III. — C. MARIUS, MARTHE ET JULIE
Essayons, à présent que nous connaissons les Baux, de retrouver à l'aide de l'histoire et de la tradition le portrait (les personnages que nous cherchons.
CAÏUS-MÀRIUS.
« Une image de Gaïus-Marius à Ravenne , ville de la « Gaule, représente naïvement cette vigueur et austérité « de nature et de mœurs que Ton dit avoir été en lui : car. « étant né robuste de sa personne, enclin aux armes, il « avait été nourri à la guerre en discipline militaire.
« Il était de fort petit lieu, né de père et de mère paua vres, qui gagnaient leur vie à la sueur de leur corps (1). « Son corps , endurci par la pauvreté aux privations et « aux fatigues, avait acquis une vigueur proportionnelle à « celle de son esprit (2).
a Le peu de barbe qu'on voit a l'extrémité des joues, et « la chevelure qui couvre une partie du front, donnent à « cette physionomie une expression austère qui convient « Irès-bien au caractère de Marins (3) .
(1) Velleius ajoute qu'il était âpre et hérissé àepoiÏA ^hirtus^tUque horridus, livre II, chap. XI.
\1) Iconoffraphde ronunne, p. 43. Velleius, liv. II, chap. XIII. (3) Iconog. rom., p. 49.
a A son retour d'Espagne, il épousa Julie, de la noble et a illustre maison des Césars, de laquelle Jules César fat « neveu, etc., etc. Il fut s'embarquer à Utique , lorsqu'il « quitta l'Afrique pour aller à Rome briguer son premier (( consulat ; et là , avant de s'embarquer, il sacrifia aux « dieux, et le devin lui dit que les dieux, par les signes des a sacrifices, lui promettaient une prospérité incroyable et <x si grande qu'il ne l'oserait espérer. »
Et plus tard , dans le camp de Glanum , lorsque ses soldats a demandent à combattre les Barbares qui détruic saient et saccageaient leurs amis et alliés , il leur fait « répondre , que par avertissement de quelques prophéties et oracles des dieux , il attendait le temps et le lieu « propre à la victoire. »
Cette esquisse de Plutarque nous donne , au physique comme au moral , le portrait exact de Marius : petite taille, le cou fort et musclé; il a épousé la fille des Césars, et il ne fait rien sans consulter les oracles.
Consul, il doit être vêtu, suivant l'usage alors existant, de la toga neque fusa neque restricta, ni longue ni étriquée (1); il doit avoir la tête découverte comme tout Romain revêtu de la toge (2), et la chevelure courte.
Visconti donne, dans son Iconographie Romaine, le buste de Marius gravé sur une pâte antique de verre, en observant a qu'il n'est point T ouvrage d'un artiste con- « temporain, toutes les statues qu'on lui avait élevées de a son vivant ayant dû être abattues à sa mort ; mais que a c'est probablement une œuvre du IP ou IIP siècle ,
(1) Rich,, par Gherruel, p. 650.
(2) Togati niido capite incedebant ; Octavii Ferrari de re vestiaria Palavii. 1654, t. 2, p. 40.
« César, après la défaite de Pompée à Pharsale, ayant « rétabli de nouveau les monuments de l'ancien chef 9 d'un parti dont les restes avaient combattu et triomphé « avec lui.
<i César fît paraître, dans le convoi funèbre de Julie sa « tante, veuve de Marins, l'image de ce chef : ce fut la « première fois que le public la revit, après la victoire de « Sylla. »
Et il ajoute (observation qui s'applique plus encore à l'image que nous donnons qu'au portrait de la pâte antique) « que le peu de barbe qu'on voit à l'extrémité des joues, (( iCt la chevelure qui couvre une partie du front, donnent u à cette physionomie une expression austère qui convient (( très bien au caractère connu de Marins (1), » l'homme au cœur « féroce et ambitieux. »
(( Les recueils iconographiques présentent cependant « des portraits de Marins; mais les antiquaires n'en éta- « blissent la ressemblance que sur des conjectures vagues, « tirées uniquement du caractère rude et sévère de ces (( têtes (2).
L'image que nous donnons est donc la seule qui ait survécu à la destruction de toutes ses statues ; c'est l'unique monument du consul dont les triomphes , la gloire et les proscriptions ont tour à tour fait tressaillir et trembler Kome.