Camô, ouvrage cité, page
BATAILLE DE YILLORCEAU. 31
Le 59* de marche, les francs-tireurs de TAin et une batterie occupaient Vernon et Messas. Le régiment de gendarmerie à pied et une batterie formaient réserve à Clos-Moussu ; la cavalerie, en arrière du 21^ mobiles, se tenait entre Clos-Moussu et Pierre-Couverte.
Du côté des Allemands, la 17^ division était restée dans les villages qu'elle avait enlevés la veille. A 11 heures, elle poussa quelques troupes vers Villeneuve et les Vallées, que les nôtres évacuèrent sans chercher à les défendre. A midi et demi seulement, lorsque le général v. Tresckow reçut du grand-duc Tordre de se diriger sur Beaugency, il mit son avant-garde en marche sur la route de Blois\ En même temps, deux bataillons s'avançaient vers Messas, sous la protection de deux batteries à cheval. Les francs-tireurs de T Ain , capitaine Jayr, et le 59® de marche leur opposèrent une résistance acharnée, qui dura jusqu'à la nuit. Messas fut alors complètement occupé par Tennemi, malgré un retour offensif tenté de Vernon. Nous y perdîmes 150 prisonniers; sur 150 francs-tireurs, 100 avaient été mis hors de combat*.
Cependant Tavant-garde prussienne s'était déployée en face de la hauteur du Mont, au nord -est de Beaugency, tandis que, de Margottière, deux autres batteries agissaient contre les masses que laissait voir Camô près de Vernon. Après une courte canonnade, un bataillon prussien enleva le Mont et s'y maintint, malgré toutes les tentatives faites pour l'en chasser. En même temps, un bataillon de chasseurs poussait jusqu'à la lisière nord-est de Beaugency et s'introduisait dans la ville en longeant le fleuve.
Toutefois le combat se prolongeait durant plusieurs heures dans Beaugency, en dépit de l'intervention de huit batteries du IX* corps placées sur la rive gauche de la Loire, vers Lailly. Les chasseurs prussiens, arrêtés sur le quai par un feu très vif, ne parvenaient à pénétrer plus avant que grâce à l'appui de deux autres bataillons. Ils venaient d'occuper
1. 4 bataillons, 8 batteries, 8 escadrons, i compagnie de pionniers. s. D*aprôs un rapport du capitaine Jayr au général Camô, trois de ces francstireurs auraient été brûlés vifs par l'ennemi durant le combat.
entièrement Beaugency, quand une batterie firançaiBe, arrivant de Vemon, y entra par suite d'une erreur de direction et tomba tout entière, à l'exception d'une pièce, entre les mains de l'ennemi (ô heures).
Cependant la situation des Allemands était encore fort précaire à Beaugency, dans un fond dominé de tous côtés ; de Vemon, grâce à l'angle rentrant que dessinait notre ligne, nous aurions pu aisément les couper de Meung. Aussi, pendant la soirée, deux de leurs bataillons dirigés de Messas sur Vemon surprirent le 59* de marche et un bataillon du 27* mobiles (Isère), qu'ils en chassèrent en leur faisant des prisonniers. Nos troupes se retirèrent sur Pierre-Couverte*.
Pendant que Beaugency nous était ainsi enlevé, le général Barry, alors à Mer, envoyait pour la troisième fois à Beaugency une partie de sa division, et notamment le 38* de marche (2 heures du soir). En approchant de la ville, ce régiment trouvait la colonne de Tours en pleine déroute. Camô, atteint par un éclat d'obus et souffrant de deux chutes successives de cheval', avait cédé le commandement au général Trîpart, qui tentait de rallier les débris de ses troupes derrière le ravin de Tavers. Une partie de la division du 16* corps les y rejoignit ; quant au reste, il se retira vers Blois, avec le général Barry, dès le matin du 9 décembre.
Sur la rive gauche de la Loire, le IX' corps ne s'était pas borné à prendre d'écharpe la droite de Camô. Ses fractions les plus avancées avaient poussé jusqu'à Maulnes, après un petit engagement contre le bataillon des francs-tireurs de la Sarthe, un bataillon du 31® de marche et une batterie de montagne. Nos troupes s'étaient retirées sur Muides et sur Saint-Dié.
1. État-major prussien. D'après le rapport de l'amiral Jauréguiberry, celle évacualion devrail ôtre atlribuée à uoe lout autre cause. Un olTlcier général établi à Messas aurait sommé le colonel Barille de se retirer, en le menaçant d'un bombardement, el nous aurions obéi sur l'heure à son injonclion. Il faut souhaiter que cette explication ne soit point la vraie.
2. Après la première qui « avait notablement affaibli ses facultés intellectuelles », le général Camô crut devoir, à lorl, conserver son commandement (Camô, ouvrage cité).
BATAILLE DE VILLORCEAU. 33
En somme la journée avait été relativement avantageuse pour nous, à part Tévacuation de Beaugency et la oeroute de la colonne Camô, et ces deux faits tenaient en partie à Tinter vention intempestive du délégué à la Guerre. Presque partout, nous avions maintenu nos positions ; là où nous avions dû les abandonner, ce n'avait été qu'après une résistance acharnée, imposant de coûteux eflforts à Tennemi. Nos pertes en tués ou en blessés étaient considérables^, il est vrai, mais « les troupes allemandes étaient tout à fait épuisées ». Sur 66 officiers et 2,603 hommes de troupe, la 4* brigade bavaroise d'infanterie avait perdu 32 officiers et 418 hommes. De ses 36 pièces, la 22® division d'infanterie en renvoyait le lendemain 24 à Orléans, entièrement hors de service. Des 18 pièces de la 4* brigade bavaroise, 8 seulement pouvaient entrer en ligne le 9 décembre *•
Certes de pareils résultats, si près de nos échecs des 2, 3 et 4 décembre sous Orléans, faisaient honneur à Chanzy et à ses jeunes troupes. Si, au lieu de demeurer înactives à l'ouest de la forêt de Marchénoir ou sur nos derrières, la majeure partie du 21® corps et notre cavalerie avaient tenté de déborder la droite allemande, la journée aurait pu se terminer par un véritable succès.
Quand il donna ses ordres pour le lendemain, Chanzy ne connaissait ni l'évacuation de Beaugency, ni celle de Vemon. Croyant que nous avions conservé l'ensemble de nos positions, il prescrivit de s'y maintenir.
1. D'après Chenu, nous aurions eu 2,000 hommes hors de combat le 8 décembre ; le détail de ces pertes est inconnu, sauf pour certains corps : 4^ bataillon du Maine-et-Loire (75« mobiles) : i officier blessé, 4 hommes tués, 23 blessés et i disparu ; il» chasseurs de marche : 8 officiers blessés, dont 2 mortellement ; 290 hommes blessés et SS4 tués ou disparus ; 45« de marche : plus de 500 tués ou blessés, dont plus du tiers des ofQciers ; 2« brigade de la 2« division du 2i« corps : 40 tués et ii5 blessés.
a. V. Helwig, v. Colomb, ouvrages cités. Dans son histoire de la guerre de 1870, le maréchal de Moltke écrit que, les 8 et 9 décembre, rÂrmee-AbtheiluDg demeura avec 4 divisions d*infanterie en face de il divisions françaises. Cette assertion est fausse, car Chanzy disposait seulement de la i'« division du 16« corps, des 3 divisions du 17<>, de 3 divisions du 21« et de la division Camô, au total 8 divisions. Les 2« et 3^ divisions du 16® corps, la 4® du 21« ne parurent pas sur le champ de bataille.
CAMPAOKB DB LA LOIBB. — II. 3
La cavalerie du 16' corps et la 2" division du 2V s'établiraient de Poisly à Lorges^ soutenues par la réserve du général Jaurès. Les trois divisions du 17* corps seraient placées de Prénay à Villemarceau par Ourcelle ; sa cavalerie demeurerait au Clos-Moussu. Enfin la 1'' division du 16* corps occuperait Villorceau, en se reliant aux troupes de Camô, disposées de Beaugency à Vemon et au Grand-Bonnevalet, par Pierre-Couverte.
Dans la nuit du 8 au 9, Chanzy, contraint par la retraite de sa droite de modifier ces instructions, prescrivit à Tamiral Jauréguiberry et au général Tripart de reprendre Beaugency au point du jour. En cas d'échec on couperait le pont de Mer, s'il devenait nécessaire.
Plus encore que son adversaire, le grand- duc de Mecklembourg nourrissait des illusions sur l'issue de la journée. Autour de lui « on croyait l'ennemi entièrement battu et en retraite * * . Aussi se boma-t-il à prescrire de nous poursuivre le jour suivant, en indiquant les grandes directions à faire prendre aux troupes allemandes. La 17* division devait marcher sur Tours ; une brigade de la 2* division ds cavalerie, sur Villorceau ; l'une de celles de la 4* sui: Séris '. Derrière elles, le I*' corps bavarois serait relevé par la 22* division, en raison de ses pertes.
L'état-inajor de la II* armée ne s'était pas encore exactement rendu compte de la force relative des troupes françaises en retraite sur Gien, sur Vierzon et sur l'ouest. Le 8 décembre, l'Armée -Abtheilung avait fait des prisonniers appartenant, d'après leur dire, aux 15", 16% 17* et 19* corps. Au contraire on assurait de la Sologne que les 15% 16*, IS'' et
1. Ces iQSlnictions ne meationnent ni la i", ni la 3® division du 2i« corps, qui avaient été à peine engagées lu 8. £lles devaient demeurer en position comme en général le reste de Tarmée.
La 2« division du 2i« corps perdit le 8 décembre 2 bataillons de mobiles de risére, renvoyés à Vendôme et remplacés par i compagnie de francs-tireurs d'Argentan et par 6 compagnies de francs-tireurs de Paris.