CHAPITRE XXm
COMBATS DE VÂKCÉ ET DE BUILLÉ
Envoi de Jâurég^uiberry sur le Loir. — Le Xltl« corps à la Ferté-Bemard. — Combat dé Belldme (8 janvier). — Sarprlse de Yibraye. — Oombat de Vanoé. — Combat de Raillé. — Combats an sud de Saint-Arnaud. — Ordres de Frédéric-Charles pour le 9. — Ordres de Chanzy.
Chanzy se rendait compte, bien qu'encore incomplètement, • du danger de la situation au bord du Loir. Comprenant qu'il résultait surtout du défaut de direction supérieure j de Tabsence de liaison entre nos colonnes, il envoya le matin du 8 janvier Jauréguiberry à Château-du-Loir. L'amiral devait prendre le commandement de toutes les troupes qui opéraient de Château-Renault au Mans, et les ramener sur les positions occupées par le reste de l'armée. Mais un premier contre-temps se produisit. Jauréguiberry, qui se rendait à Château-du-Loir par la ligne ferrée du Mans à Tours, ne put y arriver que dans la soirée. Déjà la situation s'était considérablement aggravée pour la 2* armée, aussi bien vers Nogent-le-Rotrou que vers Saint -Calais et la Chartre.
La température, relativement clémente les jours précédents, subissait une nouvelle modification dans la nuit du 7 au 8. Une légère gelée recouvrait de verglas les routes détrempées par le dégel; les mouvements de troupes en devenaient beaucoup plus difficiles.
Le grand-duc avait porté sur la Ferté-Bernard la 22* division, suivie de la 9* brigade de cavalerie. Leur avantgarde ne rencontra que des traînards de la colonne Rousseau ; mais la route avait été coupée en un si grand nombre de points que la 22* division ne put atteindre la Ferté avant 4 heures du soir; déjà la tête de la 17® division, qui venait de Ceton et de Cherreau, y était entrée sans aucune résis-
COMBATS DE VAKCÉ ET DE EUILLÉ. 211
tancô. Le gros de cette dernière poussait plus au sud vers Courgenard et Cormes. Partout nos troupes s'étaient retirées dans la direction de Connerré. Le soir du 8 janvier, les deux divisions du XIII* corps s'établirent autour de la Ferté, derrière des avant -postes placés à cheval sur la vallée de THuisne.
A leur droite, un détachement de la 12* brigade de cavalerie poussait de nouveau sur Kegmalard', que, cette fois, elle trouvait évacué par Lipowski. Pour couvrir plus complètement le flanc du grand-duc, la 4® division se portait également de Nogent sur Bellême ; mais, avant d*y arriver, elle se heurtait à une vive résistance. Plusieurs bataillons de mobilisés de la Mayenne et des francs-tireurs occupaient en eflFet Bellême, avec la 2* batterie de montagne de l'artillerie de la marine. Deux pièces allemandes imposèrent silence à cette dernière, mais un bataillon d'infanterie, qui soutenait U 4® division, ne put refouler les mobilisés et les francs-tireurs. A la nuit, l'ennemi se retirait sur Berdhuis.
A la gauche de la 17* division, le général von Rauch se portait sur Montmirail et Vibraye avec une colonne de trois bataillons, une brigade de cavalerie et deux batteries. 11 avait mission d'intervenir sur la route de Saint- Calais au Mans, si une action sérieuse y était engagée. Son avant-garde trouva les abords de Vibraye occupés, à Pest de la Braye,. par une partie du corps Cathelineau. Celle-ci se gardait mal ;, elle fut surprise et un bataillon allemand s'empara de plusieurs fermes et du pont de la Braye. Renforcé d'un second bataillon, il prit ensuite Vibraye, tandis que les Vendéens*' se retiraient sur Semur en perdant quelques prisonniers. Puis, commue aucun engagement n'avait eu lieu sur la route^ de Saint-Calais, Rauch cantoima autour de Vibraye.
Enfin, à l'extrême gauche du XIII* corps, la 2* division de cavalerie s'établissait vers Conflans, un peu au nord de Saint-Calais. Déjà cette ville avait été traversée sans diffi-
1. 3 batailloDS environ d'après Tétat-megor prussien. Les pertes de Tennemi furent insignifiantes. D'après Chenu nous eûmes 30 liommes liors de combat.
culte par la 6^ dîvîsion d'infanterie. Au delà, elle se heurta à de petits détachements français qui firent mine de défendre les coupures de la chaussée, mais pour se retirer presque aussitôt. De même, la 5* division, qui marchait au sud de la route de Saint-Calais, ne rencontra que des traînards. Le ni* corps cantonna à cheval sur cette route, entre le Tusson et TAuille; Pavant -garde de la 6" division alla même jusqu'à Boîs-des-Loges.
Quant au IX* corps, qui suivait le III*, il cantonna à Saint-Calais ou plus à Test.
Une brigade de cavalerie, la 14®, avait reçu mission de relier le III' et le X* corps. Dans la matinée, elle se dirigea de la Richardière sur Bessé et apprit, chemin faisant, que de la cavalerie française occupait encore Vancé ou marchait au delà, sur la Chapelle. En eflFet, le matin du 8 janvier, Jouffroy s'était mis en retraite de Sainte-Cérotte sur Montreuil-le-Henri , par Evaillé, Sainte-Osmane et le pont de Montemeau. Une autre colonne, venant de Saint-Gervaisen-Vic, marchait par Cogners, Saint-Georges- de-la-Couée surCourdemanche. Enfin la cavalerie se dirigeait sur Vancé, où elle était encore, lorsque la 14* brigade de cavalerie déboucha devant ce village.
Vancé est situé sur la rive droite de la Braye, au fond de la vallée et à mi-côte. Accueillie par un feu vif qui partait de sa lisière, Tavant-garde des Allemands fut d'abord repoussée. Mais leur batterie à cheval intervint, et l'une de ses pièces tira à mitraille sur des cuirassiers démontés, placés derrière une haie \ Le 3* cuirassiers, engagé dans un terrain coupé et glissant où il avait peine à se mouvoir, allait être sérieusement compromis, quand il fut dégagé par les éclaireurs algériens du colonel Goursaud. Mais la retraite
1. L^état-major prussien mentionne des fantassins français installés à Test du Tusson. D'après Chanzy, il n'y eut d'engagés que le S^^ cuirassiers de marche et les éclaireurs algériens.
Les Allemands firent lOO prisonniers ; ils n'auraient perdu qu'un officier et 5 hommes. L'état-major prussien paraît avoir commis une erreur en écrivant que nos cavaliers furent poursuivis jusqu'au ruisseau de l'Étangfort, près de Maisoncelles. Notre retraite s'opéra au contraire vers Montreuil-le-Henri et Sàint- Georges-de-la-Couée .
COMBATS DE VANCÉ ET DE RUILLÉ. 213
de ceux-ci fut des plus difficiles ; ils durent suivre un chemin creux, où les obus allemands affluaient et perdirent ainsi une centaine d'hommes. De son côté, le 3^ cuirassiers avait eu deux officiers et une vingtaine de cavaliers hors de combat.
Ces deux corps se replièrent en désordre sur Montreuille-Henri et Saint-Georges-de-la-Couée. Quant à l'ennemi, il cantonna autour de Vancé.
Le général Barry n'était pas plus heureux sur le Loir. Il avait appris à 6 heures du matin la retraite de JoufiFroy vers Courdemanche et Montreuil-le-Henri ; il en conclut que les renforts attendus par lui n'atteindraient pas Pont-de- Braye, comme il était convenu. D'ailleurs, à l'approche de ^ennemi, les escadrons du 3® mixte qui éclairaient vers Troo et Sougé se replièrent sur Pont-de-Braye. Craignant pour sa gauche, Barry les fit ramener vers Poncé ; il prescrivit en même temps au 8* mobiles (Charente-Inférieure) de se tenir prêt à défendre le défilé de Ruillé. Déjà le lieutenant-colonel Bérard, venant de Montrouveau avec deux bataillons du 41* de marche et deux pièces de 4, s'était replié sur Tréhet, où il gardait l'accès de la Chartre sur la rive gauche du Loir. Enfin, de Château-du-Loir, le général Desmaisons envoyait à Chahaignes le lieutenant-colonel Rond avec un bataillon et deux pièces.
Malgré ces mouvements, la faible division du général Barry restait encore éparse de Poncé à Château-du-Loir, sur une étendue supérieure à vingt kilomètres. Quant au X® corps, il avait à franchir une série de défilés ; il fut arrêté en outre par de nombreuses coupures pratiquées dans les routes, de sorte que son avant -garde déboucha devant Ruillé vers 1 heure et demie seulement. Le 8" mobiles, un millier d'hommes au plus sous les ordres du lieutenant - colonel Noirtin, et une section du 2* régiment (21* batterie) opposèrent à l'ennemi une assez vive résistance. Nos mitrailleuses, qui enfilaient la route, furent cependant réduites au silence par deux pièces prussiennes. Puis Noirtin, craignant pour sa retraite, se replia sur la Maladrerie et, de là, sur Chahaignes, non sans perdre 200 prisonniers environ.
En même temps le lieutenant-colonel Bérard se retirait de Tréhet sur la Chartre, puis sur Château-du-Loîr, où il arrivait dans la nuit avec deux faibles bataillons du 41^ de marche, 700 mobiles et quatre pièces de 4. Vers 4 heures du soir, le X* corps prussien s'établit autour de la Chartre. Deux bataillons poussés jusqu'à THomme avaient refoulé une grand'garde du 66* mobiles (Mayenne). Quant au général von Woyna, qui venait de Saint- Amand, il s'était avancé jusqu'à Sougé et Pont-de-Braye.
A 5 heures du soir, l'amiral Jauréguiberry arrivait à Château-du-Loir, où il trouvait le général Desmaisons avec 500 hommes au plus. Si nous permettions à l'ennemi de pousser sans plus de difficulté le long du Loir, la colonne de Curten,, qui était encore à Saint- Amand, serait infailliblement coupée de l'armée et peut-être détruite. Jauréguiberry prescrivit donc à Barry de tenir « coûte que coûte » à Chahaignes. Mais cet ordre était d'une exécution difficile dans les conditions d'épuisement et de démoralisation où se trouvaient nos troupes.
A l'aile droite de l'armée, Curten continuait d'occuper Château-Renault, tout en ayant dû replier vers le sud ses avant-postes. Le matin du 8 ils étaient à hauteur de Villeforcher. Le général von Hartmann renforça la 1" brigade de cavalerie, à Pias, de deux bataillons et d'une batterie ; puis il la dirigea sur Villeporcher qu'elle occupa après quelques coups de canon. Des chasseurs d'Afrique^ qui étaient à Saint -Cyr- du -Gault furent rejetés sur Saint -Nicolas -des- Motets par un régiment de uhlans. Mais l'offensive ennemie s'arrêta là : un ordre, parvenu dans la matinée, prescrivait à von Hartmann de suivre sur la Chartre le mouvement du gros du X* corps, sans s'inquiéter de la colonne Curten. Il laissa des avant-postes devant Château-Renault et alla cantonner vers Saint- Amoult, Prunay et Ambloy, avec l'intention de continuer le lendemain sur la Chartre.