Sans doute les 2i«> batteries des io« et 12« régiments
2. Rapport Jaurès. C'était sans doute le 2* bataillon, de la i'« division du 21 • corps.
3. D*après le rapport du général Jaurès, nous n'aurions eu qu'une centaine d'hommes hors de combat.
Les Allemands perdirent 4 officiers et 8i hommes»
La colonne de droite de la 17* division avait dirigé son avant-garde d'Ëcoman sur Morée. Elle y arrivait sans incident, mais pour être bientôt obligée de se retirer devant de l'infanterie et de la cavalerie françaises \ Deux batteries allemandes prenaient position à la Charonnière et un bataillon pénétrait dans Morée.
Cependant le général Rousseau, commandant la 1'* division du 2V corps, apprenait l'approche des Allemands et croyait devoir tenter de les déloger de Morée par une attaque de flanc. Il allait franchir le Loir à Saint-Hilaire et gravissait les hauteurs de la rive gauche avec le 13^ chasseurs de marche, le 3*" bataillon des mobiles de l'Aube, quatre compagnies du ôS*' de marche, les francs-tireurs de Cognac et une section de 4. Il atteignait ainsi le ravin profond qui sépare la Blinière de la Ruelle. A ce moment les deux batteries allemandes de la Charonnière l'arrêtaient, et six compagnies venues de la Ruelle prenaient même l'offensive contre lui (4 heures et demie). Notre infanterie faisait bonne contenance, mais les Allemands ne s'en maintenaient pas moins dans Morée. Une attaque que Rousseau tentait par la route de Saint-Hilaire , opérée trop tard, ne donnait aucun résultat'. L'ennemi pouvait cantonner dans les villages qu'il occupait, tandis que nous nous repliions sur Saint-Hilaire.
Ces deux combats d'avant-postes nous coûtaient d'assez grosses pertes, sans qu'il résultât pour nous le moindre profit de la défense ou de l'attaque de villages qui ne faisaient point partie intégrante de nos positions. D'ailleurs la 17*' division eût pu tirer un parti plus avantageux pour les Allemands de nos situations réciproques. Elle n'avait eu à repousser que les tentatives isolées et sans suite de fractions
1. D*aprôs VÈtatrmajor prussien, p. 679. Pourtant, suivant l'ouvrage de Chanzy et d'autres documents français, nous n'aurions eu personne à Morée.
8. D'après le rapport déjà cité de Jaurès, le général Rousseau aurait eu 18 morts et 80 blessés. Mais le 13« chasseurs de marche, seul, eut l officier et 65 hommes hors de combat dans les deux compagnies engagées (Bistorique du 13^ chasseurs).
Le docteur Chenu évalue à 260 hommes hors de combat nos pertes du 14 décembre.
Les Allemands perdirent l officier et 50 hommes.
COMBATS DE MOBÉE ET DE FUÉTEVAL. 89
du 21* corps équivalant à peu près à une brigade. Même en reconnaissant que l'état du sol était un obstacle sérieux aux mouvements de son artillerie \ il semble qu'à Fréteval et surtout à Morée elle ait montré peu d'énergie dans ses attaques.
Outre les pertes que ces deux combats causèrent à la 2*^ armée, ils entraînèrent des conséquences plus graves. Nous avons déjà dit que Chanzy prêtait à l'ennemi l'intention de pousser sa droite sur le Loir, de la jeter à l'ouest de cette rivière, en amont de Vendôme, de pénétrer dans la forêt de Fréteval et de tourner notre gauche, tandis que Frédéric- Charles attaquerait de front notre centre et notre droite. Les combats du 14 décembre confirmèrent ces appréhensions, et les instructions du général en chef pour le 15 indiquent qu'il se préoccupait de cette éventualité , ainsi que des moyens de faciliter son mouvement du Loir vers la Sarthe. Pendant une reconnaissance faite le 14 par lui, l'amiral Jauréguiberry, les généraux commandant l'artillerie et le génie de l'armée, il avait pu constater que nos positions au sud de Vendôme présentaient de nombreux inconvénients. L'angle compris entre le Loir et le ruisseau de la Houzée, dominé en partie seulement parles hauteurs de la rive droite, d'ailleurs assez éloignées, ne possédait pas lui-même un champ de tir suffisant. Les sinuosités de la Houzée, l'existence de nombreux bouquets de bois sur ses bords, empêchaient d'enfiler ce ravin. Il n'était pas possible, non plus, d'établir sur le plateau de Sainte-Anne des batteries croisant leurs feux avec celles de Bel-Essort. Pour relier celles-ci aux positions de Jauréguiberry, il eût fallu des travaux considérables, impossibles à exécuter en temps utile.
Par suite Chanzy décida que la brigade Bourdillon de la division Deplanque resterait seule sur le plateau et au château de la Chaise, avec trois batteries et deux mitrailleuses.
1. D*aprôs V État-major prussien, rartillerie ne pouvait se mouvoir que sur les routes; le sol était si détrempé que les roues y eofonçaieut jusqu'au-dessus du moyeu et que les projectiles percutants y faisaient explosion sans projeter d'éclats .
Elle serait couverte à grande distance par le 2* régiment de marche de cavalerie légère mixte, celui de gendarmerie à cheval et les éclaireurs Bernard répartis dans Périgny, Villeromain, Crucheray, et soutenus par le bataillon des francstireurs de la Sarthe. Cette cavalerie établirait des avantpostes et pousserait des reconnaissances à 15 kilomètres au moins.
Sur le plateau même, l'amiral ferait hâter la construction de tranchées -abris et d'épaulements de. batterie destinés à couvrir la brigade Bourdillon. Quant à la 2' brigade du général Deplanque, le lô, après la soupe du matin, elle se porterait au nord du Loir, sur le plateau du Haut-de-Montrieux, en se reliant par sa gauche aux troupes de Camô, qui seraient placées elles-mêmes entre Huchepie et les Tuileries. Ainsi, Vendôme deviendrait une simple tête de pont, au lieu de faire partie intégrante de notre ligne de bataille \
De même que le commandant du 16® corps, celui du 17* emploierait sa cavalerie et les éclaireurs algériens cantonnés dans Rocé et Coulommiers à surveiller le pays vers Pontijou, Oucques, la forêt de Marchénoir. Dans la prévision d'une nouvelle attaque sur Fréteval et Morée, le 17® corps serait tenu prêt à marcher. 11 ne rentrerait dans ses cantonnements qu'une fois ce danger écarté. Puis Chanzy renouvelait ses recommandations de la veille, au sujet des convois qui obstruaient les rues étroites de Vendôme et qu'il fallait en éloigner à tout prix. Il était non moins indispensable de hâter l'évacuation des blessés ou des malades entassés dans cette ville, quelques-uns sans aucun soin depuis plusieurs jours.
Le général en chef avait constaté beaucoup de désordre lors de sa visite de la journée aux avant-postes. . Des isolés circulaient dans toutes les directions ou bivouaquaient pour
1. Le 15 décembre à 6 heures du soir, le Ministre télégraphiait au général Sol, qui commandait la division militaire à Tours : a Ramassez tout votre monde et marchez à Tennemi. Il est impossible de laisser les Prussiens accomplir, sans les inquiéter, un mouvement tournant sur le général Chanzy... » Puis 11 lui recommandait de se porter vigoureusement en avant dans la direction d*Amboise, de façon à dégager la droite de la 2^ armée. Aucune suite ne fut donnée à ces prescriptions.
COMBATS DK MORÉB ET DE FBÉTEVAL. 91
leur coînpte dans les bois. Des détachements erraient à la recherche de leurs régiments. Des officiers, même, n'avaient pas encore rallié leur corps, dont ils s'étaient éloignés pendant la retraite. Durant sa tournée, Chanzy n'avait pas rencontré un général, pas un chef de corps. L'apathie et l'indifférence devenaient universelles. Pour les combattre dans la mesure du possible, Chanzy se voyait réduit à prescrire que, chaque jour, un officier général par corps d'armée serait désigné pour la visite des cantonnements. En même temps, il infligeait un blâme au colonel du régiment de gendarmerie à pied , pour avoir toléré du désordre dans une troupe qui eût dû, la première, donner l'exemple contraire*.
Le 15 décembre, nos positions allaient être sensiblement les mêmes que dans la journée précédente ; elles continuaient à s'étendre, avec des lacunes, il est vrai, de Saint- Amand' à Cloyes, sur une étendue supérieure à 40 kilomètres. Mais les Allemands occupaient un front au moins aussi étendu. Comme nous l'avons dît, la 17* division était à Morée et à Fréteval, couverte sur son flanc droit par la 10* brigade de cavalerie ; la 22" division s'étendait d'Épiais à Oucques, avec la 9* brigade de cavalerie à sa gauche. La 8* brigade et les Bavarois étaient en deuxième ligne à Saint-Léonard.
En obliquant à droite, l' Armée- Abtheilung avait ouvert entre elle et la IP armée, une brèche très étendue. Celle-ci fut comblée par le IIP corps, dont l'avant-garde poussa jusqu'à Maves, couverte elle-même par la 1" division de cavalerie cantonnée à l'ouest de Conan. La 2* division de cavalerie s'était avancée jusqu'à laCisse, et l'une de ses patrouilles, poussée jusqu'à Villeromain, avait été rejetée sur le Breuil par deux escadrons de cavalerie légère mixte.
De son côté, le X* corps jetait le long de la Loire, vers Herbault et la Chapelle- Vendômoise , de fortes reconnaissances qui établissaient d'une manière positive la retraite de
1. Instructions pour le 15 décembre, Chanzy, ouvrage cité, p. 186.
2. Le gënural Barry, toujours à Saint-Amand, avait placé le S8« de marche à la ferme Bussard, sur la route de Tours à Vendôme, et la 6* batterie du 12« régiment à Ambloy.
notre droite sur Vendôme. En outre elles apprenaient des habitants Tévacuation de Tours et le départ de la Délégation pour Bordeaux.
De l'ensemble des renseignements recueillis, Tétat-major de Frédéric-Charles concluait que Chanzy allait de nouveau faire tête avec toutes ses forces. Si un combat devait avoir lieu le 15, il serait impossible de compter sur la coopération du in* corps, dont une partie était encore à Mer. Depuis le 9, il marchait continuellement et avait un besoin urgent de repos. De même, le X', alors aux environs de Blois, ne pourrait intervenir efficacement. Enfin, les troupes du grand-duc, elles-mêmes, avait eu à supporter de lourdes fatigues pendant les deux dernières semaines, et il était indispensable de les ménager.
Frédéric-Charles fit donc connaître au grand-duc les intentions du général de Moltke, en lui recommandant d'éviter tout engagement sérieux pour le 15. Les III* et X* corps continueraient leur mouvement, de manière à déboucher en face de nos positions au sud de Vendôme. Le IX® corps porterait à une brigade Teffectif qu41 avait détaché à Blois. Enfin, à Textrôme droite de l'armée, la 5* division de cavalerie était invitée à inquiéter le plus possible celles de nos fractions en mouvement vers Châteaudun.
D'après ces instructions, le général von Voigts-Rhetz prescrivit que le détachement poussé la veille à la Chapelle - Vendômoise se porterait sur Vendôme, après avoir été rallié par une brigade de cavalerie et une batterie à cheval. Les .fractions jetées vers Herbault et le long de la Loire, renforcées par une autre brigade de cavalerie, marcheraient sur Saint- Amand.