‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 130 sur 185 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

l'armistice

Avant-courean de la capittxlation de Paris. — L'armistice. — Limites de notre zone d'oocnpation. — La guerre à outrance. — Nos ressources. — Projets de Ohanzy. — La 8« armée au sud de la Loire. — Le 35* corps. — Situation à la fin de l'armistice. — Moral des troupes. — Les Allemands. — Les préliminaires de paix. — Béflexions finales.

La signature de l'armistice et la capitulation de Paris n'avaient point surpris la Délégation; depuis plusieurs semaines, les dépêches qu'elle recevait de Jules Favre ou du général Trochu lui laissaient pressentir cette fatale nouvelle. Toutefois, Gambetta ne permettait pas que le dernier acte du drame se terminât ainsi sans une protestation suprême :

« Vous voyez s'approcher tous les jours de vous, de la France, de la République, l'horrible catastrophe, écrivait-il le 16 janvier à Jules Favre, et vous vous résignez en gémissant... plutôt que de vous défaire résolument du seul homme qui, quelle que soit d'ailleurs sa vertu, est inférieur à sa situation, à son rôle, aussi bien qu'à son mandat.

« De mesquines considérations de personnalités vous entraînent à ce point de rendre stériles les efforts gigantesques de Paris et de la France. Depuis quatre mois, vous vous laissez acculer à la faim et à la capitulation par votre inaction. Vous avez ainsi laissé passer l'heure et l'occasion favorables pour une victorieuse trouée et, avec des intentions plus pures, vous tomberez comme ceux qui sont tombés à Metz et à Sedan. »

Un peu plus tard (27 janvier), en écrivant à Jules Favre, Gambetta dépeignait le général Trochu comme « n'étant qu'un discoureur infatigable et un militaire irrésolu ». Il protestait énergiquement contre la pensée que la capitulation de Paris pourrait entraîner celle de la France.

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« Qu'allez-vous faire à Versailles? Capituler comme gou-' vernement? Vous ne le pouvez ni en fait, ni en droit. En fait, bloqués dans Paris depuis quatre mois, réduits par la disette à ouvrir les portes à Tennemi, vous ne pouvez stipuler que pour la ville et exclusivement comme représentants de la ville. C'est Paris qui est réduit en eflFet, ce n'est pas la France, et toute immixtion sur un autre terrain vous amènerait à consentir à l'ennemi des avantages qu'il est loin d'avoir conquis. En droit, vous ne pouvez disposer du titre de gouvernement sans le supprimer, comme il est arrivé après la capitulation de l'homme de Sedan. La collectivité même, la pluralité de notre gouvernement implique la dévolution de tout le pouvoir aux survivants d'entre nous, que leurs collègues aient été frappés de mort naturelle ou de mort politique.

« Ces principes posés, tout ce que vous accompliriez en dehors des intérêts propres de Paris, sans notre consentement ou notre ratification, serait nul et de nul effet. . .

« Au moment de finir, nous recevons à l'instant une dépêche de Londres qui annonce votre retour de Versailles à Paris, avec les conditions de la capitulation.

« La précision de la dépêche ne laisse plus guère de doute pour mon esprit, et je reste muet devant une telle catastrophe... ^ »

Ainsi, aux yeux de Gambetta, une fois la résistance de la grande ville terminée , le Gouvernement devrait cesser d'exister. Il ne pourrait, en aucun cas, s'engager pour le pays tout entier. Dans leurs dépêches des 9, 10, 14 janvier, Jules Favre et le général Trochu avaient déjà développé les mêmes idées*.

On sait trop qu'il n'en fut rien et que la convention imposée par M. de Bismarck à la faiblesse de Jules Favre s'appliquait à la France beaucoup plus qu'à Paris. Non seulement elle laissait l'armée de l'Est en dehors de l'armistice, mais

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