De Freycinet, ouvrage cité, p
l'abmistioe. 351
il est difficile qu'il s'exalte dans Tarmée. La preuve en est dans ce qui se passait autour de nous. Lorsque des gens fuyaient le champ de bataille, au lieu de les flétrir et de nous les ramener^ on les cachait. Lorsqu'il s'agissait de faire de nouvelles levées, au lieu d'encourager ceux qui partaient, on les plaignait et on leur répétait : < On vous mène à la « boucherie. » Enfin les autorités elles-mêmes dissimulaient les fuyards qui retournaient dans leurs communes \ »
« Mais si la guerre ne devait pas être poursuivie, il était du moins très important qu'elle parût susceptible de l'être afin de contenir les exigences du vainqueur '. » Il fallait tout préparer en vue de la reprise des hostilités, quelque improbable qu'elle fût.
La 2* armée de la Loire était la seule en état de reprendre immédiatement la campagne. Mais on ne pouvait plus songer à la porter sur Paris, comme Chanzy l'avait plusieurs fois projeté. Maintenant la question capitale était de couvrir le sud de la Loire, de ralentir le plus possible les progrès de l'ennemi, de façon à permettre l'organisation de nouvelles armées. Nous possédions encore des ressources considérables : 222,000 hommes d'infanterie, 20,000 cavaliers, 33,900 artilleurs, 1,232 bouches à feu avec 242 coups par pièce, 4,000 voitures. A ces forces organisées s'ajoutaient 354,000 hommes répartis en Algérie ou dans les dépôts, 132,000 recrues de la classe 1871 encore dans leurs foyers. La remonte disposait de 12,000 chevaux; 443 canons, avec 398,000 projectiles, et 1,200 voitures attendaient des attelages. Les départements allaient mettre à la disposition de nos armées, si ce n'était déjà fait, 98 batteries de divers calibres, attelées et munies de leur personnel. Nos fabriques d'armes livraient 25,000 chassepots par mois et nos cartoucheries deux millions de cartouches par jour '. D'énormes quantités d'armes et de munitions ne cessaient d'affluer de l'étranger, d'Amérique surtout. Enfin la partie de la France que n'avait pas encore
1. Déposition devant la commission d'enquête, tome IV, p. 160.