Chiffre exagéré de moitié environ
172 JOSNESy VENDOME, LE MANS.
trait au besoin de combiner plus tard une action avec le général Faidherbe. En tout cas, nous aurions la certitude de rompre définitivement la base de ravitaillement de l'ennemi.
« Quant au 15" corps, séparé des 18' et 20' corps, il a pour mission essentielle de couvrir Bourges et Nevers, en se retranchant dans les positions de Vierzon et en occupant fortement la forêt. S'il venait à être forcé dans cette première position, il rentrerait dans Bourges, où il formerait un^ imposante garnison en état d'arrêter la marche de l'ennemi.
< A l'heure qu'il est, toutes ces dispositions sont prises et demain 28 au matin, tout le monde sera rendu à son poste. Pendant la durée de cette campagne, les 18', 20', 24* corps, ainsi que les forces qui, sous le commandement du général de Pointe de Gévigny, couvrent Nevers, sont placés sous le commandement suprême du général Bourbaki \ »
Au sujet de l'armée du Nord, Gambetta ne donnait que des renseignements fort incomplets. Le dernier télégramitie du général Faidherbe, envoyé le lendemain de la bataille indécise de Pont-Noy elles, représentait ses troupes comme en excellent état et toutes prêtes à combattre.
La dépêche du ministre se terminait par quelques mots d'encouragement, empreints d'une exagération malheureusement trop évidente : « Vous avez décimé les Mecklembourgeois; les Bavarois n'existent plus; le reste de l'armée 'est déjà envahi par l'inquiétude et la lassitude. Persistons, et nous renverrons ces hordes hors du sol, les mains vides. »
Ce n'est point ici le lieu d'examiner les avantages et les inconvénients du projet d'opérations dans l'Est, tel qu'il fut définitivement adopté par Gambetta et M. de Freycinet. Toutefois, on doit dire que cette diversion sur les derrières de l'ennemi, possible en octobre ou en novembre, était d'une exécution beaucoup moins facile en décembre ou en janvier.
1. Chanzy, ouvrage cité, p. 240. Dans celle leltre, Gambelta invitait Chanzy à envoyer les dépêches destinées au général Trochu, d*abord à Bordeaux, où on les écrirait sur du papier spécial, puis à Poitiers, d'où un pigeonnier se rendrait près de lui pour les lancer. Ce procédé n'était pas expéditif, il faut l'avouer.
De plus, une marche sur Belfort, par la zone comprise entre la Saône et le Doubs, nous forçait à prêter le flanc gauche aux Allemands, en nous amenant dans le dangereux voisinage de la frontière suisse et des hauts plateaux du Jura, si peu hospitaliers en cette saison.
D'ailleurs, à un point de vue plus étroit, Chanzy était incontestablement affaibli par le départ de Bourbaki. Tant que la !'• armée était à Vierzon, elle retenait Frédéric-Charles à Orléans. Il aurait été difficile pour les Allemands de prendre simultanément l'offensive vers le Mans et vers Bourges. Chanzy ne pouvait donc que déplorer la direction assignée à Bourbaki, et il le laissa voir au ministre.
Le 30 décembre, au reçu de la dépêche précédemment résumée, il télégraphiait à Gambetta pour lui développer un projet d'opérations dans l'Ouest. Notre plus grande chance de succès, disait-il en résumé, réside dans la combinaison de nos mouvements, dans la coopération de nos trois armées principales marchant vers un but commun. Toute action isolée nous exposerait à des échecs successifs.
En ce qui le concernait, Chanzy comptait marcher sur Paris, dès qu'il aurait achevé de réorganiser son armée et qu'il serait fixé sur les emplacements et les forces de Pennemi. Prenant pour base la Sarthe et la ligne ferrée du Mans à Alençon, il se porterait sur TEure qu'il borderait sans doute de Dreux à Chartres. Là il verrait à continuer son mouvement vers Paris ou à investir dans ses positions une partie de l'armée assiégeante. En ce cas, il devrait s'entendre avec le général Trochu pour tenter un suprême effort.
Mais il lui faudrait garder ses derrières sur la ligne du Mans à Alençon et même sur celle du Mans à Tours. Il savait que des concentrations de troupes s'opéraient, tout à fait en dehors de lui, en Normandie et, notamment, à Cherbourg. Il demandait la libre disposition de ces forces destinées évidemment à opérer sur le i^ême théâtre que son armée. Il lui paraissait naturel qu'il pût se les adjoindre ou les consacrer à la garde de ses communications.
Ce télégramme étant resté sans réponse, Chanzy adressait
(2 janvier) une nouvelle dépêche au ministre, insistant de la façon la plus énergique sur la nécessité de coordonner l'action de nos trois grandes armées de province. « Le temps presse, écrivait -il, et le grand effort qu'il s'agit de faire n'aura de résultats certains que si toutes nos forces y concourent simultanément... » Et il réclamait des données plus précises au sujet de l'armée de Bourbaki, de celle de Faidherbe. Il ne connaissait ni les emplacements, ni le but réel de la première. Chose qu'il est plus difficile encore d'admettre, il n'avait que des renseignements très vagues sur la composition des troupes de Bretagne ou du Cotentin.
Pour conclure, il soumettait au ministre un projet général d'opérations dont les grandes lignes étaient les suivantes : nos deux armées de la Loire et celle du Nord prendraient Toffensive en même temps ; la 2* armée se dirigerait du Mans sur TEure, entre Evreux et Chartres ; la l""®, de Châtillonsur-Seine (où Chanzy la supposait établie) vers l'espace compris entre la Marne et la Seine, de Nogent à Château-Thierry; d'Arras, l'armée du Nord irait se placer dans Tintervalle de Compiègne et de Beauvais.
En même temps les troupes du camp de Cherbourg ^ marcheraient le long du chemin de fer de Caen à Evreux, de manière à venir s'établir à la gauche de la 2® armée. Celles rassemblées au camp de Conlie ou en Bretagne borderaient la Sarthe d'Alençon au Mans et occuperaient le Perche jusqu'au Loir. Les corps francs de Cathelineau et de Lipowski prendraient position à l'est du Loir, pour protéger notre droite et observer la Loire.
Quant au 15® corps, il demeurerait entre le Cher et la Loire, afin de couvrir Bourges ; si l'ennemi était refoulé, il se porterait sur Etampes. Enfin le 24® corps, les troupes de Garibaldi et la garnison de Besançon auraient à tenir Werder en échec.
Une fois nos armées établies dans ces positions, elles se mettraient en communication avec Paris, de façon à combiner