‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 58 sur 185 · Itinéraire du 8® hussards d'après riiislorique du corps · texte numérisé non relu

Itinéraire du 8® hussards d'après riiislorique du corps

22 décembre, Bourgueil ;

23 — Vernantes ;

24, 26, 26 décembre, Channay et Chàteau-Lavallière ; 27 décembre, Saint-Paterne, Saint-Christophe. •

n'avait pas été reconstruit. Il en était de même pour ceux de Troo et d'Artins, les plus voisins de Montoire à Touest. Dans cette direction, la route de Montoire longe le hameau Ae Saint-Quentin, situé dans une plaine assez étendue, puis elle traverse Troo. Là comme aux Roches, les hauteurs de la rive draite dominent la rivière et la route de leurs escarpements, en formant un véritable défilé.

A l'époque dont nous parlons, les ponts de Montoire et des Roches avaient une importance d'autant plus grande que le Loir était couvert d'une couche de glace trop mince pour supporter le poids d'un homme, mais suffisante pour arrêter un bateau.

Jouffroy était à Bessé et à Lavenay, dans la matinée du 27 . Il apprit la marche de Boltenstem sur Sougé et décida de se porter aussitôt en avant pour troubler cette opération*. Il supposait aux Allemands un effectif de 1,500 hommes, avec 4 pièces, sur lesquels 300 occupaient Montoii:e et 100 les Roches. Cette répartition était à peu près exacte, nous l'avons vu.

Cependant Jouffroy se dirigeait sur Fontaine-en-Bèauce. Pour éviter les indiscrétions, il entoura ce village d'un cordon de sentinelles ; puis il développa son projet devant les chefs de corps assemblés. Il s'agissait de s'emparer des Roches et d'occuper fortement la route de Montoire à Savigny. Avec le reste des troupes, on attaquerait ensuite l'ennemi à Troo, de façon à le refouler dans le triangle compris entre Saint- Quentin, Lavardin et les Roches. Jouffroy espérait que, voyant leur retraite entièrement coupée, les Allemands mettraient bas les armes.

Il prit les dispositions suivantes pour l'attaque : un bataillon de 45* de marche, les éclaireurs. de la Gironde et une section d'artillerie marchèrent sur les Roches ; le l*** chasseurs de marche alla s'établir à la Fosse, entre les Roches et Saint-Quentin ; les deux autres bataillons du 45* prirent posi-

1. Outre Touvrage de Chanzy, qui contient un récét assez inexact de cette aflaire, il convient de consulter les Souvenirs déjà cités et les Monographiet de VÉtat'major prussien.

Combat r

COMBAT DE MONTOIRB. 145

tîon sur la route de Montoîre à Savigny ; un bataillon du 70' mobiles (Lot) et une batterie demeurèrent entre Saint-Quentin et Fontaine. Quant au reste de la division, le 46'' de marche, deux bataillons du 70' mobiles et une batterie, il devait atta* quer Troo dès que notre colonne de gauche aurait enlevé les Roches.

Déjà la dispersion de ces dix bataillons en cinq groupes distincts, faiblement reliés, était de nature à entraîner un échec. Elle fut encore aggravée par des fautes d'exécution. Au lieu de conduire la colonne de gauche sur la hauteur qui domine les Roches, ses guides la firent passer à très peu de distance de. Montoire. Des cavaliers allemands, faits prisonniers, firent connaître qu'il n'y avait que 300 hommes dans ce village. Ce détachement se borna d'ailleurs à prendre position au liord de Montoire, sans faire acte d'hostilité, et quelques obus tirés par notre section d'artillerie, l'obligèrent même à se réfugier à l'intérieur du village. Il eût fallu mettre cette circonstance à profit et s'emparer de Montoire avant de s'occuper des Roches. Néanmoins le chef de bataillon du 45' crut devoir suivre la lettre de ses instructions : laissant une compagnie et un peloton de cavalerie devant Montoire, il se dirigea sur les Roches.

Mais l'ennemi était déjà en éveil ; notrd compagnie d'avantgarde fut arrêtée par une vive fusillade qui menaçait de beaucoup ralentir l'opération. Alors, pendant qu'une compagnie traversait le Loir sur l'écluse d'un moulin, une autre gravit la hauteur qui domine les Roches. Craignant pour sa retraite, l'ennemi se hâta de passer le Loir, en laissant entre nos mains un officier et une trentaine d'hommes. Le bataillon du 45', confiant à un détachement la garde des Roches, alla ensuite s'établir au nord de Montoire, à la gauche du 1" chasseurs de marche.

Cependant, en arrivant à Troo, le lieutenant-colonel von Boltenstern avait été accueilli par quelques coups de feu. Il fit aussitôt fouiller ce village, opération rendue fort longue par la nature de la plupart des habitations, creusées dans les escarpements crayeux dont nous avons parlé. Pendant qu'elle

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s'achevait, les Allemands, laissant deux compagnies à Troo, continuèrent leur marche sur Songé. Un demi-peloton d'infanterie, soutenu par la section d'artillerie, y pénétra, mais pour être bientôt fusillé de tous les côtés par des fractions du 46'' de marche et du 70* mobiles ^ . La colonne se retira rapidement sur Troo, où elle rallia les deux compagnies qui y étaient restées ; elle emmenait avec elle 70 otages environ, c'est-à-dire tous les adultes de Troo qu'on avait pu saisir. Déjà des groupes de paysans en armes avaient tiré sur les Allemands de la rive gauche du Loir. Brusquement un coup de canon retentit au nord de Montoire, annonçant la présence dans cette direction d'une nouvelle fraction de nos troupes. Jusqu'alors, elle était demeurée inaperçue de l'escadron allemand en exploration vers le sud.

Boltenstem se hâta de marcher sur Saint-Quentin en suivant la route. Mais vers l'Arche, à 2 heures et demie, il se vit en présence de fortes chaînes de tirailleurs soutenues par une troupe en colonne. En même temps une batterie ouvrit le feu du nord de la chaussée, tandis que les fractions de la division Jouffroy venues de Sougé débouchaient de Troo sur les derrières de l'ennemi. Déjà celui-ci était à peu près enveloppé ; il semblait qu'il n'eût plus qu'à se rendre.

Au moment où Pavant-garde de Boltenstem engageait le feu avec nos tirailleurs, les otages pris à Troo cherchèrent à s'enfuir. Mais une compagnie restée en réserve les fusilla à courte portée et tua ou blessa trente de ces pauvres gens. Quelques-uns seulement purent s'échapper, et le reste se blottit dans les fossés de la route.

Cependant quatre compagnies allemandes s'étaient successivement déployées, cherchant à nous rejeter sur les hauteurs du nord-est ; la cinquième, demeurée en ordre serré, s'avançait rapidement sur Montoire, suivie par les deux pièces et par l'escadron. Une première chaîne de tirailleurs fut aisément traversée, et les Allemands capturèrent même un cais-

1. Les Monographies historiques de VÉtat-major prussien font intervenir à Sougé des fractions de la division Barry, mais aucun document d'origine française ne confirme cette assertion, du moins à notre connaissance.

son de munitions. Mais une seconde ligne opposa une résistance beaucoup plus vive, surtout aux abords du moulin Prazé, d'où un détachement balayait la route de son feu. Après une mêlée furieuse, sous les obus de rartillerie française, les Allemands s'emparèrent du moulin et leurs deux pièces, attelées des huit chevaux encore intacts, purent atteindre Montoire, suivies du reste de l'infanterie. Quanta l'escadron, il se fit jour, lui aussi, sans pertes sensibles.

L'ennemi passa aussitôt le Loir et se retira sur Ambloy, poursuivi quelque temps par le 70* mobiles, qui lui enleva des voitures et des prisonniers. En outre, un petit détachement, qui avait été envoyé dans la matinée des Roches à Lunay pour y réquisitionner, fut enlevé par notre cavalerie. Le total des pertes de l'ennemi atteignit ainsi 8 officiers et 149 hommes. Les nôtres étaient plus sensibles^ ; d'après les rapports allemands, le détachement Boltenstern aurait ramené avec lui 10 officiers et 230 hommes prisonniers. A lui seul, le 45* de marche perdit 8 officiers blessés, dont 2 chefs de bataillon, et 150 disparus*.

Ainsi se terminait cette affaire, dans laquelle 1,200 Allemands et deux pièces, à peu près enveloppés, avaient réussi à se dégager, malgré la présence autour d'eux de dix bataillons, deux escadrons et vingt pièces. Comme on a pu le voir, notre échec tenait surtout à l'éparpillement de nos troupes en cinq groupes distincts. Quant aux Allemands, ils n'avaient pas été beaucoup mieux inspirés en se fractionnant en quatre petits détachements des Roches à Sougé, alors que tout leur dictait la nécessité de rester groupés dans un pays hostile, sauf à assurer leur retraite par l'ocQupation de Montoire. L'énergie du lieutenant-colonel von Boltenstern et la vigueur de ses troupes purent seules les tirer d'un fort mauvais pas.

1. 1 officier et 10 hommes tués ; s officiers et 29 hommes blessés; 4 officiers et 93 hommes disparus {Élat-major prussien, p. 708).

D*aprés le docteur Chenu, nous aurions eu 200 hommes environ hors de combat.

9. Souvenirs cités. Les Monographies de V État-major prussien donnent sur l'un de ces officiers supérieurs les détails les plus attristants.

Cependant la colonne du général Cléret était arrivée vers Mettray (28 décembre), d'où, les jours suivants, elle dirigeait •des reconnaissances sur Monnaie et sur Amboise. Quant à -Jouffroy, qui occupait Montoire, les Roches etLunay, il rece- -vait le 28 Tordre de continuer son mouvement sur Vendôme, -«n appelant à lui les renforts que Barry tenait prêts à son intention. La brigade Marty (4 bataillons et 6 pièces) se porta «donc sur Lunay le même jour. Quant aux autres troupes de Barry, les brigades Thiéry (7 bataillons et 4 pièces) et Baille (6 bataillons et 6 pièces*), elles gardèrent provisoirement leurs positions, ainsi que la colonne Cléret.

1. La brigade Marty se composait du S6« de marche (16* corps) et du i*' bataillon du 74® mobiles (Lot-et-Garonne). Ce dernier appartenait au 17« corps;

La brigade Thiéry, d*une fraction du 83« de marche, du 32" mobiles (Puy-de- Oâme) faisant partie de la division Peytavin (3* du 15« corps), d*un bataillon de mobiles des Bouches-du-Rhône et de trois compagnies de discipline ;

La brigade Baille, du S8« de marche, du 66® mobiles (Mayenne) et de la ^«batterie du 12« régiment.

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