CHAPITRE IX
(15 décembre).
L'ennemi parait au sud de Vendôme. — Nob tronpes repassent sur la rive ganche. — Combat de Sainte- Anne. — Combat de Bel-£ssort. — Nouveau combat à Fréteval. — La 5« division de cavalerie. — Ordres de Frédéric-Charles pour le 16. — État de nos troupes. — Instructions de Ghanzy. — Danger des dispositions prises.
Contrairement aux intentions de Frédéric -Charles, une rencontre devait à peu près fatalement se produire entre Tavant-garde du X* corps et la fraction de notre armée demeurée au sud de Vendôme.
En effet, un peu après midi, la 2*^ brigade de la division Deplanque et la colonne Camô s'étaient mises en mouvement pour passer sur la rive droite du Loir, quand les escadrons de chasseurs placés à Villeromain signalèrent l'approche d'une forte colonne sur la route de Blois. L'amiral Jauréguiberry suspendit aussitôt le passage de la rivière et reporta sur leurs positions premières les troupes qui n'avaient pas encore dépassé les ponts. La brigade Bourdillon fut ainsi renforcée du 59^ de marche, du 27* mobiles (Isère), du régiment de gendarmerie à pied et de plusieurs des batteries de Camô\ Le 59* prenait position à cheval sur la route de Blois en avant du Temple ; les gendarmes à pied, le 27® mobiles à sa gauche, le 62* de marche à sa droite. Quatre compagnies
1. Ghanzy. Le i*^ bataillon du 56^ de marche aurait également été engagé à Vendôme, quoiqu*il appartînt à la 2^ division du 21^ corps {Historique du 56* de ligne).
Ghanzy mentionne encore parmi les corps engagés, le 7^ chasseurs et le 32^ de marche. Mais il y a là une double erreur. Le 7^ chasseurs de marche avait cessé d'exister depuis la bataille d'Orléans et ses débris étaient déjà versés dans d'autres corps (7« bis et 8« chasseurs). Enfin le 32^ de marche n*a jamais fait partie de la 2« armée de la Loire [Historiques des 7^ chasseurs et 3^f^ de ligne).
94 JOSNESy VENDOME, LE MANS.
du 38* de marche * prolongeaient sa gauche vers le moulin Béton. Les 16* chasseurs et 39"* de marche s'établissaient en avant du château de la Chaise ; une batterie de 4 y prenait également position, derrière un épaulement à peine ébauché. Trois autres batteries de 4 et quatre mitrailleuses ', placées en avant du Temple, battaient le plateau vers le sud, et une de leurs sections enfilait la route de Blois. Enfin, à gauche de cette ligne d'artillerie, une batterie de 4 voyait le ravin de la Houzée et le bois des Péseries.
Cependant Tavant-garde du X* corps marchait sur Vendôme par la route de Blois, précédée d'un régiment de hussards. Une première fois celui-ci fut arrêté à Villeromaîn par deux escadrons du 2* de cavalerie légère mixte, que l'artillerie allemande ne tarda pas à déloger. De nouveau, les hussards prussiens furent repoussés de Crucheray par une fraction du même corps qui avait mis pied à terre, et deux bataillons durent être déployés à cheval sur la route et à l'est de Malignas (2 heures). Malgré le feu de quatre batteries allemandes, ces bataillons gagnèrent très lentement du terrain. A hauteur du bois de la Guignetière, leur gauche se heurtait à des fractions du 39* de marche et du 16* chasseurs, qui prenaient à leur tour Tofifensive et refoulaient les tirailleurs ennemis sur la Galoche, où ils étaient recueillis par un troisième bataillon*.
Cet échec montrait au général zu Stolberg que nos positions ne pouvaient être enlevées par un simple coup de main. Sur sa demande, les quatre bataillons de !a 40" brigade, qui débouchaient alors vers Malignas (3 heures), recevaient Tordre de déborder notre droite, avec l'appui de trois nouvelles batteries. Grâce au tir très précis de l'artillerie allemande, qui infligeait des pertes sérieuses à la nôtre, deux de ces bataillons pénétraient dans Orgie, et un autre dans le Grand-Puteaux, mais sans qu'il leur fût possible de pousser plus avant. La 19® division, qui avait atteint Malignas à la
1. Le gros du régiment était alors vers SaiDt-Âmand, avec le général Barry.
2. Ces 4 piôcos appartenaient à la 22^ ))attorie du 13« régiment (colonne ""^mô).
nuit, portait l'une de ses brigades à droite de la route de Blois et Tautre sur celle-ci, vers le nord. L'obscurité, la difficulté du terrain couvert et du sol entièrement détrempé par la pluie incessante les arrêtaient presque aussitôt. Le X® corps abandonnait même une partie du terrain qu'il occupait pour s'établir, entre Sainte-Anne et Villeromain, derrière une ligne d'avant-postes qui allait de la Houzée à Orgie. Quant à la colonne qu'il avait détachée sur son flanc, vers Saint- Amand, elle atteignait les abords de cette ville sans avoir rencontré de résistance appréciable. Mais la présence en ce point des troupes de Barry l'obligeait à se retirer sur Gombergeau, non sans avoir hâtivement coupé la voie ferrée de Tours à Vendôme.
La 2® brigade du général Deplanque avait déjà atteint les hauteurs au nord de Naveil, quand, vers 3 heures, elle, reçut l'ordre de repasser le Loir pour se porter au secours de Bourdillon. A la nuit tombante seulement, elle atteignit les abords de la Chaise, où elle cantonna sans avoir tiré un coup de fusil. Cet inutile chassé-croisé n'avait eu d'autre résultat que d'accroître le désordre et la fatigue de nos troupes.
Au nord de la Houzée, l'avant-garde du IIP corps et la l'* brigade de cavalerie prussienne * s'étaient mises en mouvement à 9 heures, de Conan sur Coulommiers, mais l'état des chemins, parfois tout à fait impraticables, les retarda de telle sorte qu'elles atteignirent Selommes vers midi et demi seulement. Un bataillon de l'avant-garde se porta sur le bois du Coudray et le reste sur Ville trun. Quelques obus délogèrent de ce dernier point un détachement de la cavalerie du 17* corps, et les Allemands s'en emparèrent. De là, ils se portaient vers Coulommiers, lorsque les deux bataillons et la batterie qui occupaient Rocé et le bois de Meslay ouvi'irent sur eux un feu violent. Six compagnies, soutenues par trois batteries, se dirigèrent alors un peu au sud de Rocé, et un bataillon, sur Bel-Essort. En même temps un autre bataillon
1. L*eD8emble représentait i brigade d^infanterie, l brigade de cavalerie, » batteries dont i à cheval.
descendait dans le ravin de la Houzée pour se relier au X* corps, et la 1'* brigade de cavalerie se mettait en communication avec les patrouilles de la 17* division vers le nord.
Malgré l'énergie du chef de bataillon Prudhomme', commandant le détachement du 17* corps, qui recevait plusieurs blessures, nous étions repoussés de Bocé et de Bel-Ëssort, non sans avoir opposé une vive résistance sur ce dernier point. Nos deux bataillons et notre batterie se retiraient au delà du Loir par Meslay et Areines, après avoir détruit en partie le pont de Meslay. La brigade Paris, que le général Guépratte' venait de porter au secours du commandant Prudhomme, arriva uniquement pour le recueillir. Derrière lui, une batterie à cheval et un régiment d'infanterie prussienne s'étaient avancés jusqu'à la Touche et au Haut-Fontenay. Mais l'obscurité ne tarda pas à faire cesser entièrement le combat.
Ainsi, nous avions à peu près maintenu nos positions sur le plateau du Temple, tout en perdant celles de Bel-Essort, au nord de la Houzée. Partout ailleurs, l'armée avait conservé le terrain qu'elle occupait.
Sur le front des 2* et 3* divisions du 17* corps, la nuit du 14 au 15 s'était passée sans autre incident que l'échec d'une reconnaissance allemande dirigée vers le pont de Pezou. Dans la matinée suivante, le 14"^ chasseurs, qui formait la gauche de la 17® division, s'avança jusqu'à la Sallerie pour observer le même point. Mais une partie de la 3' division du 17* corps passa le Loir, menaça la gauche des chasseurs prussiens et les obligea de se retirer vers le bois de Renay (3 heures). A la nuit, nous repassions la rivière, suivis par l'ennemi jusqu'au delà de la Thibaudière.
Un combat plus sérieux avait lieu à Frète val. Le pont de