‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 77 sur 185 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

COMBATS d'aZAY, DE MAZANGÉ ET DES BOCHES

Diversion tentée par Jonffroy (5 janvier). — Combat d'Azay (6 Janvier). -— Oombat de Mazangé. — Betraite de la colonne Baille. — Combat dea Roches. — Résultats d'ensemble. *

Les renseignements recueillis le 5 par Joufi&oy Pavaient conduit à penser que les Allemands, en force entre Vendôme et Saint-Amand, allaient se porter contre Curten. Il jugea indispensable de faire une diversion sur leurs derrières et prescrivît, pour le soir même, un mouvement général d'offensive. Les avant-postes allemands furent chassés de la forêt, et nos éclaireurs atteignirent durant la nuit Pezou, la Jousselinière et Bel- Air. Le 6, dès 7 heures du matin, les troupes d'Azay avaient occupé Espéreuse et la forêt de Vendôme ; celles de Savigny s'étaient reportées à Fortan, celles de Fortan à Lunay ; partout nous avions gagné du terrain sans rencontrer grande résistance.

Du côté des Allemands, le III' corps devait relever le X* dans Vendôme, le 6 janvier. Le général von Alvensleben concentra la 5' division à Malignas, la 6® à Coulommiers; un détachement de ilanc était à Saint-Firmin, où l'on jetait un pont. De ces trois points, Alvensleben voulait porter le III* corps entre Vendôme et le ruisseau d'Azay, où il cantonnerait. Son artillerie de corps, seule, resterait derrière le Loir.

Quant aux avant-gardes de ces trois colonnes, elles devaient franchir le ruisseau d'Azay, en éclairant vers Fortan, Epuisay et Danzé. Pendant l'exécution de ces mouvements, le np corps allait fatalement se heurter aux troupes de Jouffroy, marchant dans un sens opposé.

Lorsque, vers 11 heures, l'avant-garde de la 5* division sortit de Vendôme, elle trouva les deux bataillons d'avant-

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postes, laissés par le X* corps, vivement engagés contre nos troupes qui débouchaient alors de la forêt. Pour les soutenir, le général von StUlpnagel laissa un bataillon , un escadron «t une batterie en position à Courtiras, jusqu'à Parrivée de Vavant-garde de la 6® division, qui venait de Meslay (trois bataillons, deux escadrons, deux batteries).

En débouchant sur Courtiras, cette avant-garde détacha six compagnies dans la forêt pour garder son flanc droit ; le reste continua d'avancer sur la route d'Épuisay, où il ne tarda pas à rencontrer une partie de la colonne Thiéry.

Cet officier avait sous ses ordres une brigade composée d'éléments hétérogènes, empruntés aux 15% 16' et 17« corps, avec trois pièces de 4\ Dans la soirée du 5, le bataillon du 74' mobiles (Lot-et-Garonne) alla occuper Ëspéreuse, et le 66' mobiles (Mayenne) pénétra dans la forêt de Vendôme où il eut à combattre, le 6, les avant-postes du X' corps soutenus par le détachement dont nous avons parlé. Le reste de la colonne Thiéry, environ 2,000 hommes d'infanterie et trois pièces, avait pris position à hauteur d'Azay, à cheval sur la route d'Epuisay.

Le petit village d'Azay est situé au nord de cette route, ^u fond d'une vallée large de 500 à 600 mètres et suivie par un ruisseau, le Boulon. Ce cours d'eau est traversé par la route d'Epuisay près du hameau de la Galette, à 1,200 mètres d'Azay. Le colonel Thiéry avait établi une ligne de tirailleurs sur les hauteurs au sud de la vallée ; un bataillon placé dans la forêt de Vendôme, vers la Mérillière, avait mission de se jeter dans le flanc droit de nos adversaires. Azay était occupé par deux compagnies 5 la Galette et les hauteurs en arrière, par les disciplinaires ; nos trois pièces de 4 enfilaient

1. D*aprôs une note du colonel Thiéry en date du 18 juillet 1871 (Chanzy, ouvrage cité, p. 547), sa brigade se composait alors d'une fraction du 16<» de ligne « de 2 bataillons du 83® de marche, de 3 compagnies do discipline, du 32<) mobiles (Puy-de-Dôme), du 4fi bataillon des mobiles dos Bouches'du-Rhône ; 1 bataillon du 74^^ mobiles (Lot-et-Garonne) et 3 bataillons du 66^ mobiles (Mayenne) s'y étaient joints depuis le combat de Vendôme (81 décembre).

Le 16® de ligne était sans doute représenté par un détachement seulement, car ce régiment est signalé comme ayant fait la campagne de TEst au 15» corps.

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la route de Vendôme. Enfin le reste de la brigade garnissait les hauteurs au nord du ruisseau, entre la route et Azay.

Le combat s'engagea vers 10 heures et demie. Malgré de fortes pertes, les six compagnies prussiennes venant de Courtiras réussirent à refouler nos tirailleurs et à s'emparer des fermes du Plessis, de la Briochetterie, de la Churbonnerie, de la Mérillière. Mais elles furent alors attaquées sur leur flanc droit et durent s'arrêter devant le ravin qui descend de Georgeat vers le Boile. Toutefois, l'action de l'une de leurs batteries les aida à s'emparer de ces deux fermes et à pénétrer dans les Petites-Belzéveries. Vers 3 heures, l'artillerie allemande prenait position à l'est du Boile et dirigeait un feu vif sur les fractions établies au nord du ruisseau. Peu après, le détachement de flanc jeté par l'ennemi dans la forêt de Vendôme intervenait à son tour devant Azay, et une troisième batterie renforçait celles de l'avant-garde (3 heures et demie).

. Le général von Rothmaler faisait alors attaquer sur toute la ligne ; à droite, le moulin de la Galette et le bois en arrière étaient enlevés par le 35* prussien, malgré une vigoureuse contre-attaque des disciplinaires. Au centre, un autre régiment prenait la Fosse ; enfin Azay était pris également et toute la brigade Thiéry se retirait sur Bel-Atour et la Margoterie, mais avec beaucoup de lenteur \ L'ennemi débouchait sur le plateau, lorsque nous dirigions contre lui un retour oflfensif, appuyé par le tir à mitraille de notre artillerie. La ligne allemande reculait, et même des fractions repassaient le ruisseau. Les compagnies de discipline, un instant entourées, parvenaient à se dégager en faisant preuve de la plus grande vigueur. Toutefois la supériorité de l'artillerie ennemie nous obligeait à reprendre position sur la crête, en arrière de Bel-Atour et de la Margoterie qui furent abandonnées. Vers 5 heures et demie, la nuit arrêta l'action ;

1. L'état-mcyor prussien pousse la générosité jusqu'à nous attribuer 8 batteries ; or, nous avions 8 pièces depuis la perte d*une demi-batterie à Danzé (SI décembre). L'ensemble du récit allemand n*est pas plus exact (Voir la note déjà citée du colonel Thiéry).

chacun conserva les positions occupées ; nos postes avancés étaient à cent mètres de ceux de Tennemi. A 8 heures et demie, le colonel Thiéry recevait Tordre de se retirer sur Fortan où il arrivait à 11 heures ^

Ce combat, vivement mené par une partie de nos troupes, coûtait de fortes pertes à la colonne du général Rothmaler ; ce dernier était blessé.

A sa droite, un détachement de la 6* division avait occupé Danzé, après un petit engagement.

De son côté, en marchant sur Montoire, la 6^ division rencontrait une résistance non moinJs vive. Le 38^ de marche (brigade Baille) avait reçu Tordre de passer le Loir sur la glace, pour se porter sur Montrieux et inquiéter Tennemi. Tandis que les 2" et 3* bataillons s'établissaient en réserve sur la rive droite, le 1" bataillon traversait la rivière au sud de Clouseaux. Malgré le feu d'une batterie de la rive gauche, il pénétrait dans Thoré et s'emparait du château de Rochambeau, sans trouver nulle part une résistance sérieuse. En même temps, au nord du Loir, le général de Joufiroy marchait sur Villiers avec les 36*, 46* de marche et le 70® mobiles (Lot), ainsi qu'avec l'artillerie de sa colonne. Il n'avait d'abord devant lui qu'un bataillon de chasseurs du X** corps, chargé de suivre sur la rive droite du Loir la marche de la 20** division. Lorsque Tavant-garde de la 5® (trois bataillons, trois escadrons, une batterie) atteignit Villiers à 1 heure et demie, elle y trouva les chasseurs prussiens fortement engagés et déploya aussitôt ses trois bataillons sur le plateau au nord de Villiers. Vers 2 heures et demie, la ligne allemande avait gagné du terrain et s'étendait du Loir, par Moulin du Liers, Vauchalupeau jusqu'au Briard ; deux batteries étaient en position à la Haute-Boissière.

Les progrès de Tennemi s'arrêtaient à ce moment ; toute la vallée du Boulon était battue par le feu de notre infanterie ;

1. Celte version, contraire au récit de I*état-major prussien, est empruntée à la note du colonel Thiéry et à VHistorique du 33^ de ligne.

Les deux régiments allemands engagés eurent 20 oOlciers et 200 hommes hors de combat.

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deux batteries placées entre Clouseaux et Mazangé renfilaient entièrement; après un temps d'arrêt, la ligne française reprit Poflfensive, particulièrement de Clouseaux, et les Allemands furent refoulés jusqu'au château de Courtazé ; le feu de la 20* batterie du 8* régiment et d'une section de la 20* du 12* arrêta un retour offensif de leur gauche.

Mais des renforts arrivaient à l'ennemi : à gauche, un régiment d'infanterie entrait en ligne et s'emparait du Gué du Loir, après un petit engagement. A droite, la 10* brigade avait dirigé deux bataillons et deux batteries de Courtiras vers Azay, pour intervenir dans le combat qui s'y livrait alors. Ces douze pièces canonnèrent en effet Azay; mais déjà la colonne Thiéry avait évacué ses premières positions, et le général von StUlpnagel jugea plus utile de diriger cette artillerie, ainsi que deux bataillons qui marchaient avec elle, sur 'le Briard. Une partie des batteries de corps avait pris position à l'est de ce hameau ; trente-six pièces y furent bientôt rassemblées et imposèrent silence aux nôtres. Puis l'action des obus allemands fut concentrée sur notre infanterie. Vers 4 heures et demie, après une demi-heure de préparation, tpute la ligne ennemie se porta en avant. Deux bataillons traversèrent la vallée à Vauraçon et deux autres un peu au sud. Les premiers poussèrent jusqu'à Fourmange et obliquèrent ensuite à gauche. En même temps deux compagnies attaquèrent Mazangé dans la direction de Vauchalupeau. Enfin un bataillon traversa le ruisseau à la Bipopière et se porta vers Mazangé, qui était ainsi attaqué de trois côtés à la fois, pendant que deux batteries prenaient position au nord-est. Sans attendre l'assaut, le général de Jouffroy donna l'ordre de la retraite, qui s'effectua assez facilement sur Lunay et Fortan, grâce à l'obscurité.

Cependant le 1*' bataillon du 38® de marche n'avait pas quitté Thoré, et les deux autres, la rive droite du Loir. A la nuit, le colonel Baille apprit la retraite de Jouffroy et se retira lui-même sur Savîgny , qu'il atteignit à 2 heures du matin . Ce mouvement ne s'effectua qu'avec peine, par des chemins détournés et en évitant plusieurs détachements ennemis.

De son côté, le III' corps prussien cantonna entre le Loir et le ruisseau d'Azay, derrière des avant-postes poussés sur sa rive droite. L'ennemi avait perdu 42 officiers et 442 hommes dans les deux affaires d'Azay et de Mazangé. Mais 400 prisonniers restaient entre ses mains ^

Pendant ces combats, d'autres engagements avaient lieu plus à Touest. Suivant les ordres de von Voigts-Rhetz, la 20* division devait marcher de Vendôme sur les Roches, et la 19®, de Saînt-Amand sur Ambloy, Lavardin et Montoire., Afin de couvrir le flanc gauche de cette dernière colonne, le général Baumgarth se dirigerait vers la route de Château- Renault à Montoire, tandis que la 6* division et la l""* brigade de cavalerie garderaient celle de Château-Renault à Vendôme. Comme nous l'avons vu, ces ordres avaient eu pour première conséquence un échec des Allemands à Saint- Amand.

Lorsque la 39® brigade, venant de Varennes, atteignit Saint-Rimay vers 1 heure, elle remarqua des troupes françaises en mouvement au nord des Roches. Les trois batteries qui marchaient avec elle prirent position adroite et à gauche de la Saulnerie et dirigèrent leurs obus sur nos colonnes. Celles-ci appartenaient au V^ chasseurs et au 45® de marche, qui occupaient les Roches et leurs abords avec une batterie de 4 et une section du génie*. En outre les éclaire urs algériens défendaient le gué de Lavardin.

Après avoir tiré quelque temps de la Saulnerie, Tune des batteries de la 39* brigade alla s'établir près de Saint-Rimay et canonna les Roches, ainsi que la batterie placée sur la hauteur à l'ouest. Puis, vers 2 heures, les pièces allemandes furent renforcées par les trois batteries de la 40® brigade, qui prirent position près de Villavard, et par trois autres, appartenant à la 20® division, qui s'établirent près de Lan-

1. Le 36* de marche perdit 16 tués et 41 blessés à Mazangé et à Qué-du- Loir. Les pertes des autres corps ne sont pas connues ; diaprés Chenu, nous aurions eu lO officiers et 66 hommes tués, 22 officiers et 429 hommes blessés, au total 527 hommes hors de combat.

2. 2i<» batterie du id** régiment et V^ section de la 4fi compagnie bis du 3^ régiment.

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geron. Sous le feu de ces huit batteries, le 45® et le 1" chasseurs furent contraints d'abandonner une grande partie de la vallée, des Roches à Montoire. En même temps le colonel Goursaud faisait évacuer ce dernier point par ses éclaîreurs, et notre batterie de 4 était à son tour forcée de se retirer, après avoir très énergiquement tenu tête aux quarante-huit pièces ennemies.

Cependant les pionniers allemands rétablissaient le pont de Lavardin, et quatre bataillons se portaient par les deux rives du Loir sur Montoire, qu^ls occupaient sans difficulté» Six compagnies passaient ensuite la rivière à Lavardin, et marchaient sur le Tertre et les Roches. Trente hommes de notre section du génie, qui construisaient une barricade à rentrée de ce dernier village, étaient surpris et faits prisonniers. Puis l'ennemi occupait les Roches et menaçait notre retraite au nord du Tertre. Nos troupes n'avaient plus qu'à se retirer sur Lunay et Savigny, ou sur Vallée et Fontaine.

A la nuit, les Allemands cantonnaient autour de Montoire et de Lavardin. Un de leurs régiments de cavalerie avait suivi le Loir jusque vers Saint-Quentin, en ne rencontrant que des traînards.

Von Voigts-Rhetz, qui marchait avec la 19* division, avait appris à Ambloy que le général von Baumgarth était attaqué au sud de Saint- Amand. Il se hâta de mettre sous ses ordres le détachement venant d'Herbault, en lui donnant toute liberté d'action afin de mieux assurer le flanc droit du X' corps.

Pendant cette même journée du 6 janvier, le IX' corps prussien avait franchi le Loir à Fréteval et à Saint-Hilaire ; ses cantonnements s'étendaient jusqu'à Busloup.

Tels étaient les résultats de ces engagements, dans lesquels nos troupes avaient combattu isolément, sans direction d'ensemble et même sans but précis. A l'exception de la colonne de Curten, qui conservait l'offensive à Saint-Amand dans la soirée du 6, toutes nos troupes avaient été refoulées vers le nord. Le gros de la colonne Jouffroy s'était retiré vers Epuîsay et Savigny, c'est-à-dire dans la direction du Mans, la

seule admissible dans les circonstances présentes. Toutefois Chanzy jugea indispensable que Jouffroy restât en relation avec Curten, et il le lui fit connaître le soir même du 6. Au lieu de lui voir suivre la route de Saint- Calais, il aurait préféré qu'il se retirât derrière la Braye, la droite au Loir, de façon à couvrir la Chartre et les autres passages en aval *• Pour obéir à ces recommandations, Jouffroy allait obliquer fortement vers Touest, mais ce changement de direction , qui l'amenait à suivre des chemins presque impraticables, devait grandement accroître la fatigue de ses troupes et ralentir leur mouvement.

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