‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 129 sur 185 · Pourcet, ouvrage cité, pages 93 et suivantes · texte numérisé non relu

Pourcet, ouvrage cité, pages 93 et suivantes

16 janvier, ordre de diriger la meilleure des brigades du 26> corps sur Blois.

17 janvier. La l"* brigade de la i" division part de Vierzon pour Romoranlin, avec i batterie et 2 escadrons pour déboucher le 19 devant Blois.

18 janvier. Ordre d'arrêter ce mouvement et de se tenir prêt à partir, avec tout le corps d*armée, le 20 janvier, pour une destination inconnue.

19 janvier. La mise en marche du 26^ corps n*aura pas lieu le 20. Il doit se tenir prêt à partir d'un moment à l'autre.

W janvier. Tout le 2ô® corps se mettra en mouvement le 22 pour Clamecy. 21 janvier. La division Bruat, seule, marchera sur Clamecy.

340 JOSNES, VËNDOMR, LE MAXS.

détruire le pont de la Loire ou d'obliger Tennemi à le détruire lui-même. Puis ce projet fut abandonné, et on ne parut plus songer qu'à porter rapidement tout le 25* corps sur Clamecy, par la Charité. Les généraux Mazure (qui commandait la division militaire à Bourges) et de Pointe de Gévigny garderaient les derrières et le flanc droit de Pourcet, qui serait rallié à la Charité par les troupes du 25® corps encore avec le général de Pointe. De même, un régiment de garde mobile à cheval, en formation sous les ordres de M. de Bourgoing, rejoindrait son corps d'armée à la Charité ou à Clamecy.

Mais le Ministre se rendit compte que la retraite de Chanzy sur la Mayenne laissait aux Allemands toute liberté de se renforcer à Bloîs ou à Orléans. Il décida, par suite, qu'une seule division du 25® corps, celle du général Bruat, se porterait sur Clamecy avec son artillerie et le régiment de garde mobile à cheval. Elle serait placée sous le commandement supérieur du général de Pointe de Gévigny. Pourcet demeurerait en position sur l'Yèvre avec ses deux autres divisions, soutenue^ par les mobilisés du général Mazure.

En eflfet, la division Bruat quitta Vierzon le 23 et se rendit à Nevers par Bourges. Le 27, elle était à la Charité et commençait ses opérations le 28, sous les ordres du général de Pointe. Elle marchait sur Clamecy et sa cavalerie était déjà à Avallon quand survint la nouvelle de l'armistice \

Au moment où elle quittait Vierzon, le Ministre prescrivait de nouveau une démonstration, non plus sur Blois, mais vers Tours (22 janvier). Cette fois, le général Pourcet se porterait lui-même dans cette direction avec une division d'infanterie et une brigade de cavalerie. Il aurait à nettoyer de partis ennemis la région comprise entre Amboise, Blois et Romorantin ; il ne s'arrêterait que devant des forces supérieures ou s'il était menacé sur sa droite.

La dernière de ses divisions et les troupes du général Ma-

1. Le 10^ régiment de cavalerie légère mixte remplaçait à la division Bruat le régiment de garde mobile à cheval qui rejoignit à la fin de janvier seulement.

zure garderaient Vierzon, soutenues au besoin par une brigade, bientôt une division en formation à Poitiers.

L'organisation des 2* et 3" divisions du 25* corps était encore si incomplète, que Pourcet fut réduit à constituer une division mixte à leurs dépens \ Son mouvement commença le 23 janvier. Tandis qu'il s'exécutait, le général Ferri- Pisani restait à Vierzon avec deux régiments de marche, les 78® et 79*, qui furent bientôt notablement renforcés. Un demi-escadron du 9' dragons de marche, trois légions de mobilisés (Dordogne, 1'* et 3® des Landes), un bataillon de mobilisés de la Côte-d'Or et sept batteries arrivèrent en quelques jours.

A la suite d'escarmouche» entre sa cavalerie et des francstireurs, l'ennemi dirigea une reconnaissance d'Orléans sur Salbris (24 janvier)'. Après un petit engagement elle délogea de la Motte-Beuvron l'un de nos détachements, qu'elle poursuivit jusqu'à Nouan. Le général Ferri-Pisani se crut directement menacé ; il rassembla sa division le 26 et s'établit en avant de la forêt de Vierzon, derrière le ruisseau delaRère. Mais déjà la reconnaissance hessoise s'était retirée vers le nord. 11 regagna donc ses cantonnements sur l'Yèvre et y resta sans autre incident jusqu'à la fin des hostilités.

Cependant les troupes placées sous les ordres directs de Pourcet s'étaient portées le 23 entre Villefranche et Mérysur-Cher, en se couvrant du 9* mixte et de l'escadron des

1 . Pourcet écrivait ie 80 au Mioistre qu il n'avait pas un mulet d'ambulance et pas de chevaux de trait pour les voitures régimentaires ; bon nombre de généraux ou de chefs de corps, presque tous les of&ciers d'ordonnance étaient à pied. Les cavaliers du 9^ de cavalerie légère mixte et de Tescadron des Deux-Sôvres ne tenaient pas à cheval, ignoraient tout maniement d'armes et n avaient jamais tiré.

La division qui prit part au mouvement sur Blois était ainsi constituée :

1'^ brigade : 77« de marche et mobilisés du Cher.

2^ brigade : 7« chasseurs de marche bis, 6® bataillon des mobiles du Puy-de- Dôme, mobilisés de l*Indre.

S batteries de la 2* division [a5« du 15« (4), 36« du 12« (4), 26« du 13« (4)] et 1/2 section du génie.

90 de cavalerie légère mixte, éclaireurs des Deux-Sôvres (1 escadron).

1 batterie de 4 à cheval (20« du 18«) et 1 batterie de 12 (26« du 14«} rejoignirent ensuite la division.

2- 1 compagnie, 2 escadrons, 2 pièces (État-major prustien). Pourcet dit 1,800 hommes.

Deux-Sèvres, jetés à Romorantin et dans la direction de Tours. Le 24, nos deux brigades d'infanterie se concentraient, la l'* à Villefranche et la 2* à Romorantin. L'artillerie était réunie à Langon ; la cavalerie occupait Mtir, Rougeon, Gy, Selles-sur-Cher. Le 25, cette dernière restait en position et les deux brigades d'infanterie s'établissaient avec trois batteries sur la ligne Pruniers-Gièvres. Deux batteries restaient à Romorantin.

Jusqu'alors, on avait à peine parcouru quelques kilomètres par jour; il fallait terminer en marchant l'organisation et l'instruction des troupes. Les corps de mobilisés surtout, dont les officiers provenaient de l'élection, laissaient grandement à désirer sous ce dernier rapport. Il arrivait fréquemment que leurs sentinelles fissent face à l'intérieur des lignes ou aux corps voisins.

Le 26 janvier, la !'• brigade se portait de Gièvres à Noyers et Saint-Aignan par la route de Tours ^ la 2', de Pruniers, Lassay et Lanthenay sur Chémery et Mehers. La cavalerie cantonnait de la Trouannes à Saint-Aignan, face à Blois. Elle se gardait si mal qu'un peloton ennemi pénétra jusque sur la place de Contres, devant la maison habitée par le général Delhorme. Ce coup d'audace n'eut pas d'autre suite, mais les cavaliers allemands purent se retirer sans trop de peine.

Sur les entrefaîtes, M. de Freycinet prescrivait au général Pourcet de continuer son mouvement sur Tours, en opérant une diversion vers Blois et surtout en y faisant sauter le pont de la Loire (25 janvier). La confiance du commandant du 25* corps en ses troupes était si restreinte, qu'il préféra les porter toutes vers Blois, quitte à marcher ensuite sur Tours. Le Ministre y consentit, et il fut de nouveau convenu qu'une brigade venant de Poitiers appuierait ce dernier mouvement.

Le 27, la division mixte opéra un changement de direction à droite, pour s'établir de Cour-Chévemy à Contres^ Déjà

1. a« brigade, i batterie de 4 et l de 12, de Cour-Chôverny àCormeray; 9« mixte à Tour-en-Sologae, CelletleSy Sear ;

1'* brigade à Contres avec 8 batteries ; l^'' escadron du 9^ dragons de marche ▼ers Tours.

les patrouilles de la cavalerie allemande avaient signalé son mouvement. En se retirant de Cormeray, un escadron de uhlans attira trois escadrons du 9" mixte dans une embuscade tendue à Cellettes par une centaine de fantassins. Malgré une vive fusillade, le lieutenant-colonel Masson ne voulut pas tout d'abord faire demi-tour de peur d'amener une panique. Il déploya son escadron en tirailleurs et tenta de pénétrer dans le village. Après avoir franchi une première barricade ébauchée par Tennemî, il se heurta à une seconde, élevée au delà du Beuvron et ne put la dépasser. Il dut alors se replier sur Cormeray, sans trop de pertes*; de son côté, l'ennemi se retira sur Vienne.

Suivant les ordres de Pourcet, nous devions opérer le 28 sur quatre colonnes ; le général Delhorme partirait de Contres à 6 heures et demie du matin avec le 77® de marche, l'escadron du 9® dragons de marche, deux escadrons du 9* mixte, deux batteries. Il se dirigerait sur les Montels, Chailles, puis remonterait la Loire vers le faubourg de Vienne.

A sa droite, le général Pourcet quitterait Cormeray, à 10 heures et demie, avec les trois bataillons de l'Indre, deux batteries, l'une de 4 et l'autre de mitrailleuses. Il se porterait par Cellettes sur la Patte d'oie de l'Aubépin.

Le général de Chabron, parti de Cour-Chévemy à 10 heure» et demie, marcherait sur le même point avec le 7' chasseur» hiSf deux bataillons du Cher, le 6® bataillon de mobiles du Puy-de-Dôme et deux batteries, l'une de 4 et l'autre de 12.

Enfin un escadron du 9* mixte et les éclaireurs des Deux- Sèvres s'engageraient dans les forêts de Boulogne et de Bussy pour mieux nous couvrir vers l'est.

Au sortir de la forêt de Bussy, les deux colonnes du centre se déploieraient et attaqueraient de front le faubourg que celles des ailes menaceraient de flanc ^.

1. 1 officier blessé morteUement, 8 cavaliers blessés et 18 chevaux tués ou blessés ; nous fîmes trois prisonniers.

Vienne était alors occupé par i bataillon d'infanterie ; 11 y avait à Blois 1 bataillon et demi, et 3 escadrons.

9. 1 bataillon du Cher, resté à Contres, gardait le parc et le convoi ; i bataillon du 780 de marche avait été détaché de Vierzon à Selles-sur-Cher. -

Ces mouvements, fort compliqués pour des troupes novices, ne furent pas exactement exécutés. Un retard de près de trois heures, qui se produisit à la 1'* brigade, obligea de différer Tattaque d'autant. De plus les deux escadrons de droite s'égarèrent et ne parurent même pas aux abords de Vienne. Il en résulta que l'ennemi ne fut pas surpris et coupé de Blois, comme il l'aurait dû être.

La colonne du général Pourcet atteignit la Patte d'oie sans résistance et déboucha vers 4 heures seulement devant Vienne. Son avant-garde (une compagnie du 7* chasseurs bis, une section de 4, un détachement du génie), vigoureusement enlevée par le colonel Fourchault, chef d'état-major du corps d'armée, traversa le pont du Cosson et arriva à deux cents mètres du faubourg ; son entrée était défendue par une forte barricade, à hauteur d'une digue qui l'entoure. On chercha vainement à mettre nos deux pièces en batterie et le feu de l'ennemi les mit un instant en danger. Plusieurs chevaux furent tués ou blessés, d'autres s'abattirent sur la chaussée couverte de verglas. Les chasseurs durent faire un eflfort pour dégager cette section *. La colonne se déploya ensuite derrière le Cosson, où elle ne tarda pas à être renforcée par celle du général de Chabron. Deux autres sections de 4 prirent position sur une hauteur à gauche de la route, et la batterie de mitrailleuses en avant et à droite. On battit ainsi l'issue du faubourg.

La colonne Delhorme, qui était partie à 10 heures seulement, avait 28 kilomètres à faire sur le verglas. Elle n'atteignit les abords de Vienne qu'à la nuit, et déploya aussitôt un bataillon le long du Cosson et un autre le long de la Loire. Le dernier restait en réserve, tandis que la 20* batterie du 18® régiment (4 à cheval) s'établissait sur la route et canonnait le pont de Blois '. Malgré cette intervention, l'attaque des deux autres colonnes progressait très lentement. La

1. Elle appartenait à la ^e^ batterie du 1S« régiment et perdit s hommes, 4 chevaux tués ou blessés.

2. Détruit une première fois par nous au moment de la retraite de Vendôme, et rétabli provisoirement par Tennemi.

1. Elle appartenait à la 26^ batterie du 13« régiment et perdit 3 hommes, 4 clievaux tués ou blessés.

2. Détruit une première fois par nous au moment de la retraite de Vendôme, et rétabli provisoirement par Tennemi.

légion de l'Indre, officiers compris, montrait la plus extrême mollesse ; il fallait en finir. Les généraux Pourcet et de Chabron réunirent quelques mobilisés de bonne volonté à la compagnie de chasseurs du lieutenant de Villebois de Mareuil et se jetèrent sur la barricade. Elle fut enlevée en un instant et ses défenseurs s'enfuirent la baïonnette dans les reins, vers un retranchement en palanques qui défendait l'accès du pont de la Loire.- Au moment où nos soldats y arrivaient, une explosion retentit : le pont venait de sauter.

Le combat était terminé ; il nous avait coûté 21 tués et 82 blessés, dont 5 officiers. Les pertes du détachement ennemi étaient à peu près égales*, malgré son effectif de beaucoup inférieur. Si nos troupes, les mobilisés surtout, avaient montré un peu plus d'entrain, il aurait été entièrement détruit.

Malgré ce succès, Pourcet crut devoir demander au Ministre (29 janvier) l'ajournement de l'opération sur Tours, tant il redoutait un échec qui aurait compromis l'organisation future de son corps d'armée. D'ailleurs il apprit le même jour la signature de l'armistice.

Quant à Frédéric-Charles, à la nouvelle de la prise du faubourg de Vienne, il plaça les troupes de Blois sous les ordres du général von Manstein, qui venait d'atteindre Orléans avec le IX" corps (28 janvier). Dès le lendemain, le bataillon battu à Vienne fut envoyé à Tours et remplacé par un nouveau détachement. C'est à ce moment que survint la cessation des hostilités.

1. Pourcet dit 96 hommes, dont 64 prisonniers non blessés qu*il compta lui-môme, et 150 fusils. Il ajoute qu*un grand nombre d*Allemands profitèrent de la nuit pour s^échapper, sans que la population fit rien pour les en empêcher.

VÉlat'maJor prussien donne comme chiffres des pertes allemandes : i officier et 68 hommes, dont 47 disparus. Il y a lieu de croire que ces nombres ont été réduits avec intention.

Du 4 au 81 janvier la II® armée aurait perdu 289 officiers et 8,721 hommes seulement, dont 121 officiers et i,698 hommes pour le III® corps.

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