Enquête, tome 4, p
2. Cette lettre, confiée au capitaine d*état-major Marois, n'arriva à Lyon que le 27 décembre, ce qui donne une idée approchée du désordre qui régnait alors sur nos voies ferrées. — M. de BoisdefTre est actuellement chef d*étatmajor général de Tarmée.
Surtout par Blanqui, Félix Pyat, Flourens, étaient complètement écrasés et, sauf incident inattendu, hors d'état de rien tenter.
Au point de vue militaire, la situation de Paris paraissait sensiblement moins bonne ; si les troupes de ligne étaient « bien disposées, bien organisées, bien commandées >, bref aptes à marcher sur Theure, les gardes mobiles, en proie à la nostalgie, présentaient moins de solidité. Quant aux bataillons de guerre dô la garde nationale, ils n'avaient guère pour eux que leur bonne volonté ; il ne fallait pas songer à en tirer parti pour une action sérieuse.
La question des vivres était inquiétante, mais sans constituer un danger imminent. Suivant le général Trochu, ce qui restait de l'approvisionnement en farine, joint à du riz, à de la fécule et à de la farine d'avoine, « donnerait de bon pain ». Cependant les souffrances étaient extrêmes déjà, surtout pour la classe moyenne. Chacun les supportait avec calme et résignation, mais il fallait prévoir l'épuisement absolu des ressources encore disponibles. En mettant tout en œuvre, on pourrait tenir jusqu'à la fin de janvier ; toutefois, il faudrait songer, dès le 20, à traiter avec Tennemî, pour ne pas compromettre une opération qui serait des plus délicates : celle du ravitaillement de deux millions d'hommes.
D'ici là, l'armée de Paris ne pouvait songer à une trouée ; la forte organisation des lignes allemandes l'en empêchait absolument. D'ailleurs, en admettant qu'elle parvînt à les franchir, elle serait exposée à manquer de munitions si elle ne trouvait un approvisionnement considérable à une étape de Paris. Le général Trochu alléguait, à ce propos, que, lors de la sortie de Champigny, notre artillerie avait perdu en deux jours la moitié de ses attelages et tiré 30,000 coups de canon, ce qui nous avait obligés de rentrer dans le camp retranché \ Pareille éventualité se représenterait fatalement dans des circonstances semblables.
1. Celte explication n*était pas exacte. Nous étions rentrés dans Paris parce que la bataille de Champigny avait été indécise. Un succès décisif pouvait seul nous ouvrir passage et, ce succès, nous ne Tavions pas obtenu.
Une nouvelle sortie venait d'être tentée (21 décembre), celle du Bourget, mais sans autre but que de faire à l'ennemi le plus de mal possible. Il fallait prévoir que nous n'obtiendrions rien de plus.
Ainsi Paris ne pouvait se dégager lui-même de l'étreinte allemande ; l'armée qui y était enfermée cherchait simplement à retenir l'ennemi autour d'elle, par des sorties dont la vigueur allait toujours en s' affaiblissant. De toute nécessité, il fallait que les troupes de province marchassent à son secours. Le général Trochu ne croyait pas à leur intervention; il n'y avait jamais cru. Pourtant, afin de mieux concerter ses opérations, avec Chanzy, il avait remis six pigeons au capitaine de Boisdeffre. A peine celui-ci avait-il quitté le Lavoisier qu'il était contraint de les remettre au préfet de Maine-et-Loire, M. Engelhard, en vertu d'une réquisition de la Délégation. Chanzy s'empressa de les réclamer dans la lettre que nous venons de résumer. 11 demandait aussi à être tenu constamment au courant des mouvements des autres armées, surtout de celles de Bourbaki et de Faidherbe. La nécessité de coordonner leurs mouvements et ceux de la 2* armée ne pouvait évidemment faire aucun doute.
Cette lettre de Chanzy se croisait avec une dépêche de Gambetta, datée du 26 décembre et contenant surtout des renseignements au sujet de l'ennemi. D'après le ministre, Frédéric-Charles était à Orléans avec 25,000 hommes, non compris les 6,000 ou 7,000 Bavarois de von der Tann. On signalait en outre le mouvement de 25,000 Allemands vers Chartres et Alençon. Blois et la Sologne étaient à peu près vides. Enfin le général von Zastrow et le prince de Reuss étaient entre Joigny et Auxerre avec 25,000 à 30,000 hommes; ils semblaient avoir détaché 7,000 à 8,000 hommes vers Montargis.
Ainsi nous possédions des données relativement exactes au sujet de l'ennemi ; celui-ci était beaucoup moins bien renseigné, en dépit des légendes si généralement répandues en France au sujet de sa cavalerie et de son service d'espionnage. Mais Gambetta se bornait à une brève indication au sujet de
ropération de Bourbaki : € La 1" armée, disait-il, exécute en ce moment un mouvement sur la nature duquel je vous avais envoyé des instructions par un officier. Je suis bien étonné que vous ne les ayez point reçues. » A ses yeux, la situation était bonne et, si l'expédition commencée réussissait, elle pourrait devenir magnifique. Il est permis de trouver ces appréciations optimistes.
Sur ôes entrefaites, le ministre recevait la lettre de Chanzy confiée au capitaine Maroîs. Ce dernier, parti de Lyon le 27, ne rentrait au Mans que le 30, avec la réponse de Gambetta. Deux ballons avaient successivement apporté au ministre des renseignements qui représentaient Tétat de Paris sous im jour beaucoup plus inquiétant que les commimicatîons verbales confiées au capitaine de Boisdeffre. La situation était grave ; elle réclamait de vigoureux eflForts de la part de Chanzy comme de Bourbaki. Déjà Tannée de FEst se heurtait à des difficultés imprévues ; d'après toutes les données recueillies, les Allemands concentrés vers Dijon et Belfort avaient reçu d'importants renforts, et leur eflfectif total atteignait ainsi 80,000 hommes*. Pourtant Bourbaki continuait l'exécution de son mouvement. Les 18* et 20* corps, transportés par voie ferrée dans la vallée de la Saône, étaient destinés à s'emparer de Dijon, conjointement avec les corps de Garibaldi et de Cremer, qui porteraient nos forces à 75,000 hommes ; à Dijon l'ennemi en avait 30,000 à 40,000 seulement. Pendant cette opération, le 24* corps, nouvellement organisé sous les ordres du général de Bressoles, serait transporté par voie ferrée de Lyon à Besançon, où il rallierait les 15,000 à 18,000 hommes de la garnison. A la tête de ces 45,000 à 50,000 hommes, il opérerait de concert avec les 75,000 hommes venant de Dijon. Ces 120,000 hommes n'auraient aucune peine à faire lever le siège de Belfort, peut-être sans coup férir, et à couper les communications de l'ennemi. « La seule présence de cette armée, ajoutait Gambetta, ferait lever le siège de toutes les places fortes du Nord et permet-