Le 19* corps, dont Torgaaisalioa a*était pas tertniaée
leurs opérations etdes sorties vigoureuses des troupes investies. Si nous parvenions à rompre une partie des lignes d'investissement et à introduire des vivres dans Paris, d'autres efforts tentés simultanément de Tintérieur et de Textérieur pourraient enfin nous conduire au but suprême, la délivrance de la capitale et l'expulsion de Tennemi du territoire natiopal.
La 2* armée, obligée par sa composition de marcher lentement, mettrait huit jours pour aller du Mans à Chartres. Chanzy demandait par suite de commencer ce mouvement le plus tôt possible. Il comptait emmener avec lui 120,000 hommes, non compris les troupes destinées à garder nos derrières*.
L'idée maîtresse de ce projet, la nécessité pour nos trois armées de combiner leurs mouvements entre eux et avec des sorties de l'armée, était évidemment juste. Mais Chanzy ne semblait pas tenir un compte suffisant de ce que pouvait et devait faire l'ennemi. Il était à prévoir que Frédéric-Charles, placé entre nos deux armées de la Loire, ne les laisserait pas se porter, l'une entre Evreux et Chartres, l'autre entre Nogent et Château-Thierry, sans chercher à les battre successivement. n disposait pour cela de très grands avantages : sa situation centrale et la composition même de ses troupes, qui leur permettait des mouvements rapides, interdits à nos jeunes levées. Pour marcher sûrement à la délivrance de Paris, la condition sine quâ non était de battre au préalable la II** armée, ce qui eût exigé la concentration de toutes nos forces ou, du moins, de nos deux armées de la Loire. Encore, nos échecs des 2, 3 et 4 décembre prouvaient-ils que ce résultat n'était rien moins qu'assuré. La combinaison adoptée par Gambetta devait peut-être nous permettre de débloquer Belfort et de menacer les communications de l'ennemi, mais elle exposait certainement Chanzy à être écrasé par Frédéric-Charles. Cette éventualité parut échapper à la Délégation ;. d'ailleurs, il n'était plus temps de changer les dispositions prises et Gam-
1. Lbl i^ armée comptait plus de 130,000 hommes avec 350 pièces de canon le 88 décembre (Freycinet, ouvrage cité, p. 274).
betta le fit connaître à Chanzy (5 janvier^). La diflférence essentielle que présentaient les deux projets résidait dans la direction assignée à Bourbaki. Au lieu de le porter vers Châtillon-sur-Seine, Gambetta et M. de Freycinet s'étaient mis d'accord pour le diriger sur Belfort et les Vosges. « Cette action, ajoutait Gambetta, nous semble à la fois plus sûre et plus menaçante. » Il espérait donc que le siège de Belfort serait levé vers le 10 ou le 12 janvier. A cette date commencerait la période décisive des opérations. Après avoir occupé les Vosges, Bourbaki se porterait vers Paris à la tête de 150,000 hommes, en occupant simultanément, autant que possible, les deux lignes ferrées de Strasbourg et de Metz*.
Quant à Chanzy, il se mettrait en mouvement du 12 au 15, dans la direction qu'il avait indiquée. Deux nouveaux corps d'armée, les 19® et 25*, étaient en formation, l'un à Cherbourg, l'autre à Vierzon, tous deux destinés à renforcer ses ailes. Leur eflfectif total atteindrait 80,000 hommes, ce qui porterait la 2* armée à 200,000 hommes. Mais ils ne seraient prêts à marcher que le 12. Les opérations actives de Chanzy ne pourraient donc guère commencer avant le 14 ou le 15.
Faidherbe, alors à la tête de 60,000 hommes environ', venait de remporter « un important succès » à Bapaume, les 2 et 3 janvier. Il était destiné, selon toute apparence, à tendre la main à Bourbaki et à former ainsi une autre niasse de 200,000 hommes à l'est de Paris.
Enfin, d'après Gambetta, 40,000 mobilisés bretons avaient
1. La lettre de Chanzy avait été apportée à Gambetta par le commandant de Boisdeffre, qui revint au Mans le 6, avec la réponse du ministre.
2. Au lieu de Metz, c*est sans doute Belfort qu*il faut lire. Cette lettre a été reproduite, ainsi que les précédentes, par Chanzy, ouvrage cité.
Un télégramme du 6 janvier autorisa ensuite Chanzy à se mettre en mouvement le 14, s*il le jugeait convenable.
s. 11 faudrait apporter à tous ces effectifs d'importantes réductions. Il suffit, en effet, de jeter un coup d*œil sur certains ouvrages, notamment celui du général Pourcet, pour être convaincu que, exacts sur le papier, ils comportaient une très forte proportion de non-valeurs.
Enfin, on ne doit pas oublier que Faidherbe venait de se retirer sur Arras après son « important succès de Bapaume », et que Péronne allait capituler le 10 janvier.
été armés pour la défense des lignes du Mans ; avant quinze jours, 100,000 autres mobilisés de Test et du centre occuperaient Vierzon, Nevers, Dijon et Besançon.
Malheureusement le projet d^opérations ainsi développé présentait des inconvénients graves. Non seulement nos effectifs étaient sensiblement majorés, npn seulement Qambetta prêtait aux I^obilisés une organisation et une solidité qu'ils ne possédèrent jamais, mais il ne tenait pas un compte suffisant des intentions, et des forces de nos adversaires. Il était au moins imprudent d'admettre qu'ils assisteraient inactîfs aux* mouvements préliminaires et à la marche finale de nos armées. De plus, l'opération de l'armée de l'Est présentait des dangers sérieux : la saison, la jeunesse des troupes, la nature du pays, étaient autant d'obstacles. La réussite n'en pouvait être qu'à longue échéance. Il y avait d'autant plus lieu de le regretter qu'un second messager du général Trochu venait d'arriver au Mans, apportant de l'armée de Paris des nouvelles défavorables : elle avait beaucoup souflfert ces derniers jours et était fort réduite. Il fallait évidemment se hâter.
Chanzy tentait donc un nouvel effort afin de faire restreindre l'amplitude de l'opération de Bourbaki et ramener plus promptement la 1'® armée sous Paris. Dans un télégramme chiffré du 6 janvier, il insistait une dernière fois pour l'adoption du projet présenté par lui, mais sans plus de succès qu'avant. La réponse qu'il recevait le 7 montrait assez que la décision du ministre était irrévocable. M. de Frey-^ cinet ne croyait pas à l'efficacité du projet de Chanzy. A son avis, pour prendre l'offensive, la 2® armée avait absolument besoin de se faire appuyer par les 19* et 25* corps. Comme on l'avait prévu, aucun d'eux ne pourrait entrer en ligne avant le 15. De plue, les distances à parcourir empêcheraient également Bourbaki de hâter son action. Il était trop tard pour revenir sur les dispositions adoptées. Enfin, pour M. de Freycinet, le projet de marche sur Belfort paraissait le meilleur, car c'était celui qui « démoraliserait le plus » les Allemands.
Chanzy avait fait valoir la nécessité de se hâter, en raison
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de répuîsement prochain des vivres de Paris. Mais le Délégué ne croyait pas qu'il y eût. lieu de prendre à la lettre les expressions du général Trochu. Il rappelait que, plusieurs fois déjà, la date fatale de la reddition de Paris avait été ajournée ; tous les renseignements recueillis Tajoumaient encore. D'ailleurs un effort beaucoup plus important et beaucoup plus énergique se préparait dans Paris, pour une date moins rapprochée que ne le supposait Chanzy. On sait ce qu'il faut penser de ce dernier argument : la sortie de Buzenval, qui eut lieu en effet le 19 janvier seulemeAt, n'eut aucun des caractères que lui attribuait par avance M. de Freycinet. Ce fut même la dernière convulsion d'un agonisant plutôt quWe tentative de sortie raisonnée.
Ainsi, le projet de nos opérations finales, celles qui devaient aboutir à la délivrance de Paris ou à sa capitulation, était définitivement adopté. Mais un mouvement imprévu des Allemands n'allait par tarder à le bouleverser de fond en comble.