Gougeard, ouvrage citu
COMBAT d'abdenat. 223
. Il tombait d'épaisses rafales de neige; vers midi et demi, les trois escadrons du 4' mixte et la compagnie d'éclaireurs de la division venaient de rentrer sans avoir rien remarqué, quand nos avant-postes furent brusquement attaqués. En une heure l'engagement devint général. Malgré la vigoureuse résistance du 1*' bataillon du ôl* de marche, dont le chef de bataillon, Corcelet, fut mortellement blessé, notre gauche se replia vers l'ouest en abandonnant les hauteurs et le bois au sud-ouest du Breil. Cependant on avait réussi, à grand*peine, à hisser sur la butte d'Ârdenay trois pièces de 4 et une mitrailleuse. Malgré tous leurs efforts, les Allemands ne purent mettre que deux pièces en batterie sur la route, et elles ne parvinrent pas à faire taire les nôtres. Grâce à celles-ci, la résistance du centre et de la droite de Paris put se prolonger. Vers 4 heures et demie seulement, l'ennemi s'emparait du château d'Ardenay ; en même temps, il traversait les prairies au nord de la route et pénétrait dans le bois qui longe la Butte. En vain le 5P de marche tentait un retour offensif sur la route et au sud de celle-ci. A la nuit, après une première attaque que ce régiment repoussait à la baïonnette, les Allemands se portaient en avant sur toute la ligne. Us s'emparaient d'Ardenay et du hameau de la Butte, au moment même où Paris prescrivait la retraite (vers 7 heures et demie). Non sans désordre, sa division se retirait sous la protection du lO"" chasseurs de marche. Le matin du 10, après une marche de nuit dans les conditions les plus pénibles , elle était rassemblée sur le plateau d'Auvours. Deux de ses bataillons, égarés, avaient atteint, près de Saint- Mars-la,-Brière, la route de La Ferté-Bernard au Mans.
Cependant deux bataillons allemands, envoyés par Surfond contre la droite de Paris, avaient refoulé, à la Cohainière, une fraction du 10* chasseurs de marche (vers 4 heures). Ils cherchèrent ensuite à passer le ruisseau d'Ardenay pour nous tourner, mais sans pouvoir y parvenir. Ils cantonnèrent à Test du Narais, avec les troupes engagées à Ardenay.
Ce combat, qui nous coûtait 40 tués et 210 blessés, dont 2 officiers tués et 10 blessés, outre un grand nombre de dis-
parus, n'avait qu'insensiblement ralenti la marche de l'ennemi. Les pertes allemandes n'étaient même que de 4 officiers et de 152 hommes, résultat nullement en rapport avec nos sacrifices. Le lU* corps, qui nous avait fait plus de 1,000 prisonniers, s'était enfoncé comme un coin entre nos colonnes, rendant à peu près impossibles leur retraite et la concentration de l'armée.
Au sud de la route de Saint-Calaîs, la 5* division d'infanterie n'avait rencontré aucune résistance. Cependant l'état des routes était tel qu'elle dut cantonner entre le Gué-del'Aisne et Saint -Mars- de -Locquenay, sensiblement à l'est d'Ardenay. Son avant-garde atteignit le château de la Buzardière et un bois voisin de Parigné-l'Evêque. Enfin, derrière le m* corps, la tête du IX" poussa jusqu'à Bouloire. Le X', qui aurait dû atteindre Parigné, était encore fort en arrière; l'état des chemins, plus encore que notre résistance, l'avait beaucoup retardé.
Von Voigts-Rhetz avait prescrit au général von Woyna de se porter sur Vancé par Pont-de-Braye, tandis que les troupes du X" corps rassemblées à la Chartre marcheraient sur Grand-Lucé par Saint- Vincent-du-Lorouer. La 14* brigade de cavalerie relierait Woyna au III* corps.
Déjà les Allemands savaient par des interrogatoires de prisonniers que nous occupions les hauteurs de Chahaignes, à l'ouest de la Venue. En eflfet le général Barry avait établi une partie de sa division sur la rive droite de ce ruisseau, en se couvrant d'une grand'garde du 66* mobiles (Mayenne), restée au moulin de Saint-Biaise. Le 3* bataillon du 31* de marche était installé du Gué-de-la-Pointe au Présidial, avec un détachement du 38® de marche à sa droite. Une compagnie, postée au château de Béhéhart, gardait le pied des hauteurs et plusieurs des passages du ruisseau. Le 2* bataillon du 31* de marche occupait les hauteurs entre Le Pressoir et Chahaignes. Une section de mitrailleuses (19« batterie du 19* régiment) était au-dessus du Pressoir; des Héraudières, une autre battait le chemin de l'Homme à Chahaignes ; on avait pratiqué des abatis sur cette voie.