon, soutenue par les corps francs de Lipowski. Les mobilisés de la Mayenne (colonel Bournel) étaient encore à Prez-en- Pail.
Pendant que l'armée prenait ainsi position sur la Mayenne, Chanzy se hâtait de la réorganiser. Avec la concours actif de Gambetta, qui accourait à Laval dès le 19 janvier, il complétait les vivres et les munitions de ses troupes ; il reconstituait leurs convois, entièrement disloqués par la perte d'un grand nombre de voitures ou par la fuite des charretiers civils. Enfin il faisait ramener par la gendarmerie les fuyards, dont la cohue remplissait les villes de la région jusqu'au delà de Rennes. Nos efifectifs, très réduits le 17 janvier, s'élevaient de nouveau. Des épurations indispensables étaient faites parmi les ofiiciers. Grâce à la distribution de chaussures et d'effets, à l'établissement de cours martiales dans chaque division, à l'installation des troupes dans des cantonnements, elles reprenaient des habitudes d'ordre et de discipline qui