Le Bouvereau de rélat-major prussien
Fourche, et trois de nos pièces, dont Tune démontée, tombaient entre ses mains ; deux officiers et une grande partie des servants avaient été tués ou blessés.
De la Cour-aux-Loups, le général Rousseau jetait sur la Fourche le 13* chasseurs de marche, puis trois compagnies des Deux-Sèvres, deux compagnies du 58* de marche et des francs-tireurs, c'est-à-dire tout ce qu'il avait encore sous la main. Mais ce retour offensif était repoussé et nous nous retirions sur Margon. D'ailleurs, en se portant vers Nogentle-Rotrou, Tennemi se heurtait à une résistance assez vive pour qu'il fût de nouveau obligé de s'arrêter. Deux mitrailleuses arrivant de Nogent contribuaient beaucoup à ce résultat. Les Allemands, qui avaient perdu 177 hommes, dont 49 disparus, s'établirent pour la nuit à la Fourche. Nos avant-postes étaient à hauteur de Margon*.
Cependant, la 4" division de cavalerie s'était portée sur Thiron- Gardais. Elle fut aisément repoussée par le bataillon de mobiles de la Corrèze, posté dans le bois à l'ouest de ce village, et alla cantonner à Combres. Une reconnaissance, faîte de Beaumont-les- Autels sur Nogent-le-Rotrou par un détachement de la 22*. division, causa au contraire un moment de panique dans cette ville. Mais le 58* de marche et une section d'artillerie portés sur les hauteurs au sud-est suffirent pour l'arrêter*.
Sur la rive droite de THuisne la 12" brigade de cavalerie, à Belhomert et à Senonches le 5, avait reçu du grand-duc l'ordre d'occuper le 6 Regmalard et Longni. A l'ouest et au nord de la Madeleine-Bouvet, elle rencontra les corps francs de Lipowski et fut contrainte de se retirer. Mais le général Rousseau comptait sur ces francs-tireurs pour attaquer de flanc les colonnes marchant vers Nogent-le-Rotrou, et la dé-
1. Les Allemands nous firent 180 prisonniers (État'tnajor prussien).
Le 13^ chasseurs de marche eut 2 officiers tués, 3 blessés, 48 hommes tués et 140 blessés sur un effectif total de 595 hommes (Historique du iS^ chasseurs). D'après le docteur Chenu, nous aurions eu seulement 47 tués, 146 blessés et 44 disparus, soit au total 237 hommes hors de combat.
2. Ce fait, mentionné par Chauzy, n*est pas rapporté par Tétat- major prussien.
moiutratiim de la caTalerie allenumie les retint djuds leurs pofiitîonft.
Ainsi, les aTmnt-gvdeB dn Xill* owps alUient atteindre Nogent-le-Botioii ; le gros de la 23* dÎTision était à Beaumont-les-Antels, an snd-est; la 17* diTision, qui Tenait de Brou, cantonnait aotoardTTnTeiTe, en se reliant, par la Cbapelle-Rojale, à la 2^ drrâicRi de cavalerie qui était à Fontaines. Désonnais, le XIQ* oor|» était en relatiwis directes avec le reste de la II* année.
Le grand-dnc airaît l'intention de ponss»' le 7 janTier la 22* divid<m et la 4* diTisi<m de cavalerie sur Xogent-le-Botrou, en les fusant suivre de la 17* division jusqu'à Beaumont'Ies-Autels. En même temps un détachement de cette dernière se serait porté sur Authon, pendant que la 12* brigade de cavalerie aurait couvert son flanc droit. Les Allemands auraient ainsi dirigé une attaque enveloppante sur Nogent. Mais les ordres de Frédéric-Charles firent voir au grand-duc la nécessité de s'emparer le plus tôt possible de cette ville.
D'ailleurs, le général Rousseau évacuait Nogent dès le matin du 7; la 22* division s'y installait derrière lui, en poussant une avant -garde vers la Ferté- Bernard et une colonne latérale sur Berdhuis. La 4* division de cavalerie recevait Tordre de cantonner entre Nogent et Thiron-Gardais, et la 17* divisi<m à Authon et à Montmirail.
Ces mouvements ne s'effectuaient pas sans combat. Vers 4 heures, en marchant sur la Ferté, l'avant-garde de la 22* division se heurtait à des avant-postes établis au Gibet et à Châteauroux. Malgré les obus aUemands, Us défendaient énergîquement la lisière d'un bois et tentaient même un retour offensif. Us n'étaient définitivement rejetés par deux bataillons ennemis qu'après un combat assez long. Vers 6 heures et demie, les Allemands s'emparaient du Gibet, en faisant une cinquantaine de prisonniers. Craignant d'être tourné, le général Rousseau se retirait de nouveau sur la Ferté-Bemard ou il arrivait à 1 heure du matin. Cette retraite hâtive avait tellement démoralisé ses troupes qu'il ne put les
arrêter dans cette ville ; il fallut continuer jusqu'à Connerré.
A sa droite, le corps Cathelineau évacuait le 7 la Verrerie et Montmirail, pour se retirer sur Vibraye, et une partie de la 17* division atteignait Gréez. Au contraire, à l'ouest de l'Huisne, la 12* brigade de cavalerie ne pouvait dépasser Senonches et Belhomert, en raison de la présence des francstireurs de Lipowski à l'est de Longni et de Regmalard.
Dans cette même journée du 7 janvier, la colonne JoufiFroy et celles qui gravitaient autour d'elle n'étaient pas moins éprouvées que la colonne Rousseau.
Le général von Alvensleben avait l'intention d'envelopper notre gauche et de la refouler sur le X* corps à l'est de la Braye*. Dans ce but, il prescrivait à la 9* brigade et à l'artillerie de corps de défendre le ruisseau d'Azay vers Mazangé, tandis que le reste du IIP corps marcherait sur Epuisay. Ce mouvement était en voie d'exécution, quand on apprit que JoufiFroy avait évacué Lunay et Fortan ; déjà une partie de sa colonne s'était établie sur la Braye. La 9* brigade et une fraction de l'artillerie de corps reçurent aussitôt l'ordre de pousser sur Fortan; le reste poursuivit vers Saint-Calais. En même temps la 18« division d'infanterie se portait sur le même point par la route de Frète val. A Bellegarde, elle refoulait un détachement français qui se retirait sur Epuisay, où il était attaqué simultanément par des fractions de la 18* division et de la 12® brigade. Epuisay était pris après un petit combat (1 heure et demie).
La colonne Thiéry, partie de Fortan avant le jour, s'était dirigée sur Sargé. Près du Poirier, à l'est du pont de la Braye, son arrière-garde fut atteinte par la 12® brigade. Elle fit bonne contenance et tenta même un retour oflFensif qui fut repoussé. Enfin, après un vif combat dans un brouillard
1. Dans la matinée du 7, on raison de l'épais brouillard et de la perte de temps causée au X« corps par le combat do Saint-Amand, Frédéric-Charles avait prescrit au 1II« corps de ne pas franchir la Braye, et au IX^ do s'avancer jusqu'à Epuisay seulement. Tous deux attaqueraient simultanément le lendemain.
épais, trois bataillons et une section d'artillerie s'emparèrent du Poirier et du plateau du Fief-Corbin*. Le gros de la colonne Thiéry, arrivé vers 10 heures du matin à Sargé, en était reparti pour Saint-Calais à 3 heures du soir. Le IX* corps allemand poussa jusqu'à la Braye et occupa même Sargé à la nuit.
Au sud, la 9* brigade avait atteint Savigny, presque sans résistance ; le gros du X* corps était resté à Montoire, en attendant le retour des troupes envoyées à Saint-Amand. Seule, la 14* brigade de cavalerie s'était dirigée sur Savigny. Près de la Vieille-Haye, elle rencontra un détachement français dont le brouillard empêchait de déterminer la force*. Le général von Schmidt fit jeter quelques obus sur la Vieille-Haye et lança ensuite à l'attaque un escadron de dragons pied à terre. Il fut repoussé, et la brigade se retira sur la Richardière.
La retraite du colonel Thiéry sur son flanc gauche avait décidé JouflFroy à se retirer derrière la Braye, vers la Chapelle-Huon et Saint- Gervais- de -Vie, en se couvrant des éclaireurs algériens vers Savigny. Il y arriva dans la soirée, après avoir engagé ses convois sur les chemins conduisant de Cogniers à Saint-Jean-de-la-Couée. Ainsi, pour sa retraite, il faisait choix d'une direction l'écartant sensiblement du Mans, et devant entraîner, par suite, les nombreux désavantages auxquels nous avons fait allusion ^.
Enfin, à l'extrême droite de JoufFroy, le général Barry s'était également mis en retraite, non sans désordre. Outre les débris de sa division, il avait avec lui une partie de celle du général Morandy, des fractions des 15* et 17" corps, et le 3'' mixte de cavalerie légère. Le tout, sensiblement réduit
1. Le 86" de marche (colonne Marty) y perdit 8 tués et 20 blessôs {Historique du 36«).
D*aprô8 Chenu, les combats d'Épuisay, Sargé, Ruillé, etc., nous auraient coûté (7 décembre) 236 hommes hors de combat.
s. Il faisait sans doute partie des éclaireurs algériens, qui s'étaient retirés par Savigny {Historique du 3^ spahis, lieutenant Durand).
8. Chanzy, p. 27?. Ce passage paraît en contradiction avec le télégramme de Chanzy au général de Joufl'roy cité plus haut, p. 200. >
par l'envoi de renforts aux généraux de Curten et de Jouffroy, occupait, le matin du 7 janvier, Pont-de-Braye, Ruillé, la Chartre, Château-du-Loir, Chahaignes et l'Homme. Le 3* mixte éclairait vers Sougé et Troo.
C'est dans cette situation que Barry apprit la retraite de JoufiProy derrière la Braye. En même temps, on lui annonçait que Curten s'était replié de Château-Renault sur Châteaula- Vallière, ce qui était faux^ Ce double mouvement rétrograde compromettait ses deux flancs. Craignant pour sa retraite, il se hâta de réclamer à Jouffroy une partie des troupes qu'il lui avait confiées; Jouflfroy promit de diriger sur Pont-de-Braye les colonnes Marty et Baille. Mais c'était chose tout à fait impossible, au moins en ce qui concernait la première, alors en retraite vers Saint-Calais après avoir combattu au Poirier et à Fief-Corbin. En attendant leur arrivée, Barry tint le 8* mobiles (Charente) à Ruillé, prêt à se porter sur Pont-de-Braye. De la Chartre, les deux bataillons du 41" de marche ' et deux pièces se dirigèrent sur Montrouveau pour couvrir la gauche de Curten.
Comme il est aisé de s'en rendre compte, les colonnes Jouffroy et Barry étaient déjà dans la confusion la plus complète, par suite, non seulement des échecs de la première, mais surtout du défaut de direction supérieure. Cette situation était encore aggravée par le manque d'unité de vues entre le général en chef et Jouffroy. Venant après ceux que nous avons cités, un télégramme daté du 7 en donne la preuve évidente*. Il était déjà trop tard pour remédier à l'isolement de nos trois colonnes principales, celles de Jouffroy, Barry et Curten, réparties de Saint-Calais à Château-