‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 93 sur 185 · Chanzy, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

Chanzy, ouvrage cité, p

2. 27<' mobiles (Isère), i bataillon de la Mayenne, i bataillon des Hautes- Pyrénées, 4 pièces de 4, 4 pièces de montagne, i escadron de chasseurs d'Afrique et 1 escadron du 8® hussards. (De Poudras, Une page d'histoire. Les Francs-tireurs de la Sarthe.)

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où était son quartier général, il avait appris le mouvement du m® corps ; par la 14* brigade de cavalerie, il savait que le X' corps avait rencontré une vive résistance au nord de la Chartre. Ce fut dans la nuit seulement qu'il réunit des données certaines sur les positions atteintes par le grand-duc. On pouvait admettre que , selon toute probabilité, Chanzy livrerait bataille derrière THuisne ; dans ce cas, il serait avantageux que les ailes de la U** armée fussent arrivées à la même hauteur que le III* corps. Mais Frédéric-Charles jugea, non sans raison, que tout retard permettrait à Chanzy d'améliorer une situation déjà fort compromise. Cinq de nos divisions exécutaient en ce moment une retraite concentrique sur le Mans ; celles venant de Château-Renault et de la Chartre devaient avoir peine à atteindre cette ville, si les Allemands continuaient énergiquement leur offensive. D'ailleurs le moral et l'état physique de ces troupes, qui avaient été engagées dans une série de combats malheureux, ne pouvaient qu'être profondément atteints. Il était urgent d'en profiter.

Au lieu d'exécuter une attaque enveloppante sur le Mans, suivant la tactique habituelle de nos adversaires, Frédéric- Charles prit le parti le plus hardi, celui qui devait lui donner des résultats immédiats, quoique moins complets peut-être : celui d'une offensive directe sur tout ^on front. Il décida que le IIP corps pousserait en avant d'Ardenay et le XIIP au delà de Saint-Mars-la-Brière, tandis que la 4" division de cavalerie, renforcée d'artillerie et d'infanterie, marcherait par la rive droite de THuisne sur Bonnétable et le Mans. Le IX® corps enverrait un détachement à Thorigné pour soutenir le grand-duc; le reste se porterait surBouloire, en seconde ligne. Quant au X* corps, il attaquerait Parigné avec le concours du IIP.

Ces mouvements offensifs devaient être menés avec plus de vivacité et d'énergie que jamais, de façon à accroître le désordre des colonnes françaises en marche vers le Mans, pêle-mêle avec les troupes allemandes.

Ainsi que l'avait jugé Frédéric-Charles, le parti de l'at-

taque immédiate était le pi as désavantageux pour notre armée. Celle-ci allait être dans Timpossibilité d'achever sa concentration sur les positions préparées autour du Mans. Aussi devait-elle y opposer une résistance beaucoup moins énergique que lors de la bataille de Josnes.

11 S3mble que Chanzy n'ait pas attaché immédiatement à FoflFensive de Frédéric - Charles toute Timportance qu'elle comportait \ Son caractère même lui échappait : « Les projets de l'ennemi sont aujourd'hui manifestes, télégraphiait-il au ministre dans la matinée du 9. Son but est de nous attirer en dehors de nos positions du Mans pour chercher à nous battre en détail, ou bien de nous refouler sur ces positions et de nous y bloquer, pour empêcher la marche qu'il prévoit fiur Paris. » Dans cette hypothèse, il se hâtait de provoquer un ensemble de mesures destinées à le renforcer, et qui ne purent être exécutées qu'en partie : l'envoi à Alençon d'une fraction du 19'' corps, au moins, tandis que les troupes disponibles du 25* se porteraient de Vierzon à Tours ; la répartition des neuf bataillons de mobilisés de la Mayenne le long de la ligne du Mans à Caen, pour en assurer la garde.

Mais la situation s'aggravait dans la journée du 9. Malgré l'envoi d'un grand nombre d'officiers à leur recherche, Chanzy ne pouvait recevoir aucune nouvelle de Barry, de Curten et de Jouffroy. Il communiquait encore, irrégulièrement il est vrai, avec Jauréguiberry à Château -du -Loir. A 4 heures et demie, il lui adressait par le télégraphe de nouveaux ordres. La route du Grand-Lucé au Mans n'était plus gardée que par des francs-tireurs et de la cavalerie; Jauréguiberry était donc invité à diriger sur l'heure Joufiroy vers Parigné, tandis que Barry marcherait sur Ecommoy. De Parigné, Jouffroy se relierait vers Ardenay à la division Paris. Quant à l'amiral, s'il ne pouvait tenir à Château-du-

1. Il était souffrant depuis le 7 janvier et avait dû garder le lit ; un moment môme on craignit la petite vérole. Le soir du lO son entourage était encore très inquiet; pourtant le il, a 7 heures et demie du matin, il était en selle. Après quelques heures passées le long de nos lignes, il s*était complètement transfiguré (Chuquet, p. 12»).

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Loir jusqu'à sa jonction avec Curten, il se rabattrait sur le Mans par Ecommoj. Au cas où les Allemands marcheraient de la Chartre sur Grand-Lucé ou Jupilles, il les attaquerait de flanc. Si, au contraire, il pouvait atteindre Ecommoy et 6rand-Lucé, il inquiéterait sérieusement l'ennemi et, au besoin, se replierait sur le Mans, en longeant la ligne ferrée de Tours à cette ville ^ Mais l'impraticabilité de cette combinaison ne tardait pas à être pleinement démontrée.

Dans la soirée, Chanzy apprenait que la brigade de cavalerie Digeard avait évacué Grand-Lucé pour rallier le reste de la cavalerie du 16* corps à la Rochère. Cette retraite lui parut insuffisamment motivée et, sous cette impression, il adressa aux commandants de corps d'armée des instructions conçues dans un tout autre esprit : « Si T ennemi s'avance aussi effrontément, c'est.... parce que nous ne lui opposons nulle part une résistance sérieuse, alors que nous disposons partout de forces au moins égales aux siennes. » Aussi prescrivait-il l'offensive immédiate dans toutes les directions. Le général Deplanque ferait réoccuper, la nuit même, la position de Parigné et y porterait au jour l'une de ses brigades. La cavalerie du 16* corps regagnerait Grand-Lucé et s'y mettrait en relations avec le général de Jouffroy, qui avait reçu Tordre de tenir fortement ce village. Quant à Jauréguiberry, tout en couvrant la retraite de Curten, il dirigerait une attaque de flanc contre la colonne allemande en marche de la Chartre vers le Mans. Le général de Colomb reprendrait lui aussi l'offensive dès la pointe du jour, sur la route de Saint-Calais, et rejetterait l'ennemi au delà d'Ardenay. Enfin Jaurès se porterait à Pont-de-Gennes pour attaquer Thorigné et Connerré.

Même si ces attaques échouaient, nul ne devrait songer à se retirer vers le Mans sans avoir tenu jusqu'à la dernière extrémité. Alors seulement on se replierait sur des positions indiquées à l'avance, pour les défendre avec la même énergie.

1. Chanzy, ouvrage cité, p. 291. Diaprés ce télégramme, Tamiral aurait eu nntention de se retirer sur la Flèche.

A ces prescriptions, Chanzy en ajoutait d'autres au sujet des fuyards, dont le nombre croissait sans cesse depuis plusieurs jours. Afin de les arrêter dans leur mouvement instinctif vers le Mans, il prescrivait au général Bourdillon d'établir ses deux régiments de gendarmerie à quatre kilomètres à Test de cette ville. Des officiers envoyés le 9 dans toutes les directions avaient rendu compte que, nulle part, le sei'vice d'avant-postes n'était convenablement fait. Chanzy rappelait chacun à Tobservation des règlements dans une matière aussi grave. Il n'y a point à alléguer le mauvais temps, disait-il avec justesse ; il est le même pour tous, et les Prussiens ne s'en préoccupent pas. Il terminait par l'annonce d'une « grande victoire » de Bourbaki à Villersexel.

Tout en rendant pleine justice à l'énergie indomptable de Chanzy, à la persévérance avec laquelle il se raidissait contre tous les obstacles, qu'ils provinssent des circonstances ou des hommes, on est contraint de reconnaître que ces instructions étaient déjà inexécutables. Il eût été impossible de reprendre l'oflfensive avec la division Paris, qui venait d'être battue à Ardenay, avec celles de Rousseau et de Joufifroy, en retraite depuis plusieurs jours dans les conditions les plus pénibles. D'autre part, la présence de l'ennemi à la Belle- Inutile, à Ardenay, près de Parigné et de Grand- Luc é suffisait pour rendre très délicate la retraite de JoufiFroy, de Barry et de Curten sur le Mans. La dispersion, la désorganisation déjà très grande de nos troupes leur interdisaient l'offensive. Il semble que le seul parti à prendre aurait été de concentrer le plus vite possible Tarmée autour du Mans, afin de la préparer au choc décisif attendu par tous.

D'ailleurs, la plupart des généraux sous les ordres de Chanzy étaient loin de partager ses idées. Dans la nuit du 9 au 10, le général de Colomb lui exposait le fâcheux état de la division Paris, en demandant l'autorisation de la ramener sur le plateau d'Auvours. Chanzy répondait en confirmant, par deux fois, l'ordre inexécutable de culbuter Tennemi au delà d' Ardenay. A Jaurès, qui avait soulevé de semblables

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objections, il télégraphiait vers minuit pour maintenir ses instructions : le 10, le 21* corps reprendrait les positions abandonnées par le général Rousseau. En dépit de la ténacité de Chanzy, aucune de ces prescriptions ne devait être exécutée.

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