Chanzy, ouvrage cité, p. 4i
foulée l'ennemi comptait 25 millions d'habitants; nos ressources étaient donc loin d'être épuisées.
Chanzy proposa au Ministre (3 février) de les utiliser comme il suit. L'armée de Bretagne était encore fort mal organisée et les cinq groupes dont le général de Colomb avait proposé la formation (30 janvier) se reliaient à peine entre eux. Le commandant en chef avait leur « direction stratégique » , mais, chose qu'il est difficile d'admettre, son autorité sur le territoire était nulle. Chacun des généraux sous ses ordres conservait une initiative et une indépendance relatives. Enfin, jusqu'à nouvel ordre, de Colomb restait sous l'autorité suprême de Chanzy*. Des influences politiques rendaient son autorité encore plus précaire. Ainsi, sur la demande d'un préfet, M. Engelhard, et contre la volonté de Chanzy et de Colomb, Cathelineau, alors dans le Maine-et-Loire, était envoyé dans la Mayenne (2 février).
11 fallait donc créer de toutes pièces cette armée, lui donner l'armement, l'équipement, l'habillement, le personnel administratif qui lui manquaient.
Les lignes de Carentan, qui auraient dû couvrir Cherbourg et une partie de la Normandie, n'étaient point en état de défense ; travaux et armement devaient être complétés. Aux yeux de Chanzy, cette situation présentait des dangers évidents : il était possible que Frédéric-Charles cherchât à couper la 2* armée de la Loire et à la refouler en Bretagne, où elle serait isolée du reste du territoire, tandis que le grandduc pourrait occuper entièrement la Normandie.
D'ailleurs nos troupes n'avaient ni la solidité, ni la cohésion, ni l'organisation nécessaires pour qu'on pût leur imposer des mouvements de large envergure. Il fallait éviter tout engagement décisif. On devait se proposer simplement d'affirmer l'idée de la résistance, sur tous les points où ce serait possible. On obligerait ainsi l'ennemi à se disperser, à maintenir en France des forces considérables, à accroître la somme des sacrifices de tout genre qu'il s'était déjà imposés. On at-
1. Télégrammes du Ministre au général de Colomb (si janvier et l«' février).
l'armistice. 35^
tendrait ainsi le moment de reprendre Tofifensive : « Ce que les Allemands redoutent le plus, ajoutait Chanzy dans un rapport du 2 février au Ministre, c'est la guerre de détail , la défense du sol pied à pied, la résistance derrière tous les obstacles. » Il voulait l'obtenir du patriotisme quelque peu assoupi des populations. A ses yeux, les armées, les groupes constitués devaient servir uniquement à appuyer la résistance locale, à profiter des fautes de l'ennemi. Sans doute, nous le répétons, ce programme edt présenté de grauds avantages. Mais il exigeait, comme condition première, le sacrifice de tous les intérêts privés ou, du moins, la bonne volonté du plus grand nombre, et aucune de ces conditions ne pouvait être réalisée en ce moment.
Quoi qu'il en soit, Chanzy voulait quitter ses positions actuelles, laisser sur la Mayenne le strict nécessaire pour donner une base solide aux troupes de Bretagne et porter le reste au sud de la Loire.
A cet effet il renforcerait les deux divisions du 17" corps ^ dont disposait déjà le général de Colomb, des divisions Saussier et Gougeard, composées surtout de mobilisés originaires do la région. Jointes aux corps de Lipowski, de Cathelineau et de Bérenger, elles prendraient les emplacements suivants à l'est de la Bretagne.
Le général Saussier s'établirait derrière l'Orne, d'Ouistreham à Harcourt, pour couvrir Caen. Avec ses corps francs et 15,000 mobilisés bretons, Lipowski défendrait le terrain à droite jusqu'à Argentan ; puis viendrait la division Gougeard, d'Argentan à Domfront, et celle de Charette, de Domfront à Mayenne ; à Laval, les deux divisions du 17' corps et les 8,000 mobilisés de la Mayenne ; à Château-Gontier et sur le cours inférieur de cette rivière, le corps Cathelineau soutenu parles mobilisés de la Loire-Inférieure (général Bérenger). Quant à Cléret, qui avait alors 14,000 hommes, il passerait sur la rive gauche de la Loire.
De son côté, le reste de la 2* armée (deux divisions du 19* corps, 2V et 16* corps) se mettrait en marche de façon à être établi, avant le 18 février, date convenue tout d'abord