‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 68 sur 185 · LE CAMP DE CONLIE · texte numérisé non relu

LE CAMP DE CONLIE

Son emplacement. — Difficultés politiques. — Armement des mobilisés. — M. de Maxivanlt demande Tévacuation. — Refus de Gambetta. — L'évaeaation est commencée. — Envoi d'une brigade de mobilisés au Mans.

On sait que, dès la fin d'octobre, M. de Kératry avait obtenu de G^ambetta l'autorisation de réunir dans un camp les mobilisés des cinq départements bretons, ainsi que des détachements de troupes régulières et de gardes mobiles destinés, en quelque sorte, à les encadrer. Son ambition était de former en quelques semaines une véritable armée', autonome, et destinée à jouer un grand rôle dans le ravitaillement et la délivrance de Paris. Mais les résultats obtenus devaient être tout autres.

M. de Kératry avait commis une première erreur en établissant ce camp à Conlie, à 23 kilomètres au nord-ouest du Mans, sur la route de Sillé-le-Guillaume. « On a fait bien des reproches au camp de Conlie, a dit le général Gougeard* ; dans notre opinion il les méritait tous : position militaire médiocre, dominée et facile à tourner; sol argileux qui, détrempé par les pluies, rend tout mouvement de troupes impossible; enfin manque absolu d'eau..,. » Au lieu d'entasser près de cinquante mille hommes dans cet étroit espace, qui fut bientôt transformé en un vaste bourbier, il aurait été préférable de les répartir sur le vaste amphithéâtre des collines qui entourent le Mans du nord au sud-est. Il eût encore mieux valu les laisser en Bretagne, tant qu'ils n'auraient point été aptes à entrer en ligne.

Malheureusement aux illusions de M. de Kératry, aux inconvénients résultant de l'emplacement choisi, vinrent se

1. Deuxième armée de la Loire. La division de Varniée de Bretagne,

joindre d'autres causes qui rendirent encore plus complet réchec de cette tentative. Après avoir adopté avec enthousiasme les projets de son ancien collègue au Corps législatif, Gambetta parut se raviser et craindre les conséquences politiques qui pouvaient en résulter. Peut-être redouta-t-il de voir se constituer une armée que son origine rendait peu sympathique aux idées républicaines. Toujours est-il vrai que des dissentiments sérieux ne tardèrent pas à s'élever entre M. de Kératry et le ministre. Ils allèrent si loin que le commandant en chef de « Tàrmée de Bretagne » oflEirit sa démission dès la fin de novembre ; elle fut acceptée avec empressement, et M. de Marivault, capitaine de frégate promu général de brigade à titre auxiliaire, prit le commandement des mobilisés bretons (10 décembre). Ce fut pour réclamer, le jour même, l'évacuation du camp.

En effet, on s'était borné jusqu'alors à y en tasser les mobilisés, les uns sous des baraquements, les autres sous des tentes, en ne leur distribuant qu'un très petit nombre de fusils, presque tous en mauvais état. Par une combinaison singulière, la commission d'armement, chargée d'acheter l'immense quantité d'armes nécessaire pour nos jeunes formations, relevait, non du ministère de la guerre, mais de celui des travaux publics. Il en résultait que les envois de fusils ne parvenaient, pas toujours aux points où ils auraient été le plus nécessaires. De plus, grâce à l'incompétence des intermédiaires, les Américains nous livraient des fusils complètement hors d'état de faire feu. Pour certaines armes à percussion, les cheminées n'étaient même pas percées \

D'autres fusils, susceptibles d'un bon service, ne tardaient pas à être mis hors d'usage par suite du défaut complet d'entretien. Entre les mains de mobilisés bretons, sans la moindre instruction militaire, dépourvus des plus simples ustensiles de nettoyage, des fusils à magasin étaient d'un emploi impossible. On allait jusqu'à leur préférer des armes à percussion.

1. Procès-verbaux cités, tome VI, dépositions de MM. de Freyciuel et Jauréguiberr^^.

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