Von der Gollz
BATAILLE DU XAVS. 2^
sibîlité d'employer avec fixait des oolonneg profondes, sur an terrain aassi couvert et durant des journées aussi courtes. U était préférable d'en multiplier le nombre en opérant sur un large front, nutlgré la difficulté de coordonner les mouvements et au risque d'être relativement £ûble sur tous les points.
C'est ainsi qu'au III* eorp» le général von Alvensleben décida que les 9^ et 10* brigades se porteraient diacune du Gué-de-l'Aune et d'Ardena j sur les Chasseries et les Brosses, de £açon à se réunir auprès de Changé. La 12* brigade suivrait la route d' Ardenay au Mans, et la 10" irait de Volnay a Parigné pour ÛM^îliter le déboudié du X* corps.
Ces premiers ordres furent hieatôt modifiés ; on apprit que Parigné avait été évacué par nous et que le X* corps allait marcher sur Vancé et Montreuil-le-Henri. Par suite, Alvensleb^i preserività la lO brigade de laisser Parigné à sa gauche, et de mardier sur Changé en passant un peu au m»*d de Brefinartin. Hais, avant même le commencement de ces mouvements, les avant-post^ allemands étaient attaqués à la pointe sud du bois de Loudon^
En effet, d'après les ordres de Chanzy, la 2* brigade (lieutenant-eokmel Perdra) de la division Deplanque s'était mise en marche sur Parigné. Une brigade de la division Roquebrune avait r^nplaeé celle du lieutenant-oolonel Pereira le long du Chemiu'auX'Bœufs, la droite à la route de Parigné.
Le 2^ bataillon du 39* de marche avait quitté son bivouac a 2 heures du matin ; à 4 heures et demie, il entrait daas Parigné, qui était encore inoccupé. Le reste de la dirision Pereira y arriva entre 9 et 10 heures, après une marche très pénible^. Les arant-postes allemands étaient déjà engagés avec le 2* bataillon du 39*, dont la droite dut être renforcée du 3* bataillon du 39* et du 3^ chasseurs de marche ', établis face au nord-est. En même temps, le 75* molnles prit position
1. Le 7ô« mobiles* parti à 4 lieures du matin, a'attelgxût Pan^é qu'à 10 heures, après avoir parcouru it kilomètres eeuiemeut. (Dumas, ouvrage cité.)
i. he 9^ batatlloo de marche avait été reconstitué depuis peu, au moyen de s compagnies du i9^ chaaseurs de marciie et de ii compagnies du ^^ zouaves. Le J^»*^ liatailiou du 7d« mobiles servait de soutien à rartillene ; le ^ était en tirai Ueurs en avant du Iront et le 8* en bataille sur la route.
à gauche de Parigné ; la 1" légion des mobilisés de Maine-et- Loire formait Textrême gauche, sur la route du Mans.
Cependant le gros de la 9*^ brigade s'était rassemblé au Qué-de-l'Aune, avec son avant-garde aux Petits'et aux Qrands Brault. De ces derniers points un bataillon allait soutenir les avant-postes allemands^ alors vivement attaqués par la droite de Pereira. Il s'établit entre la Hellerie et le bois de Corps- Levé, après avoir délogé un détachement du 39^ dé marche. Mais nous étions parvenus, à grand'pei ne, à mettre d'abord deux, puis six pièces de 4 (24* du 15* régiment*) en batterie à Texlrémité nord de Parigné ; la batterie de mitrailleuses du capitaine Delahaye (19" du 10® régiment) avait pu également trouver une position avantageuse entre les premières maisons. Grâce à leur action, notre droite reprit Tofifensive, quoique neuf compagnies allemandes fussent successivement entrées en ligne vers les Blignières. En raison de la difficulté du sol, l'ennemi ne pouvait nous opposer que sept, puis neuf pièces. De la Héraudière, elles ne parvenaient pas à faire taire nos canons de 4, ni même nos mitrailleuses que le capitaine Delahaye tenait soigneusement abritées.
A la gauche de Pereira les mobiles du 75* et les mobilisés de Maine-et-Loire faisaient également bonne contenance, tout en brûlant une grande quantité de cartouches. L'acharnement était tel qu'aux abords des Guettes, trois des côtés d'un champ étaient occupés par nos tirailleurs et le quatrième par l'ennemi. On se fusillait ainsi de très près, sans songera reculer. Chaque fois que l'ennemi approchait des Guettes, un groupe de soldats du 39* ou de mobiles du 75* s'élançait à la baïonnette et le refoulait. Dans l'un de ces retours offensifs, le commandant Bounhoure, de la 1" légion des mobilisés de Maine-et-Loire, était fait prisonnier avec une centaine d'hommes ^.
1. Attachée à la i^* division du 16^ corps depuis le 4 janvier.
Une section était sur la route de Grand-Lucé, derrière un talus ; une autre dans un espace vide, au milieu du village ; la S® à l'entrée de celui-ci, derrière de grands arbres, (Historique du corps,)
8. Dumas, Les Mobiles de Maine^t-Loire ; le capitaine de mobiles de Me* ckenheim, mortellement blessé, fut relevé sous le feu par une femme des
D'ailleurs les Allemands se bornaient à traîner le combat en longueur, en attendant l'arrivée de la 10* brigade à leur gauche.
Celle-ci s'était mise en mouvement de Volnay sur Parigné, quand elle reçut l'ordre de laisser cç village à l'ouest. Vers LO heures et demie, un nouvel ordre l'atteignit au carrefour du Brefmartin . Cette fois, il fallait qu'elle marchât sur Challes pour dégager la 9* brigade. Mais la difficulté des chemins l'empêcha de donner la main à celle-ci avant midi. Deux bataillons et deux batteries s'établirent alors deç Boutinières à la Héraudière.
Cependant la brigade Pereira recevait un renfort inattendu. Arrivé dans la nuit à Grand-Lucé avec sa division et la brigade Baille, Jouffroy avait reçu, de Chanzy l'ordre de continuer sa retrSaite sur Parigné et de prendre à revers la gauche de l'ennemi, alors très pressant sur la route de Saint- - Calais. En même temps il dirigerait vers Ecommoy les colonnes Thiéry, Falcon et Marty *. Si Jouffroy se fût conformé strictement à ces instructions, son intervention aurait probablement modifié l'issue du combat de Changé, mais il n'en fut rien.
L'artillerie qui lui restait (deux mitrailleuses et quatre pièces de 4) se porta de Grand-Lucé sur Parigné, où eUe arriva vers 11 heures avec le 70® mobiles (Lot). Mais en apprenant qu'un vif combat était engagé sous Parigné, Jouffroy crut sans doute que l'ennemi lui barrait déjà la retraite sur le Mans. Voulant au moins dégager le reste de ses troupes, il dirigea le 45" et le 1" chasseurs de marche sur Saint-Mars- . d'Outillé et Mulsanne, pour gagner le Mans par un grand détour*.
Dès lors, malgré l'intervention d'une partie de cette divi-
Guettes; aidée de deux soldats, elle le transporta dans sa maison et lui donna les premiers soins.
1. Voir un télégramme de Chanzy à Jauréguiberry (10 janvier, 3 heures 45 du soir), Chanzy, ouvraj^e cité.
2. Voir les Souvenirs déjà cités, p. 146 ; la 45® de marche étuit à 2 kilomètres de Saint-Mara, quand un officier d'ordonnance lui apporta l'ordre de marcher par Brette sur Parigné. Il n'y arriva qu'après la fia du combat.
sion, rissae du combat de Parîgné ne pouvait être douteuse. Le lieutenant-colonel Pereira avait fait renforcer par un bataillon du 70* mobiles le 2* bataillon du 39* de marche, en tirailleurs en avant de notre artillerie. Ce renfort fut insuffisant ; vers midi et demi, les quatre bataillons de la 10* brigade se jetèrent à l'assaut des positions de notre droite. Des Boutinières, un bataillon allemand pénétra dans Parigné par rentrée sud, en s'emparant d'une pièce démontée. En même temps, plusieurs bataillons venant des Blissières attaquaient les Guettes, la Maison-Neuve et l'issue nord du village ; ils allaient prendre cinq mitrailleuses encore en action, quand Pereira s'élança contre eux à la tête de deux compagnies du 39*, de mobiles du 75*, de quelques artilleurs, d'officiers qui avaient ramassé des fusils. Après une courte mêlée, il reprit quatre des mitrailleuses; une seule restait à l'ennemi.
Sa brigade se mit ensuite en retraite vers Ruaudin (1 heure et demie) non sans désordre. Quant au 70* mobiles, un instant troublé par la brusque attaque de l'ennemi, il s'était rallié, avait repris ses six pièces et s'était retiré sur Brette.
Vers 2 heures, le général de Roquebrune s'apprêtait à marcher du Chemin-aux-Bœufs sur Parigné, quand les fuyards de Pereira affluèrent devant ses lignes, suivis de près par l'ennemi. Deux pièces de 7 et deux mitrailleuses suffirent cependant pour arrêter ce dernier. Quant à la brigade Pereira, reformée tant bien que mal à Ruaudin, elle alla bivouaquer vers 4 heures le long du Chemin-aux-Bœufs, entre les routes de Ruaudin et de Parigné. Enfin, le soir, Jouffroy ramena ses troupes jusque dans le faubourg de Pontlieue ou même à l'intérieur du Mans. Leur retraite des derniers jours succédant à une série d'opérations aussi pénibles qu'inutiles les avait profondément démoralisées. Même, craignant leur entière dissolution, Jouffroy demandait à les ramener au delà de l'Huisne ^ ; mais une grande bataille était imminente, et
1. Télégramme de Jouffroy à Chanzy, il janvier; ses troupes manquaient d'eau et de vivres ; elles n'avaient pas mangé depuis 48 heures et leurs chevaux n'avalent pas bu depuis plusieurs jours.
Ghanzy lui prescrivit d'occuper à la pointe du jour les positions assignées à sa division.
Quant au général von Stttlpnagel, laissant deux bataillons à Parigné, il portait Tavant-garde de la 9* brigade sur les Ver* nelles, le gros sur les Chasseries et Changé. La 10* s'arrêtait à 3 kilomètres de nos avant-postes, sur la route de Parigné au Mans.
Le combat de Parigné coûtait àla brigade Pereira 16 officiers tués ou blessés et 1,370 hommes, dont la plupart disparus ^ Les pertes allemandes étaient de beaucoup inférieures.
Pendant que le lieutenant-colonel Pereira était ainsi battu à Parigné, le colonel Ribell subissait un échec presque aussi complet à Changé.
A 10 heures et demie, la 11* brigade d'infanterie prussienne était partie des abords d'Ardenay, pour se diriger sur Changé. En avant de Rossay, elle refoula de petits détachements français qui se dirigeaient du sud-ouest vers le Guéla-Hart, où ils étaient recueillis par nos avant-postes.
Après son échec d'Ardenay (9 janvier), le général Paris n'avait fait aucun effort pour reprendre Toffensi ve sur la route de Saint-Calais, comme le prescrivait Chanzy. Il se bornaità gagner le plateau d'Auvours, qu'il occupait dans la journée du 10, sa droite à la pointe sud et sa gauche au-dessus de In vallée de THuisne, vers Champagne. La brigade Ribell, à sa droite, défendait le secteur compris entre Changé etTHuisne ; son front passait par la Brosse, la Bonde et le château dos Arches ; ses avant-postes, par la Girardrie, le plateau de Monceaux, le château d'Amigné, les Pellières et le viaduc du chemin de fer au-dessus de la route de Paris'.
1. D*après Chanzy. Les pertes de la division Jouffroy ne nous sont pas connues. Les Allemands auraient fait 2,160 prisonniers* (ÉtcU-maJor prussien,)
Le 3« chasseurs de marche était réduit à 280 hommes le soir du 10; le 8« bataillon du 75® mobiles ne perdit que 2 officiers et 17 hommes.
La 24« batterie du ib^ régiment tira 600 coups ; elle eut 2 tués, 5 blessés dont son capitaine, 16 disparus et 24 chevaux hors de combat.
Le III" corps prussien eut 33 officiers et 440 hommes hors de combat à Parigné et à Changé.
2. Chanzy, ouvrage cité, p. 801. Plusieurs de ces noms sont défigurés dans le récit du général.
Vers 3 heures, le 3* bataillon du 62* de marche, qui tenait la gauche de nos avant-postes, était vivement attaqué, de la Girardrie au château d'Amigné, par un bataillon de la 11^ brigage d'infanterie prussienne auquel il opposait une résistance énergique .^ Les deux autres bataillons du 62* renforçaient son centre et sa gauche, de sorte que, vers les Gars, Tennemi avait peine à résister à ses retours offensifs.
En raison de la conliguration du terrain, l'artillerie allemande ne pouvant préparer Tattaque de front, Alvensleben portait deux bataillons sur Amigné, deux compagnies sur le plateau de Monceaux, et un bataillon par la Goudrière, sur notre droite. Malgré le feu très vif du 62* de marche, deux compagnies allemandes passèrent le ruisseau à la Goudrière, et se relièrent à Tavant-garde de la 9* brigade au moment où elle débouchait de Parigné. Après avoir refoulé les troupes de Pereira comme nous l'avons vu, cette brigade s'emparait, vers 4 heures de Gué-la-Hart et de la Girardrie. Déjà son intervention compromettait la retraite des deux bataillons du 37' de marche qui formaient notre droite.
Vers 4 heures et demie, les deux bataillons prussiens portés sur Amigné débouchaient à proximité de ce hameau, ce qui donnait le signal de l'attaque générale. Dix compagnies se jetaient sur Amigné et s'en emparaient ; une autre s'établissait au Gué-Perray et, malgré un retour offensif, prenait le pont voisin. Le colonel Ribell était contraint de rappeler du Château-des- Arches le 33* mobiles (Sarthe), dont il établissait deux bataillons de Changé au Gué-Perray ; le troisième se portait en réserve au château des Noyers.
Notre droite n'était pas moins vivement pressée ; après un vif combat, un régiment prussien gagnait du terrain au sud de Gué-la-Hart et nous débordait sur le chemin de Changé à la route de Parigné. A la nuit, la ligne Gué-Perray- Amigné-Gué-la-Hart-la Girardrie était dans la possession de l'ennemi, qui nous avait déjà pris un millier d'hommes. Le colonel Ribell prit le parti de se retirer sur Noyers et le
1. Ce bataillon prussien perdit 9 officiers et plus de 100 liommes.
Château-des- Arches. Deux bataillons du 37® de marche, sous les ordres du lieutenant-colonel Malle t, restaient seuls à Changé pour couvrir ce mouvement; pareille force (33* mobiles) gardait le pont du Moulin-des-Noyers, et le reste de la brigade gagnait les Arches (5 heures et demie) \ Deux bataillons du 43® de marche, envoyés par le général de Roquebrune, ne débouchèrent auprès de Changé qu'après la prise de ce village.
Alvensleben tenait à ne pas le laisser entre nos mains. Malgré Tobscurité, Tun de ses bataillons se porta de Gué-la- Hart sur Tune des barricades qui en défendaient l'accès. Il s'en empara (vers 7 heures), mais une autre colonne allemande avait déjà pénétré dans le village. Comme nousTavons vu, la 10® brigade, qui s'avançait de Parigné par la route du Mans, avait été accueillie par un feu vif venant des troupes du 17® corps établies à Chef-Raison et à la Paillerie ; deux pièces de 7 et deux mitrailleuses battaient efficacement la, route, et deux pièces allemandes ne parvinrent pas à leur imposer silence. Laissant un bataillon seulement à cheval sur la chaussée, le général von StUlpnagel déboucha vers Boyère et Gué-la-Hart, d'une part, sur la Girardrie, de l'autre. Les deux bataillons qui avaient pris cette direction, réduits à cinq compagnies par l'occupation de plusieurs fermes, se jetèrent en colonne serrée sur le pont à l'est de Changé et s'en emparèrent malgré une salveà courte distance. Puis le& Allemands attaquèrent le village lui-même (6 heures) et leur apparition inattendue y porta le plus grand désordre. Néanmoins les deux bataillons du 37® se rallièrent en partie. Pendant une heure, ils se battirent avec acharnement dans les rues et les maisons. Enfin, ils furent acculés sur la place par l'intervention d'autres détachements allemands et finirent par se rendre : 800 hommes tombèrent ainsi aux mains de l'ennemi*.
1. Chanzy, ouvrage cité ; Mallel, La Bataille du Mans, p. 75.
8. D'après VÉlat-major prussien. Le Dombre total des prisonniers faits à la brigaJe Ribell aurait ainsi atteint 1,800. Clianzy évalue ses pertes à 5 officiers tués, 35 blessés ou disparus, et 1,500 hommes tués, blessés ou disparus.
CAMPAGNE DE LA I<OiaB. II. 16
La direction prise par Ribell était contraire aux idées de Chanzy, qui entendait concentrer ses troupes, encore beaucoup trop éparpillées. A minuit, il lui prescrivit de quitter les Arches pour s'établir entre les Granges et le Tertre, dans la trouée laissée béante par sa retraite. Il y attendrait Tarrivée de la division Jouffroy . Cet ordre fut ponctuellement exécuté, ce qui permit de réparer, en partie, les conséquences de la perte de Changé. Nos avant-postes s'établirent à moins de 100 mètres de. ceux de ^ennemi^
La dernière des brigades d'infanterie du HP corps (la 12®) avait quitté vers 11 heures les abords d'Ardenay. Un bataillon marchait sur Saint-Mars-la-Brière pour faciliter le débouché du détachement zu Lynar ; le reste suivait la route de Saint-Calais au Mans jusqu'à Saint-Hubert-des-Rochers, où il capturait un convoi de vivres abandonné par la division Paris. A ce moment, les Allemands étaient attaqués de front.
La division Gougeard était rentrée le matin à Yvrél'Evêque. En vertu des instructions de Chanzy, Jaurès lui donna ordre de reprendre l'ofiFensive sur Thorigné, avec un bataillon de zouaves pontificaux (le 3®) et un bataillon de mobiles des C6tes-du-Nord. En même temps Paris devait se reporter sur Ardenay ; mais, dans Tétat où le combat du 9 avait mis la 2® division du 17® corps, cette dernière partie de l'ordre était inexécutable. Gougeard offrit de se porter luimême vers Ardenay, pour donner à Paris le temps de rallier ses troupes et de s'installer sur le plateau d'Auvours.
Laissant sa batterie de 12 et plusieurs bataillons à Yvré ou sur les hauteurs à l'ouest, il marcha vers Saint-Hubert, couvert par une avant-garde dont faisaient partie les zouaves pontificaux. Deux pièces allemandes qui tentèrent de l'arrêter furent vivement contre-battues par nos canons de montagne, pendant que les mobilisés de Lorient, de Rennes, le détache-
1. D'après Mallet (La Bataille du Mans), on était si près des Prussiens qu*on échangeait des signes avec eux. Des deux parts on avait l'ordre de ne pas engager l*action, mais on finit par s^envoyer des boules de neige en guise de projectiles.
ment du 25* de ligne s'engageaient successivement dans les bois des deux côtés de la route. L'ennemi (cinq compagnies) resta sur la défensive, tout en dirigeant sur Champagne un détachement de trois compagnies. Celui-ci délogea sans peine de Bourgneuf et de Champagne les trois bataillons de mobilisés qui y étaient établis ; ils furent refoulés jusqu'à Parance, au delà de THuisne, ou sur le plateau d'Auvours,
Cependant le but de sa démonstration atteint, Gougeard se retirait sur Yvré. A la nuit, il occupait la passerelle des Arches, les ponts de l'Huisne, et les hauteurs à l'ouest, en se couvrant d'un fort détachement à la station d'Yvré.
Le bataillon prussien dirigé sur Saint-Mars-la-Brière s'en était emparé vers midi, après un petit combat, et s'était joint à la colonne zu Lynar qui arrivait alors de Soulitré. Celle-ci se porta sur Champagne où elle entra à 6 heures du soir, non sans avoir livré plusieurs escarmouches le long de l'Huisne.
En apprenant l'évacuation de Champagne, Gougeard avait prescrit au colonel Bel, sur l'invitation de Chanzy, de reprendre, la nuit même, ce point aux Allemands. Cet ordre fut exécuté ; le détachement du 25® de ligne, envoyé comme soutien aux mobilisés, pénétra dans Champagne, que l'ennemi évacua en y laissant des blessés et des traînards.
Quant à la 12* brigade prussienne, elle s'établissait à Saint-Hubert, derrière des avant-postes qui s'étendaient de Champagne à Lune-d'Auvours ; la 11* cantonnait à Changé et le reste du HP corps vers l'est jusqu'au bois de Loudon. Les pertes de ce corps d'armée dépassaient 450 hommes, mais il nous avait fait plus de 5,000 prisonniers, et la possession de Changé lui permettait de couper en deux notre ligne, en séparant Yvré et le plateau d'Auvours de nos positions au sud-est du Mans. Pourtant sa situation n'était pas sans danger. Il pouvait être attaqué le lendemain sur ses deux flancs ; dans ce cas, il n'aurait à compter que sur l'intervention tardive du IX® corps. Ce dernier était, en effet, demeuré dans ses emplacements de la veille ^ Une colonne latérale qu'il avait
1. Ce qui s'explique malaisément ; V État-major prussien ne dit rien qui puisse en faire soupçonner le motif.
dirigée sur Connerré, par Thorigné, s'était rabattue vers Nuillé à Tannonce de roccupation de Connerré par le XIII® corps. '
Comme on Ta dit plus haut, ce corps d'armée avait reçu l'ordre de se porter en avant par les deux rives de l'Huisne ; la 17® division devait continuer à suivre la route de la Ferté-Bernard au Mans ; la 22® franchirait l'Huisne à Sceaux. Si nous tenions ferme à Connerré, elle s'avancerait vers Beillé, le long de la ligne ferrée de Paris au Mans. Le détachement du colonel von Beckedorff, envoyé la veille à Saint-Hilaire et à TuflFé, se porterait sur la route de Bonnétable au Mans, pour soutenir la 4® division de cavalerie.
De grand matin, les reconnaissances de la 17® division trouvaient Connerré déjà occupé par la colonne von Rauch. Cependant, vers 4 heures, quand la 17® division s'y rassemblait, elle constatait la présence de troupes françaises à la station et dans les fermes voisines, sur la rive di'oite de l'Huisne.
En effet la 2® division du 21® corps n'avait pas quitté ses emplacements de la veille, entre l'Huisne et la Chapelle- Saint-Remy. Pour ne pas la laisser sur son flanc droit, von Tresckow prescrivit à la colonne von Rauch de passer la rivière, de nous déloger et de marcher sur Pont-de-Gennes, le long de la voie ferrée. En même temps, l'avant-earde de la 17* division suivrait la route du Mans.
Rauch avait à peine franchi l'Huisne qu'il reconnut les difficultés de sa tâche. L'un de ses bataillons réussit pourtant à enlever la station de Connerré et les bâtiments voisins, que défendaient des fractions de la 1'® brigade du général Colin; un autre gagna du terrain dans un bois voisin, mais sans pouvoir atteindre la crête des hauteurs.
Cependant, après avoir passé l'Huisne à Sceaux, vers 8 heures, la 22® division avait marché par Saint-Hilaire sur Beillé, par des chemins fort difficiles. De ce point, von Wittich détacha d'abord deux bataillons pour soutenir la droite de Rauch. Mais la brigade Villain et la droite de la brigade des
Moutîs ^ prenaient l'ofFensive à plusiears reprises, et les Allemands étaient contraints de renforcer leur ligne de deux nouveaux bataillons. Ils parvenaient alors à déloger du château de Couléon le 9* bataillon de marche de Tinfanterie de marine, non sans une vive résistance. D'ailleurs ils ne pouvaient aller plus loin et ne maintenaient leurs positions qu'avec peine. Sur Tordre du général Colin, le lieutenantcolonel des Moutis avait fait appuyer vers la droite une partie de sa brigade avec une batterie de 4. Leur intervention obligea Wittich à porter en ligne deux nouveaux bataillons.
Le combat se prolongea ainsi, sans avantage marqué, jusqu'à la nuit. La gauche allemande s'empara de la CourtîUière et de RoUin, ainsi que du bois au sud du Chêne ; mais la ferme du Chêne et le hameau des Cohernières restèrent à la division Colin.
Cependant l'avant-garde de la 17* division, fortement retardée par le verglas, n'avait atteint la Belle-Inutile qu'à 1 heure. Elle reconnut alors que des troupes françaises (1'* division du 21* corps) occupaient les hauteurs de la rive droite, de Lombron à Fatines, ainsi que Montfort et Pont-de- Gennes. Deux batteries ouvrirent le feu contre elles du sud de Piolay , mais sans résultat. La 1 7* division se borna donc à cantonner dans Connerré et le Luart, derrière des avantpostes établis de la Belle-Inutile à Soulitré.
Quant à la 22^ division et à la colonne von Rauch, elles s'établissaient dans Beillé, Vouvray et Sceaux, en se couvrant d'avant-postes qui passaient par Courtillière, Rollin, le château de Couléon, la Batterie.
Enfin, suivant les ordres du grand-duc, la colonne von BeckedorflF s'était portée de Tuffé, par Prévelles, sur Bonnétable. Elle occupa ce village après en avoir délogé des francstireurs, et marcha ensuite sur Savigné. La nuit tombait
1. Celle-ci engagea successivement le 59^ de marche, le d^ balaillon d'infanterie de marine, le 2« et le i^^^* de rOrne, le bataillon du 41<) de ligne et 1 batterie de 4. Il faut citer un fait caractéristique : on craignait pour nos canons en raison de Tétat des chemins, et Jaurès les fil renvoyer à Saint-Corneille, avec les convois. Le il, la brigade des Moutis conserva seulement 2 pièces de 4 (des Moutis, ouvrage cité).
quand, au nord de Chanteloup, elle se heurta aux avant-postes de la 3" division du 21' corps. Ceux-ci furent refoulés, non sans une vive résistance, par deux bataillons avec une section d'artillerie. La colonne cantonna ensuite dans Chanteloup, mais pour être tenue en éveil toute la nuit par des escarmouches.
Derrière elle, la 4* division de cavalerie atteignait Bonne table et la 12' brigade se rassemblait à Bellême. Ainsi, la cavalerie allemande était éclairée par son infanterie. La saison et l'état des routes n'expliquent qu'imparfaitement ce renversement des choses*.
A l'aile opposée des Allemands, le X* corps s'était avancé, en deux colonnes, de Vancé et de Drives sur Grand-Lucé. La difficulté des chemins ne lui permit d'y arriver que vers 2 heures. Il y cantonna, laissant derrière lui, à Vancé, la 14' brigade de cavalerie. La nuit suivante, un petit détachement de chasseurs et de pionniers alla détruire au sud d'Ecommoy la voie ferrée de Tours au Mans.
De notre côté, Barry était arrivé à Mulsanne que certains de ses corps avaient même dépassé . Il y reçut un ordre de Chanzy lui prescrivant de marcher au canon, si le temps lui manquait pour aller prendre sa place à la droite de l'armée, vers Arnage. De Château-du-Loir, l'amiral Jauréguiberry avait pu conduire à Ecommoy 9,400 hommes environ, provenant de plusieurs des colonnes qui revenaient du Loir. Il laissait à Château-du-Loir, pour y attendre Curten, le général de Tucé avec une faible brigade de cavalerie et 400 hommes d'infanterie. Curtan, qui venait de parcourir 28 kilomètres par des chemins difficiles, n'atteignit Château-du-Loir que le 10. Désormais il était à peu près impossible qu'il arrivât au Mans en temps opportun et Chanzy lui prescrivit de continuer vers la Suze.
Par une sorte de fatalité, depuis le 6 janvier, la santé du
1. Les combals du lu janvier n'auraient coûté au XIII<) corps que 4 officiers et 52 hommes (Élat-major prussien).
D'après Chenu, nous aurions eu 6 officiers tués, 51 blessés, et 1,370 hommes hors de combat dans les différents combats du 10 janvier.
général en chef laissait beaucoup à désirer, et cette circonstance n'était pas sans exercer une certaine influence sur les événements. Il avait pourtant fait de grands eflforts pour renforcer nos positions. Des épaulements, des tranchées-abris, des coupures, des abatis étaient préparés sur un grand nombre de points ; les corps restés autour du Mans après le départ des colonnes mobiles avaient reçu les vivres, les effets et les munitions qui leur manquaient. Des batteries de 7 ou de mitrailleuses renforçaient Tarmée; Tartillerie et la cavalerie recevaient des chevaux de remonte. Par suite des envois des dépôts, Peffectif des corps s'était de nouveau accru. Enfin, comme nous l'avons dit, le camp de Conlie avait été levé. Mais au lieu d'en tirer 60,000 combattants, ainsi qu'il y comptait, Chanzy n'avait pu diriger sur le Mans que 9,000 à 10,000 hommes \ mal armés, mal équipés, à peine exercés, sans cadres sérieux et manquant même de cartouches lors de leur arrivée.
Pourtant Chanzy voulait livrer une bataille défensive sur les positions du Mans ; il comptait y tenir quatre ou cinq jours au moins jusqu'à ce que Frédéric-Charles, épuisé, se mît en retraite. Avec les 19* et 25* corps, avec les mobilisés qu'il pourrait encore tirer de Bretagne, il reprendrait alors l'offensive et marcherait sur Paris. Dans sa pensée, ce mouvement devrait coïncider avec la période décisive des opérations de l'armée de l'Est. Aussi, dans une lettre du 10 janvier à Jules Favre et au général Trochu, Gambetta annonçait-il pour le 20 au plus tard un ensemble de mouvements ayant Paris pour objectif et mettant enjeu un total de 425,000 hommes. Par une dernière ironie du sort, cette dépêche ne parvint à son adresse que le 27 janvier, la veille de la capitulation !
Le moral d'une grande partie de l'armée laissait fort à désirer.' Jaurès écrivait à Chanzy (10 janvier) que, d'après le général Rousseau, ses troupes étaient incapables de combat-
1. Les 6 bataillons du gëDéral de la Lalande, qui furent placés à la Tuilerie, et une petite brigade de 8,000 à 4,000 hommes (la 8« de la division Gougeard), restée à Touest du Mans, et qui prit position à Ârnage.