OAMPAGNB DB LA LOIRE. II
Chanzy projetait d'établir le 16^ corps du Blanc à Châtellerault; le 21'', de Châtellerauit à Loudun ; le 19^, de Loudun à Saumur. Ce dernier serait renforcé de la division Cléret, qui passerait la Loire dès que Cathelineau serait en état de couvrir Angers et les Ponts-de-Cé.
Ainsi, rétendue du front de l'armée proprement dite ne devait pas être moindre de 120 à 130 kilomètres, chiffre assurément excessif; si, comme il était à prévoir, elle ne pouvait se maintenir dans ces premières positions, elle se retirerait, en se resserrant davantage, la gauche et le centre sur le plateau de Qâtine, de Saint-Maixent à Confolens, la droite aux monts du Limousin. Cette aile resterait liée aux 26" et 25' corps, dont la retraite s'opérerait sur l'Auvergne, le centre futur de la résistance.
Les instructions du 11 février réglèrent la première partie du mouvement de l'armée. Les 2' et 4* divisions du 16' corps devaient quitter Laval le 11 et se porter sur Angers, où elles seraient le 15, par les deux rives de la Mayenne, Les 1'* et 3* divisions les suivraient à un jour de distance, ainsi que la cavalerie, les parcs et les réserves. Le grand quartier général, y compris les troupes du général Bourdillon *, partirait de Laval le 13 et se dirigerait sur Poitiers, qu'il atteindrait le 19. Le 21* corps se mettrait en mouvement le 12 et marcherait sur Doué et Saumur, en suivant les itinéraires du 16' corps. Enfin le 19' corps partirait également le 12, pour être à Mayenne le 15 et à Angers le 21. Les grands parcs de l'artillerie et du génie iraient s'établir à Montmoril- Ion, et la réserve générale d'artillerie à mi-chemin de Poitiers à Lussac.
En sa qualité de député des Ardennes, Chanzy allait se rendre à Bordeaux le 13. Le général de Colomb, qui devait prendre le commandement provisoire de la 2' armée, aurait à faire relever par les troupes de Bretagne les avant-postes abandonnés par celles de Chanzy.
1. Régiments de gendarmerie à pied et à cheval ; l«' régiment de marche de chasseurs d*Afrique, éclaireurs algériens, éclaire urs Bernard, compagnie Taillandier.
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Cependant, à roccasion d'un conflit survenu entre Gambetta et le gouvernement de Paris, le général Le F16 s'était rendu à Bordeaux le 8 février. Le 15, après entente avec lui, Chanzy compléta les instructions qui précèdent, en les modifiant sur certains points.
Le 16* corps continuerait sa marche de Saumur et de Doué sur Loudun et Châtellerault, où il arriverait le 20. Il aurait à couvrir le pays entre Châtellerault et Le Blanc, ens'établissant derrière TAuzon et la Gartempe. Le 21" corps, qui suivrait le même itinéraire que le 16*, atteindrait Loudun le 20 ; il défendrait la région comprise entre Loudun et Châtellerault; ainsi que le 16* corps, il devrait être en position le 22. Le 19* corps, qui atteindrait Angers le 21, arriverait à Saumur et à Doué le 23, pour s'établir de Saumur à Loudun. A sa gauche, le général Cléret se tiendrait prêt à passer la Loire et à prendre position des Ponts-de-Cé à Saumur. L'étendue totale du front de l'armée, de Saumur au Blanc, ne dépasserait plus soixante kilomètres.
Sur ces entrefaites, on apprit (18 février) que l'armistice était prolongé de cinq jours ; Chanzy put donc accorder un séjour aux troupes en marche. En outre, il donna le 19 de nouvelles instructions dans le but de concentrer l'armée encore davantage. Le général Cléret, définitivement rattaché au 19* corps, prendrait position de Saumur à hauteur de Saint-Cyren-Bourg, derrière le Thouet, en observant la Loire des Pontsde-Cé à Saumur. Le 19* corps s'étendrait de Saint-Cyr à Loudun; le 21*, de Loudun à Lencloître ; enfin le 16*, de Lencloître à Châtellerault et à Monthoizon, à cheval sur la Vienne. La cavalerie de ce dernier corps d'armée le relierait au 26*, qui quitterait Poitiers pour se porter derrière la Creuse et l'Indre, du Blanc à Châteauroux.
Forcé d'évacuer Vierzon, situé, comme nous l'avons dit, dans la zone neutre, le 25* corps s'était d'abord établi à cheval sur le Cher, sa 2* division à Melun, la 3* autour de Reuilly , de façon à couvrir les routes de Bourges et de Châteauroux. La 1" division, qui avait été détachée vers Nevers, on s'en souvient, reçut le 5 février l'ordre de rallier le général Pourcet.
Elle vint s'établir en deuxième ligne, à Charost et à Saint- Florent-sur-Cher. La cavalerie du corps d'armée était au nord de TYèvre, d'Henrichemont à Bourges ^
En cas de retraite, le 25* corps devait d'abord se retirer sur Châteauroux et Limoges. Puis on lui assigna comme direction générale l'Auvergne, ce qui l'aurait éloigné sensiblement de la 2* armée. D'ailleurs Pourcet, qui n'était pas entièrement subordonné à Chanzy, ne partageait pas ses vues au sujet du rôle futur du 25* corps. Il craignait d'être coupé de l'armée et se proposait d'évacuer Bourges, en se retirant derrière le canal du Berry, de Charenton à Saint- Amand. Mais le Ministre l'invitait à défendre Bourges (20 février). Il prit donc des mesures pour réoccuper Vierzon et faire sauter les ponts du Cher, de l'Yèvre et du canal, dès la dénonciation de l'armistice. Le gros du 25* corps se serait établi au sud de Bourges, en se reliant à droite au général du Temple, qui commandait alors dans la Nièvre et devait défendre le pont de la Guerche, sur la route de Bourges à Nevers.
On se hâta de terminer les travaux de défense ébauchés autour de Bourges ; ils dessinaient deux lignes, la première allant des Bivages, sur l'Yèvre, à la route de la Charité, par Asnières, la deuxième formant réduit aux abords mêmes de la ville. Mais les emplacements du 25* corps devaient être encore une fois modifiés. Sur une nouvelle demande de Pourcet, le général Le Flô l'autorisait à se retirer derrière le canal du Berry ; le général du Temple se conformerait à ce mouvement le long de l'Allier. Enfin on commencerait l'évacuation de Bourges (25 février). Au moment de la conclusion dejs préliminaires de paix, la 2^ division était à Dun-le-Roi et la 3* à Levet.
A l'autre aile de Chanzy , l'armée de Bretagne dessinait un
1. L*effectif du 26« corps était le 5 février de 29,870 hommes, dont 15,800 appartenant à la ligne, aux chasseurs, aux troupes de la marine, 8,600 à la garde nationale mobilisée et 2,300 à la cavalerie (Pourcet, ouvrage cité).
Le 10 février, la division Bruat fut désignée pour la garde de rAssemblée, à Bordeaux. Le 26^ corps perdait ainsi le meilleur tiers de ses forces.
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chapelet de sept groupes distincts, répartis de l'embouchure de rOme à la Loire en suivant la Mayenne \ Les mobilisés de la Loire-inférieure, général Bérenger, couvraient la Basse- Loire et Nantes". Puis venait le général de Cathelîneau, qui gardait la Mayenne, de la Loire à Château-G entier, avec ses volontaires, des mobilisés de la Bretagne ou de la Vendée, quatre batteries et trois escadrons de chasseurs'.
Au centre, les deux divisions d'infanterie du 17* corps, renforcées de la brigade des mobilisés de la Mayenne, sa division de cavalerie, sa réserve d'artillerie *, formaient un corps de réserve établi en avant de Laval et derrière la rivière, de Laval à Mayenne.
Avec la légion de l'Ouest, des mobilisés bretons et une batterie de montagne, le général de Charette s'étendait de Mayenne à Domfront *, en se reliant à la division Gougeard. Celle-ci, renforcée de mobilisés de la Mayenne et de l'Orne, gardait avec trois batteries le terrain compris entre Domfront et Fiers. Elle se reliait au général de Lipowski', qui joignait à ses corps francs des mobilisés bretons et une batterie de montagne. Enfin le dernier anneau de cette longue chaîne.
1. Voir les instruclfons du général de Colomb, en date du 19 février. Clérel avait passé la Loire lé 8 février.
8. Il y avait le 9 février dans la division mililaire de Nantes : 56 officiers, 8,677 hommes d*infanterie de ligne, lis — 6,588 mobiles,
754 — 19,743 mobilisés, 78 chevaux,
17 — 449 francs-tireurs,
54 — 1,858 cavaliers, 1,003 —
15 — 458 artilleurs, 890 —
38 — 8,076 hommes du train d*artillerie, 8,055 —
5 — 668 hommes (le la remonte, 346 —
1,045 — 84,446 hommes 3,766 —
Dépêche du 9 février au Ministre.
s. Son eifeclif, fort le 5 février de 5,800 hommes, dont 8 escadrons et i batterie de montagne, atteignait le 19 18,000 hommes répartis en 4 brigades. Il avait 8 batteries de mitrailleuses, i de 4, i de 4 de montagne.
4. Réduite de 8 batteries (8 de 8 et l de 7) passées à la a* armée.'
5. Le 18 février, il avait 10,4 1 6 mobilisés sous ses ordres (Télégramme au Ministre).
6. Le 18 février, Colomb signalait au Ministre cet ofBcier général comme ayant quitté l*armée sans autorisation pour une destination inconnue.
la division Saussier, gardait la Dive jusqu'à son embouchure, avec quatre batteries.
Comme on le voit, les corps Saussier et Lipowski formaient échelon en avant de notre gauche. Le général de Colomb n'avait pas Tintention de défendre toute cette ligne : la tâche eût été impossible. Il se proposait simplement de couvrir les principaux débouchés, de ralentir le plus possible les progrès de l'ennemi. Il voulait faire une guerre de partisans qu'aurait facilitée la configuration du sol. En cas de retraite, chacun des coupes sous ses ordres se serait retiré, aussi lentement que possible, derrière la Vilaiue, Tille et le canal, de manière à couvrir la Bretagne * et la voie ferrée de Saint-Malo à Rennes et à Redon. Notre front se serait étendu de l'embouchure de la Vilaine à la rade de Cancale. Seule, la division Saussier aurait opéré sa retraite sur les lignes de Carentan.
Il faut ajouter que le ministre de la guerre avait pris le parti fort sage de renoncer à continuer les opérations actives dans le nord de la France. Il fit transporter par mer à Cherbourg le 22* corps : 21,000 hommes et dix batteries qui avaient formé la meilleure part des troupes de Faidherbe. Le 26 février, ce corps d'armée atteignait les environs de Saint-Lô et de Bayeux. Dans sa retraite, la division Saussier aurait donc été soutenue par des forces sérieuses.
Telle était notre situation vers la fin de février. Une grande partie des troupes que nous avons énumérées étaient de valeur très contestable. Beaucoup des mobilisés destinés à Tannée de Bretagne n'avaient pas encore rejoint ; la plupart étaient mal chaussés, mal équipés, « déplorablement armés » . La situation du général de Colomb n'était aucunement définie. Il réclamait inutilement des pouvoirs assez étendus pour qu'il pût fondre en une seule masse des éléments absolument hétérogènes *.
Le moral des nouveaux corps d'armée de Chanzy laissait
1. Dos le 89 janvier, le ministre avait fait étudier rétablissement de camps retranchés à Quiberon et à Brest (Télégramme au général commandant la cU*vision militaire de Rennet),
s. Télégramme au Ministre, is février.
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non moins à désirer. Au 25* corps, les mobilisés ne se faisaient aucun scrupule de déclarer à haute voix « qu'ils en avaient assez», et leurs officiers laissaient dire. Â Châteauroux un grand nombre firent une manifestation publique aux cris répétés de « Vive la paix » . A Issoudun, ils commandèrent un train pour retourner dans l3urs foyers. Dans la Nièvre, 400 mobilisés du général de Pointe désertèrent en une nuit, officiers en tête, avec armes et bagages. A la légion de Tlndre, qui avait compté 2,300 hommes le 14janvier, 400 disparurent du 5 au 8 février. Sur un total de 14,500 mobilisés, le général Pourcet comptait plus de 2,000 absents ; près de 4,000 étaient indisponibles, vingt jours après leur arrivée au corps. D'ailleurs l'organisation de ces bandes armées ne valait même pas celle des mobilisés de Bretagne. Les 2,900 gardes nationaux des Landes formaient trois légions, commandées chacune par un colonel et comptant deux bataillons à huit compagnies, le tout sous les ordres d'un général. La qualité de leurs effets était déplorable ; certaines paires de souliers étaient trouées en quinze jours ^
' Jointes à la lassitude du pays, toutes ces causes faisaient que nos forces, numériquement importantes, étaient plus apparentes que réelles. Quant aux Allemands, après avoir mis en batterie devant Paris, à courte portée, un total de 680 pièces de gros calibre, ils croyaient pouvoir disposer de deux ou trois des corps d'armée qui faisaient partie des troupes d'investissement. Il était inutile de renforcer la P' armée et l'armée du Sud, qui n'avaient plus devant elles que des rideaux. Au contraire, Frédéric-Charles avait besoin de renforts. Le 9 février, le V* corps fut donc dirigé sur la Loire pour relever le IX® et, le 10, le IV* corps se porta vers Chartres. Puis, l'armistice ayant été prolongé jusqu'au 21 février à midi, on prévit la cessation finale des hostilités, et le général de Moltke arrêta le IV* corps autour de Nogent-le-Rotrou, le
1. Pourcet, ouvrage cité. L*une des causes qui contribuôrent le plus à la médiocrité des bataillons de mobilisés fut le versement dans Tarmée active des anciens militaires qui en faisaient partie. Le peu d'éléments susceptibles de former des cadres disparut du môme coup.
IX* entre Vendôme, Vouvray et Bloîs, le V* entre Orléans, Blois et Gien. Une nouvelle prolongation étant encore survenue, Frédéric-Charles prescrivit que le IV* corps et la 4" division de cavalerie s'établiraient de Fresnay-sur-Sarthc à Bonnétable ; le III* corps et la 2* division resteraient au Mans ; le IX* corps prendrait place entre les III* et X* corps*.
Le 24 seulement, on apprit à Versailles la concentration de l'armée de Chanzy en avant de Poitiers. Néanmoins la conclusion des préliminaires de paix pouvait déjà être considérée comme à peu près certaine. Le général de Moltke renonça donc à prendre aucune mesure en prévision de nouvelles hostilités.
Quant à Chanzy, il revenait de Bordeaux le 25, après avoir vigoureusement plaidé la cause de la prolongation de la guerre. Il supposait à Frédéric-Charles l'intention de couper l'armée de Bretagne de la 2* armée, en écrasant notre centre à Chînon et à Loudun. Il donna des ordres afin que, le 27 février, dès l'aube, Barry s'avançât jusqu'à la Creuse : si l'armistice n'était de nouveau prolongé, il s'établirait solidement au confluent de la Creuse et de la Vienne. . Telle était la situation générale, quand, le soir du 26, survint l'ordre tardif de s'abstenir de toute hostilité : la signature des préliminaires de paix était assurée. Elle eut lieu en effet dans la même soirée.
11 restait à peine le temps nécessaire pour prévenir nos avant-postes, tout prêts à reprendre la lutte. La suspension définitive des hostilités eut pourtant lieu sans incident et, dès le 7 mars, la 2® armée était, licenciée.
Tous ses efforts, tous ses sacrifices', n'avaient pu la con-