ligniôres est un peu au nord de Prez-en-Pail
l'armistice. 349
mitation nous était défavorable. Les Allemands acquéraient le droit d'occuper complètement l'Indre-et-Loire, le Loir-et- Cher, le Loiret et l'Yonne, qui étaient encore, en grande partie, entre nos mains. L'importante ville de Vierzon, que nous occupions, allait être évacuée comme étant comprise dans la zone neutre destinée à séparer les deux armées. Les lignes du Cher, de l'Indre, de la Creuse ne pouvaient plus être défendues par nous, l'ennemi tenant leur partie inférieure. Les négociateurs de la convention n'auraient pu faire davantage, s'ils avaient voulu rendre impossible la prolongation de la guerre.
D'ailleurs les Allemands prétendirent encore, sur plusieurs points, altérer à leur profit le texte d'une convention qui leur était déjà si avantageuse. Le grand-duc, surtout, montra la plus grande raideur et menaça de reprendre les hostilités, si on n'acceptait pas ses conditions. Mais Chanzy lui opposa une fin de non-recevoir tout aussi absolue. Pourtant, dans une conférence du 2 février, les deux partis finirent par se mettre d'accord. On nous concéda l'occupation de Mézidon ; les patrouilles allemandes ne durent même pas visiter Argentan et Lisieux.
Quant à Frédéric-Charles, il installa, du 31 janvier au 3 février, ses troupes en deçà de la zone neutre. La 4® division de cavalerie s'établit entre Sées et Alençon, le ni® corps et la 2® division d' Alençon au Mans, le X* corps, les 1'® et 6® divisions du Mans à Montrichard ; le IX* corps resta autour d'Orléans et le détachement Rantzau à Auxerre '.
Les élections allaient avoir lieu; l'Assemblée nationale aurait bientôt à trancher la redoutable question de la prolongation de la guerre. Après tant de désastres, de sacrifices inutiles, il était permis de se demander si la lutte était encore possible. Sans doute un peuple qui ne veut pas mourir trouve dans son désespoir des forces inépuisables. Les Espagnols l'ont amplement prouvé, en résistant, de 1808 à 1814,
1. État-major prussien. Le détachement Rantzau fut réparti le 9 février entre Bléneau, Gien et Ch&lillon-sur-Loing, tandis qu'une brigade mixte du Vie corps occupait seule Auxerre.
à plusieurs de nos armées et au plus grand capitaine des temps modernes. Mais, pour une pareille résistance, il faut la presque unanimité de tout un peuple ; il faut du moins que la majorité des citoyens soit disposée à tous les sacrifices pour chasser l'ennemi du sol national. D'ailleurs l'intérêt bien entendu du pays est le plus souvent d'accord avec les impulsions de la fierté nationale. On peut même dire, avec quelque raison, que le parti de la guerre à outrance aurait été le plus sage en 1871. Quand on tient compte des désastres de la Commune, du paiement de l'indemnité de guerre, des sacrifices de tout genre entraînés par l'état de paix armée où nous vivons depuis vingt-trois ans, on est entraîné à croire que le « fou furieux » avait raison et que mieux aurait valu combattre jusqu'à notre dernière cartouche que de signer la paix dans les conditions imposées par l'ennemi.
Mais la grande majorité de la nation ne voulait pas la continuation de la guerre, et ce fait seul rendait la paix indispensable. Malgré la trêve consentie par tous les partis devant l'ennemi, les groupes révolutionnaires exceptés, les Français de 1870 n'étaient pas disposés à tout sacrifier à la grande cause de la Patrie. Le goût du bien-être, la soif des jouissances matérielles, l'absence de tout idéal, de toute croyance fermement assise, le dégoût des occupations viriles avaient, depuis des années, exercé leur influence dissolvante sur la nation. L'enthousiasme de Oambetta et de ses collaborateurs, leurs prodiges d'activité ne parvenaient plus à réagir sur la lassitude générale. « Mon opinion personnelle a toujours été, a dit M. de Freycinet, qu'après la chute de Paris la guerre serait fort difficile à soutenir, moins à cause de l'insuffisance des ressources du pays que des dispositions morales de la population \ » Chanzy disait de son côté : « Il faut bien le dire, s'il y avait des gens qui ne voulaient point se battre, c'est que la nation ne les y poussait plus. L'armée est le reflet du pays. Si le patriotisme s'amoindrit dans la nation,