‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 59 sur 185 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

(31 décembre).

Mouvement de Jouffroy snr Vendôme. — Les Allemands se concsntrent. — Emplacement des troupes françaises. — Dispositions prises par Jouffroy. — Gurten et Gléret. — Combat de Vendôme. — Écheo de la colonne Thiéry. — Retraite de nos troupes. — Diver^nce des vnes de Gbanxy et de Jouffroy. — Renforts envoyés à Jouffroy.

Des espions envoyés à Vendôme avaient fait connaître la présence dans cette ville d'une division d'infanterie ; déplus, on signalait Tarrivée à Saint- Amand d'une forte colonne allemande. Le général de Jouffroy ne crut pas à l'exactitude de ces rapports ou, du moins, il jugea ses forces suffisantes pour enlever Vendôme. Il continua donc son mouvement dans cette dîrectiou et, le 29, sa colonne occupait VîUiers, Mazangé et Fortan. La brigade Baille était derrière lui, à la Chapelle- Huon ; le reste des troupes de Barry gardait le Loir vers la Chartre.

Cependant les Allemands, mis en éveil par le combat de Montoire, hâtaient leur concentration vers Vendôme. Le 27 décembre, le général von Diringshofen avait envoyé deux bataillons, un escadron et demi, une batterie, une compagnie de pionniers d'Herbault à Château-Renault, pour y détruire d'une façon durable la ligne ferrée de Tours à Vendôme. Cette colonne repoussa un petit détachement de francs-tireurs jusqu'à Auzouer, opéra la destruction ordonnée et se remit en marche vers Herbault le 28. Avant d'y arriver, elle reçut l'ordre de suivre à Vendôme le reste de la 40* brigade.

En effet, le 27 décembre, à la nouvelle du combat de Montoire, le général von Kraatz avait fait occuper Varennes, sur la route de La Flèche à Vendôme. Le 28, ses reconnaissantes lui apprirent que des troupes françaises se concentraient à l'ouest du ruisseau d'Azay, dans la direction de Saint-Calais.

150 J08KE8, VEKDOMB, LE HAKS.

Le commandant du X* corps, général vonVoigts-Rhetz, donna aussitôt au détachement d'Herbault Tordre de se porter sur Vendôme où il arriva le 29 ; de même, la 1" brigade de cavalerie, laissant un régiment entre Blois et Beaugencj, atteignit Vendôme le 28 avec une batterie à cheval. Mais von Kraatz la dirigea aussitôt sur Fréteval et Morée, à la garde des ponts du Loir.

Ainsi, onze bataillons, trois régiments de cavalerie et six batteries étaient alors concentrés à Vendôme, ce qui suffisait à rendre fort douteux le résultat de l'attaque qu'allait tenter Jouffroy. Après l'arrivée des renforts dont on vient de parler, von Kraatz décida de diriger le 31 une reconnaissance offensive sur Epuisay \ En même temps, il invitait le général von Ltideritz à se porter de Fréteval sur Epuisay avec la 1" brigade de cavalerie.

De son côté, JouflEroy avait reçu (30 décembre) les renforts réclamés à Barry ; de plus, les éclaireurs algériens, qui arrivèrent à Montoire le même jour, étaient mis à sa disposition pour surveiller sa droite, et le général Michel portait vers Saint-Calais le gros de sa division de cavalerie, pour couvrir son flanc gauche. Le reste de nos troupes occupait les emplacements suivants: le lieutenant-colonel Marty avait sous ses ordres, à Azay, le 1" bataillon du 74* mobiles, à Danzé le 2® bataillon du 36" de marche, quatre pièces de 4 et deux mitrailleuses ; enfin, à Epuisay, les 1*' et 3* bataillons du 3Q\

Le colonel Thiéry était à Savigny avec le 33* de marche, le 32* mobiles (Puy-de-Dôme)*, les trois compagnies de discipline, un bataillon de mobiles des Bouches-du-Rhône et quatre pièces de 4.

Le colonel Baille s'étendait d'Azay à Fortan avec le 38* de marche, le 66' mobiles et quatre pièces de 4.

Parmi les troupes de la colonne Jouffroy, le 46* de marche

1. Ses nvant-postes allaient alors de Villeporcher, par Bel-Air, à Gourtirss et Montrieux.

2. Ou du moins avec les fractions de ces deux corps qui avaient suivi la retraite de la 2* armée. Voir page 71.

occupait Mazangé ; le 70* mobiles (Lot) et deux escadrons de cavalerie légère, Lunay ; le 45' de marche, Lunay, la Barre, les Roches; le 1*' chasseurs de marche, Mazières ^ L'artillerie de la division (dix-huit pièces de 4 et deux mitrailleuses) était à la Burmaudière, entre Fortan et Lunay. Enfin les éclaireurs algériens occupaient Montoire ; les francs-tireurs de la division, Bessé et Lavenay ; le 3" cuirassiers et le 3* de cavalerie légère mixte, la Chartre. Une compagnie du génie avait été répartie entre ces divers points.

L'ensemble des troupes aux ordres de Jouffroy comptait 24 bataillons, 11 escadrons et 34 pièces. Mais leur dissémination était extrême ; il ne faut pas oublier, en outre, que l'effectif de la plupart de ces unités avait décru dans de très fortes proportions. Nous avons dit que les renseignements reçus par Jouffroy lui faisaient craindre la concentration de l'ennemi autour de Vendôme ; néanmoins il crut devoir persister dans son projet de mouvement offensif. Deux colonnes principales devaient marcher sur Vendôme,. l'une par Azay et Espéreuse, l'autre par Courtiras. Un détachement latéral passerait le Loir à.Lisle et déboucherait au sud de la ville par le bois de Meslay . Enfin les éclaireurs algériens traverseraient la rivière à Montoire, pour aller également couper les routes de Vendôme à Blois et à Oucques. Jouffroy espérait que ces mouvements combinés lui permettraient d'occuper Vendôme dès le lendemain. Il allait jusqu'à considérer cette ville comme un simple point de départ. Si la fortune le favorisait, si ses troupes répondaient à ce qu'il attendait d'elles, il mettrait toutes les circonstances à profit pour refouler l'ennemi et même pour le couper de ses lignes de retraite. Aussi demandait-il instamment à Chanzy de tenir prêtes à le renforcer toutes les troupes disponibles. Sa division n'aurait constitué qu'une avant-garde dans le mouvement définitif qu'il prévoyait pour l'armée *.

Est-il nécessaire d'ajouter que l'opération ainsi entendue

1. Au nord de Mootoire. Ce point n*est pas iodiqué sur la carte d*état-m(^or.

2. Rapport du général de Jouffroy d Chanzy, 30 décembre 1870.

dépassait de beaucoup les limites du cadre qu'avait entendu lui assigner Chanzy ? Celui-ci aurait voulu refouler les coureurs ennemis en menaçant Montoire et Vendôme. Il ne pouvait entrer dans ses intentions de prendre Toffensive avec une fraction seulement de son armée, sans que le reste fût à portée d'intervenir. D'ailleurs, même en admettant l'opportunité d'une attaque de Vendôme, il faut convenir que les dispositions du général de Jouffroy n'étaient pas pour en assurer le succès. Le 30 décembre, ses troupes et celles de Barry étaient réparties d'Epuisay à la Chartre parSavigny et Bessé, sur un front de 40 kilomètres. Une partie était à trop grande distance de Vendôme pour intervenir le lendemain en temps opportun. Enfin les quatre colonnes qui devaient opérer contre cette ville n'étaient point reliées ; elles auraient assurément peine à combiner leurs mouvements. Ceux-ci ne pouvaient réussir que s'ils étaient exécutés avec précision et si, de plus, l'ennemi ne se montrait pas en forces/. Aucune de ces conditions ne fut remplie. A l'attaque de Vendôme, comme lors du combat de Montoire, le 27 décembre, la complication de notre plan était telle qu'elle devait amener un échec.

Pendant que Jouffroy terminait ses préparatifs, le général de Curten, arrivé à Neuillé-Pont-Saint-Pierre, prenait par ordre de Chanzy la direction de la colonne Cléret, alors à Monnaie. Celle-ci comprise, il avait sous ses ordres une dizaine de mille hommes d'infanterie, huit escadrons et quatre batteries. Dès qu'il apprit le mouvement de la 40* brigiide d'infanterie prussienne d'Herbault vers Vendôme, il se porta sur Château-Renault (30 décembre) et l'occupa dans l'après-midi du même jour. Cléret vint s'établir derrière lui, à Villedomer. De ces deux points, nous pouvions surveiller les routes de Blois et de Vendôme à Tours, tout en couvrant la droite de Jouffroy.

Le matin du 31 décembre le colonel Thiéry marchait sur Epuisay et Danzé ; le lieutenant-colonel Marty, laissant le 1*' bataillon du 74* mobiles à la gare d'Azay, se dirigeait avec

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