LE CAMP DE CONUE
D'ailleurs, noas le répétons, les fusils arrivèrent au camp de Conlie beaucoup plus lentement que les mobilisés. Le 5 décembre, après le départ de la division Gougeard pour le 21^ corps, les deux tiers de l'effectif présent au camp n'étaient pas armés : presque tout le reste avait des armes impropres au moindre service. Aussi une c<mimission d'enquête présidée par le général Haca conclut-elle « à suspendre immédiatement l'arrivée de nouvelles troupes et à reporter en arrière les bataillons non armés ^ ». On n'en fit rien et, lorsque le général de Marivault arriva le 10 décembre, son premier soin fut de réclamer du ministre c les ordres les plus formels et les plus immédiats » pour l'évacuation du camp. Sur les 48,000 mobilisés qui y étaient alors entassés, la moitié seulement avait des armes ; encore celles-ci étaient-elles de onze modèles différents*.
Malgré les instances de M. de Marivault, le ministre de la, guerre refusa tout d'abord d'autoriser l'évacuation (13 décembre) . Deux jours après, le général renouvelait sa demande, en insistant sur les dangers matériels et moraux d'un pareil état de choses. Mais cette question confinait à la politique, comme le télégraphiait M. de Freycinet à Gambetta, et ce dernier répondait le même jour (16 décembre) : « Il ne faut évacuer le camp de Conlie sous aucun prétexte... »
Cependant la situation empirait chaque jour, et M. de Freycinet demandait à son tour le renvoi des mobilisés en Bretagne (16 décembre). Mais Gambetta ne croyait pas encore à
1. Le Camp de Conlie et l'armée de Bretagne, par Â. de la Borderie, 1874.
3. SitualiOQ du 12 au 13 décembre d'après les états de rintendance :
tjondarnierie : 2 ofDciers, 44 hommes ;
Géoie (5 compagnies) : 19 officiers, 420 liommes ;
Artillerie (5 batteries) : 15 officiers, 455 liommes ;
3« cuirassiers (1 escadron) : 6 officiers, 133 hommes ;
Mobilisés (52 batailloas) : 1,425 officiers, 44,759 hommes (12 balaîllons des Côtes-du-Nord, en 5 légions ; il du Finistère, 4 légions; 11 de rille-el-Vilaine, 4 légions ; 4 de la Loire-Inférieure, 2 légions ; 14 du Morbihan, 4 légions) ;
Tirailleurs bretons (i compagnie) : 8 officiers, 83 hommes ;
Mobiles de la Haute-Garonne (4« bataillon) : 22 officiers, 1,122 hommes ;
Mobiles de la Mayenne (1 compagnie) : 3 officiers, 163 hommes ;
Mobiles du Finistère (1 compagnie) : 1 officier, 140 hommes ;
19<> chasseurs de marche (2 compagnies) : G officiers, 291 hommes.
Total : 1,532 officiers, 47,160 hommes, 618 chevaux ou mulets.
la nécessité de cette mesure, et lePélégué en était réduit à recommander la patience au général de Marivault. Il Tinyitait, chose impraticable, à améliorer Tétat du camp par des travaux de drainage et lui annonçait, une fois de plus, des armes qui ne devaient pas arriver (16 décembre). A cette datCj un bataillon de grand'garde partait encore armé uniquement de ses bâtons de tente ; on lui prêta mille fusils, sans cartouches, car il n'y en avait pas au camp ^
Malgré les ordres de Gambetta, M. de Marivault ne se tint pas pour convaincu. Le 17, il télégraphiait encore: «L'ordre existe ; on meurt silencieusement, mais la mesure est comble.... » Cette dépêche paraissait d'abord modifier les résolutions prises. Gambetta autorisait l'évacuation, quoique à regret. Mais, le lendemain 18, il revenait sur cette décision. Tout au plus admettait-il qu'on examinât la question de la translation du camp ; il faudrait en tout cas procéder « avec sagesse et lenteur ». Il est nécessaire, ajoutait-il, qu'on ne puisse pas profiter de cette erreur « pour attaquer l'institution des camps, que je considère comme l'un des actes les plus importants de notre administration ». Il est permis de croire que c'était pure illusion de la part du grand orateur. Les camps organisés par lui ont été d'une utilité très contestable, et ce fait s^' explique aisément. L'institution des camps permanents présente des inconvénients tels que nous avons dû y renoncer, malgré les tentatives de Gambetta et de Thiers pour en faire généraliser l'emploi. En outre, la saison ne se prêtait nullement à des improvisations de ce genre.
En dépit des ordres de Gambetta et de M. de Freycinet, l'arrivée au Mans d'une foule de fuyards de la 2* armée, qui affluaient du Loir, convainquit le général de Marivault de la nécessité d'une évacuation immédiate. H prit sur lui de renvoyer 28 bataillons en Bretagne, du 18 au 20 décembre. A cette dernière date, il restait à Conlie 18,900 hommes seulement. Le reste était retourné dans les départements bretons, surtout à Rennes : « Ils ont l'air de mendiants pour la plu-