‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 55 sur 185 · CAMPAONE DE LA LOIRE. — II · texte numérisé non relu

CAMPAONE DE LA LOIRE. — II

CHAPrrlîl XIV

COMBAT DE HONKAIB

Mouvement du X« corps sur Tours. — Oombat de Moniutle (SO déeembre). — ÉyaeoAtion de Tours. — L'armée occupe ses noaveaox emplacements. — Sa réorganisation partielle. — Projets de Ghanzy. — Nos postes avancés autour du Mans. — Mouvement du grand-duc sur Chartres.

Cependant rArmee-Abtheîlung était demeurée dans ses cantonnements du 18 décembre. Sa cavalerie, poussée jusqu'à Saint-Calais, se bornait à constater notre retraite et à ramasser nos traînards. D'ailleurs le grand-duc recevait Tordre (19 décembre) d'aller prendre position à Chartres avec les troupes sous ses ordres, et il se mettait en mouvement le 21 sans s'inquiéter davantage de notre armée. A sa droite, la 5^ division de cavalerie avait marché le 19 jusqu'à Mondoubleau et Montmirail, sanB rencontrer nulle part de détachements constitués. Enfin, à sa gauche, le détachement du général von Luderitz (3 bataillons, 4 escadrons, 1 batterie) s'était porté le 19 de Saint-Amand jusqu'à Villedomer. Le gros du X*" corps d'armée (2 brigades d'infanterie, -8 escadrons, 8 batteries) demeurait derrière lui, à Château-Renault.

La cavalerie allemande jetée vers le sud ne rencontrait de résistance qu'à Monnaie. Par des prisonniers, on savait que nous avions une quinzaine de mille hommes à Tours. C'était la garnison de cette ville, renforcée, on s'en souvient, de la division Ferri-Pisani, et l'ensemble représentait à peu près cet effectif, du moins comme rationnaires.

Suivant les ordres qu'il avait reçus de Frédéric-Charles, le général von Voigts-Rhetz décida de porter le 20 décembre son avant-garde vers Tours.

En atteignant Monnaie, von Ltideritz rencontrait quelques cavaliers du général Ferri-Pisani. Après les avoir refoulés,

il jetait un détachement sur Cérelles, vers Touest, pour aller couper le chemin de fer du Mans à Tours. Puis il reprenait sa marche le long de la chaussée, mais pour se heurter bientôt à nos avant-postes, établis aux Petites-Ruries, à la Goubretelle et à la Gaucherie, à cheval sur la route de Tours. Un bataillon allemand se déployait aux Belles-Ruries, à Boulay et à la Feuillée, tandis qu'une section d'artillerie prenait position sur la chaussée et que le gros de von Liideritz se rassemblait à Monnaie. Vers les Petites-Ruries, nous cher« chions cependant à prendre l'offensive contre la gauche allemande, mais une batterie portée sur le chemin de TAngennerie nous arrêtait bientôt. D'ailleurs trois nouveaux bataillons renforçaient successivement la droite de l'ennemi, en menaçant de nous déborder. Notre gauche se retirait rapidement vers la route, suivie de près par quatre compagnies prussiennes.

En même temps, la Gaucherie avait été enlevée à notre droite (vers 1 heure), et deux escadrons et demi, lancés sur la Sinsonnière, refoulaient vers la route les fractions venant delà Gaucherie. Une panique se produisit alors parmi les fuyards affluant de tous les côtés sur la chaussée -, ils se hâtaient vers le sud, quand lès uhlans débouchaient de l'Etrede-Duchamps et les chargeaient. Leurs masses confuses étaient coupées en deux tronçons^ l'un refoulé au nord sur l'infanterie allemande, l'autre sur des. boqueteaux voisins.- D'ailleurs, en poussant vers Champaigné, les cavaliers ennemis se heurtaient à des bataillons encore en position qui les forçaient de faire demi-tour. Une batterie ennemie poussée jusqu'à la Bourlerie nous refoulait à notre tour, mais les uhlans qui essayaient de charger en colonne sur la route étaient accueillis à 30 mètres par un feu destructeur. Ils se retiraient avec de grosses pertes.

. De même, à l'ouest de la route, plusieurs escadrons jetés vers Notre-Dame-d'Oé se retiraient sans rien avoir pu tenter contre notre infanterie. Enfin, le détachement chargé de couper la voie ferrée de Tours au Mans ne parvenait pas à s'acquitter de cette mission. Von Liideritz se bornait donc à

•cantonner autour de Monnaie, en se couvrant d*avant-postes établis de TAngennerie à Parçay.

Cette malheureuse affaire nous coûtait 100 prisonniers et 300 ou 400 hommes tués ou blessés ^ ; les Allemands n'en avaient perdu qu'une centaine.

Tandis que, de proche en proche, la panique s'étendait de Monnaie à Tours, et que le général Ferri-Pisani se hâtait de faire évacuer cette ville, von Voigts-Bhetz ne savait pas tirer parti de notre échec. L'attitude de . quelques-unes de nos troupes, une escarmouche survenue dans la journée entre Tours et Blois lui paraissaient d'une nature assez inquiétante. Il prescrivait que, le 21 décembre, le général von Woyna se porterait par la route de Vendôme sur Tours*. Il aurait soin de garder attentivement ses flancs et n'occuperait cette ville que s'il le pouvait sans engagement sérieux. Nous verrons plus loin à quoi devaient se borner les résultats de cette, opération.

Cependant, à l'extrême droite allemande, la 5* division de •cavalerie poussait la 11* brigade vers Vibraye^ Celle-ci ren- -con trait à Lavaré et à Semur des détachements du 21* corps " qui firent bonne contenance et l'obligèrent à se retirer. D'ailleurs, le même jour, le général von Rheinbaben était informé du mouvement que le grand-duc allait exécuter vers ■Chartres ; on l'invitait à s'y conformer. Dans cette direction, «omme dans celle de Vendôme, les Allemands allaient perdre provisoirement tout contact avec nos troupes.

1. D'après V État-major prussien. Les documents d'origine française donnent très peu de détails sur ce combat.

Le X^ corps perdit l officiers et 33 hommes ; la i*"* division de cavalerie, 9 oiliciers, 57 hommes et 80 chevaux. Le 9« uhlans, seul, eut 5 officiers, 19 cavaliers et 34 chevaux tués ; 4 officiers, 8 cavaliers et 12 chevaux blessés ; 24 cavaliers ot 26 chevaux disparus.

Le général Ferri-Pisani rendit compte du combat en ces termes : « Hier 20, J*ai attaqué les Prussiens à Harmaie avec une moitié de mes forces, tandis que je les maintenais à Notre-Dame*d*Oé avec l'autre... » (Télégramme au Ministre, 21 décembre. Enquête, tome 7, p. £03.) Le général ajoutait qu'il avait fait 60 prisonniers et tué beaucoup de monde à l'ennemi dans un retour offensif.

2. Avec 6 bataillons, 6 escadrons, 2 batteries et 2 compagnies de pionniers. 8. 2 compagnies du 56^ de marche, i compagnie d'éclaireurs des mobiles

de !a Corrèze et des francs-tireurs à Semur.

En dehors du combat de Monnaie et de Teâcarmouchë de Semur, aucun incident ne se produisait sur les derrières d& notre armée ; les mouvements prescrits par Chanzy étaient exécutés, et nos troupes occupaient les emplacements désignés autour du Mans. Ces déplacements furent parfois opérésde la façon la plus maladroite. Ainsi le 51*^ de marche, venant d'Yvré, traversa le Mans à minuit pour aller bivouaquer à Chauffeur. Que de fatigues .et de souffrances inutiles !

Le matin du 21 décembre, toute l'armée occupait se» nouvelles positions. Le temps était rude, la neige épaisse et la marche pénible sur les routes défoncées. De plus, le pays offrait très peu de ressources pour le cantonnement et on ne sut les utiliser qu'en partie. Aussi la, majeure paiiiie des corps dut-elle bivouaquer sous la tente-abri, au prix de cruelles SDuffirances. L'état sanitaire, déjà mauvais, empira rapidement ; la petite vérole, la dysenterie accrurent leurs ravages ; hôpitaux et ambulances ne tardèrent pas à être encombrés.

Cette situation donnait un caractère plus urgent, aux mesures prises par Chanzy pour diminuer l'encombrement du Mans. Comme nous l'avons dit, cette ville avait été envahie par une multitude de fuyards, par des corps francs venus de toutes les directions, par des détachements arrivant des dépôts. Il fallut plusieurs jours pour assigner à chacun sa place.

Il était non moins nécessaire de remettre en état l'habillement, l'équipement de Tarmée. L'intendance étant dans l'impossibilité d'y suffire, les corps furent autorisés à se procurer directement, c par tous les moyens possibles » , des effets, du linge, des chaussures. De même Chanzy invita les généraux à faire, sans délai, les nominations aux grades inférieurs d'officiers. Quant à celles d'officiers supérieurs, les propositions faites par eux auraient leur plein effet, en attendant l'approbation du ministre.

D'ailleurs la réorganisation de l'armée s'imposait et, malheureusement, les circonstances ne permirent que de l'ébaucher. On a vu plus haut que l'ancienne colonne de Tours

avait été dissoute le 16 décembre. Une partie de ses troupes passa à la 3* division du 16* corps, dont le général de Curten allait prendre le commandement en remplacement de Morandy ; les deux régiments de gendarmerie en furent distraits afin d'être attribués, sous les ordres du général Bourdillon, à une réserve générale organisée pour la 2* armée. L'artillerie entra dans diverses formations , et la cavalerie fut presque tout entière aflfectée au 21* corps.

Dans ce corps d'armée, la 4* division (mobilisés de Bretagne) avait été organisée par M. de Kératry en six demibrigades ; elle renfermait de nombreuses non -valeurs qui portaient son effectif à 14,000 hommes. Pour la rendre plus maniable, le général Gougeard la forma en deux brigades seulement ; une troisième, dite de réserve^ et forte de 4,000 hommes, reçut tous les malingres, les éclopés, ceux dont l'instruction laissait le plus à désirer. On y incorpora les plus médiocres officiers. Chose à peine croyable, un grand nombre de ceux-ci, nommés à l'élection, ne savaient ni lire, ni écrire. Des exemples nécessaires furent faits parmi les autres \

D'après les intentions premières de Chanzy, l'armée devait se borner à hâter sa réorganisation, tout en s'établissant solidement autour du Mans. Elle surveillerait ainsi les mouve* ments de l'ennemi, en le tenant à distance, et, l'obligerait à maintenir devant elle des forces sérieuses, au lieu de les diriger contre la 1'* armée, dans l'est ou vers Paris.

En cas d'attaque du Mans, Chanzy comptait user les forces des Allemands et prendre ensuite l'offensive. Quelques semaines auparavant, d'Âurelle avait eu la même pensée à Orléans, ce qui contribua grandement à nos échecs du commencement de décembre. Mais il convient d'ajouter que, contrairement à d'Aurelle, Chanzy n'excluait nullement de ses combinaisons l'offensive immédiate. Il voulait se porter en avant, au cas où les. circonstances viendraient à le per-

1. Gougeard, ouvrage cite. Cette brigade de réserve fut cantonnée à Saint- Georges-du-Plain, Saint-Georges-des-BoIs et Pruillé-le-Ghétif, c*eBt-à-dire à l'ouest de la Sarthe.

mettre, sauf à laisser un effectif suffisant à la garde du Mans, Avec le gros de l'armée, il chercherait sans doute à remonter vivement THuîsne dans la direction de Chartres, qu'il paraîtrait menacer. Au lieu, d'aborder ce point, fortement occupé par l'ennemi, croyait-il, il obliquerait au nord-ouest pour venir appuyer sa gauche à la Seine vers Mantes. Il pourrait alors favoriser le passage d'une flottille de ravitaillement, menacer Versailles et combiner avec l'armée de Paris un grand effort contre les lignes d'investissement*.

Nous devons le faire remarquer, ce projet d'opérations ne pouvait avoir des chances sérieuses de succès qu'au cas où la IP armée allemande serait retenue sur un autre théâtre d'opérations. Chanzy s'en rendait pleinement compte, car il télégraphiait le 21 décembre au ministre : « Je suis de plus en plus convaincu <ju'un mouvement de la 1" armée sur Troyes est facile, opportun et nécessaire. » Malheureusement, le projet d'expédition dans l'Est était déjà à peu près arrêté à cette date, et la II* armée allait, sous peu de jours, être libre de concentrer ses efforts contre Chanzy.

Cependant, suivant les ordres de von Voîgts-Rhetz , le général von Woyna s'était porté de Monnaie sur Tours le 21 décembre. Les cuirassiers de son avant-garde atteignirent même sans rencontrer de résistance le pont de la Loire, Mais, là, des habitants attroupés les accueillirent à coups de fusil. Une batterie prit alors position, sous la protection d'un bataillon, sur les hauteurs au nord de Tours, et dispersa la foule au moyen de quelques obus. Les Allemands allaient entrer dans la ville, complètement abandonnée par nos troupes, lorsque survint un ordre du général von Woyna rappelant son avant-garde : de faux .renseignements lui faisaient craindre l'approche de fortes colonnes françaises. Il se retira donc sur Monnaie, après avoir fait rapidement mettre hors de service à Mettray la voie ferrée de Tours au Mans.

De son côté, dans l'état actuel de ses forces, von Voigts- Rhetz ne croyait pas pouvoir occuper Tours. Il établissait son

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