‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 9 sur 31 · I. — PREUVES MATÉRIELLES · texte numérisé non relu

I. — PREUVES MATÉRIELLES

ou CAMP DE M4RIUS

Si Ërnaginum (Saint-Gabriel) est le port des Fosses-Mariennes, le dernier campement où Marins attendit les Barbares qui retournaient d'Espagne, comme nous espérons ravoir démontré, nous devons retrouver les traces du long séjour qu'il y fit, car les Romains, grâces leur en soient rendues, ne quittaient jamais un lieu témoin de faits mémorables sans laisser de leur passage une éternelle empreinte.

11 existe en effet, au village des Baux, là même où dans notre pensée, comme au point de vue stratégique, était le centre de l'armée romaine, deux stèles qui nous paraissent être les monuments confirmatifs que nous cher* chons , lesquelles représenteraient Marins , Marthe sa prophétesse, et Julie sa femme, les trois personnages de Plutarque dont la légende, trompée par une similitude de noms, a fait les trois Maries.

Nous allons donc interroger successivement les lieux où se trouvent ces monuments, ces monuments eux-mêmes, les traditions populaires, les récits de Plutarque et de Raban-Maur, pour connaître les noms, les costumes elles

attributs des personnages que nous cherchons, que nous devons trouver, si notre première proposition est vraie, si Ernaginum est bien réellement le port des Fosses-Mariennes.

On sera surpris de nous voir chercher nos preuves historiques dans Raban-Maur, lorsqu'il s'agit de Marins : c'est lui pourtant, nous devons le reconnaître, qui nous a donné la clef de l'énigme de la stèle des Baux , que d'autres avant nous n'avaient pu déchiffrer parce qu'ils avaient négligé cette source.

La Vie de sainte Marthe, qu'on attribue à Raban-Maur, archevêque de Mayence, en 856, quoique très-certainement apocryphe, est cependant la seule qui remonte jusqu'à l'origine de la tradition ; qu'elle ait été ou non (( copiée sur une ancienne vie de Marie-Madeleine, écrite (( par un écrivain anonyme au V^ou VP siècle, » elle n'en rapporte pas moins a ce qui était admis sans contradict tion et comme un fait indubitable dans les VHP et IX' •« siècles (1 ) . »

Si donc, ces récits, quels qu'en soient l'auteur et la date, rapportent certaines particularités remarquables du costume étrange et de la vie de sainte Marthe, non décrits par Plutarque, qui nous aident à reconnaître la Marthe de la stèle des Baux, c'est que les populations , frappées de ces singularités, ont dû en conserver le souvenir jusques à un temps très-rapproché de nous, et que nous devons les considérer comme authentiques, s'ils concordent avec les monuments que nous avons sous les yeux.

Nous nous appuierons donc indistinctement sur Plutarque et sur Raban-Maur pour reconstituer cet étrange

(1) Mon, in., t. !•% p. 48 et 397.

personnage qui n*a certainement qu'une seule et même origine, quoique Thistoire et la légende en fassent deux typesr qui, de prime abord, paraissent tout à fait dissemblables.

Quel que soit, du reste, Tauteur de cette vie, nous continuerons à lui donner le nom de Raban-Maur, sans attacher cependant à cette dénomination plus d'importance qu'elle ne mérite.

§ II. — LES BAUX (i)

Marins est à Ernaginum (Saint-Gabriel), au port des Fosses-Hariennes ; il fait une guerre défensive ; son armée s'étend sur les deux versants nord et sud des Alpines ; au nord, jusqu'à Glanum (Saint-Remy) ; au sud , jusqu'aux Baux.

C'est là, qu'après avoir traversé les « Alpes, à son retour « de Rome, où il fut forcé de s'en aller lui-même à la mort • de son compagnon au consulat, Orelius-Orestes, » Marins attend l'immense tourbe des Barbares qui arrivaient d'Espagne, marchant à petites journées, traînant après eux tous les impedimenta d'une aussi grande multitude.

Ce campement étant naturellement défendu, au nord, au sud et à l'ouest, par les étangs que formaient les Fosses- Mariennes, l'armée romaine devait être massée à Test, seul côté par où elle pouvait être attaquée, et, dans cette

'A) Bau est un nom générique fort commun en Provence qui signifie escarpement, précipico Stat., t. 3, p, 132. Il y a le Bau do Marius. à Roquefavour; le Bau de Bretagne, à Sainte-Victoire, etc., etc.

hypothèse, le village actael des Baux, avec ses vallons débouchant au nord et au sud, en formait nécessairement le centre.

Aucune autre armée romaine, avant Marins ni pendant répoque consulaire, n'a fait là un aussi long séjour; aucun personnage consulaire autre que Marins n'a pu y faire une pareille guerre ni une aussi longue résidence (1).

Si donc nous trouvons dans cette station si favorable aux opérations militaires de ce général, quelque monument de cette époque, nous devons d'avance et à priori, les lui attribuer jusqu'à preuve contraire, car ils ne peuvent être que de lui.

Mais comment expliquer que Plutarque parle d'une simple image de marbre de Marins, qu'il a vue à Ravenne, ville de la Gaule, et qu'il ne dise rien de la stèle plus complète des Baux, lorsqu'il décrit si bien le costume de Marthe, qu'on dirait qu'il l'avait sous les yeux pour la peindre î

La réponse est facile : Ravenne était une ville importante, où Plutarque était allé lui-même, où rien ne passait inconnu, tandis que le campement des Baux était une station isolée, perdue dans la montagne, où tout souvenir s*effaça avec le départ de Marins.

Les stèles des Baux n'avaient pas, du reste, l'importance d'une statue ; celle-ci était un monument public, qu'on n'avait pas le droit d'ériger sans la permission du Sénat, tandis que les stèles des Baux sont Tune un autel des sacrifices, l'autre un autel votif sur lequel Marius a pu faire figurer la prophélesse et sa femme, une invocation à la

(1) Sextius-Galvinus soumit le premier les Salyens et jeta les fondemonts d'Aix, Tan 602 de Rome.

Victoire (1), que les plaines d'4ix et de Poarrières, le monument dont nous parlerons plus tard, et le mons Victoriœ, devaient faire bientôt et facilement oublier.

Le silence de Plutarque sur les stèles des Baux n'a donc rien de surprenant, tandis qu'on ne s'explique pas celui des auteurs sacrés qui semblent s'être concertés pour laisser dans l'oubli, et la légende des Baux et les monuments qui lui ont donné naissance.

Les curieux, les savants , les poètes qui ont visité le Midi , connaissent tous le fantastique village des Baux ; mais qui donc allait voir la stèle représentant, d'après la tradition, les trois Maries?

Qui donc pouvait s'arracher au magique spectacle de cet immense panorama , pour aUer à la recherche d'un débris mutilé qui ne rappelait aucun souvenir? *

En rétablissant les Fosses-Mariennes à leur véritable place, en reportant à Ernaginum le port et le camp de Marins, qu'on croyait à Fos , nous avons fait parler le sphinx, nous avons déchiffré son énigme.

Et désormais, ni l'entassement cyclopéen de sroches superposées; ni ce monceau de ruines, aire démantelée d'un vassal toujours en révolte contre son suzerain ; ni les lointains mirages, ni les écharpes d'or des étangs et de la Méditerranée qui bordent l'horizon, ne retiendront plus le touriste, l'antiquaire, avides d'émotions, qui sentiront sous leurs pieds la stèle de Marins, du triomphateur

(i) Les sacrifices de propitiation sont les plus fréquents , par la raison que Ton n'entreprend aucune affaire publique sans consulter les dieux et sans chercher à se les rendre propices ; non-seulement un général avant de se mottre on campagne, accomplit de tels sacrifices à Rome, mais oncore dans son camp, à la tAte de son armée ot avant de livrer bataille.-" Dezobry, t. 2, p. 127. Duchoul, Lyon 1580, p. 48 et 49.

de JugUrtha, du vainqueur des Ambrons, des teutons et des Cimbres , de Texilé caché dans les marais de Minturne ou assis sur les ruines de Carthage ! Quel plus beau campement pour Tarmée ! Quel plus beau site pour la tente du général ! Quel plus fantastique séjour pour la prophétesse rendant ses oracles au milieu de ces immenses dolmens, de ces menhirs gigantesques soulevés par les titans ; de ces voûtes formées d'entassements de blocs superposés fouillés en écussons de toutes formes, de toutes dimensions , en monstres impossibles, vrai cahos, amoncellements sublimes 1

Rien ne manquait à ce merveilleux séjour : ni les eaux limpides et pures des sources intarissables ; ni les hauts escarpements, ni les vallées profondes, ni les horizons infinis, ni la Grotte-des-Fées (1 ) dont la tradition populaire a conservé le souvenir, où Marthe rendait ses oracles, et dans laquelle MM. de Boutigny,d'Hyères et l'Anglais Hardcastle ont découvert de nombreux débris de poteries romaines» et des spécimens de l'âge de pierre.

Marias étaittropambitieux, trop jaloux de sa renommée, pour ne pas laisser dans ce site admirable que le Dante a chanté [2] et d'où il apercevait déjà les cimes élevées du Mom^Victoriœ (3), un éternel témoin de sa piété et de sa haute fortune.

Les princes des Baux, se disant issus de Balthazar, un des trois mages , celui qui offrit l'or au nouveau né de Bethléem , portaient sur leur écu : d'un côté, un cavalier tenant un bouclier, et s'élançant l'épée nue dans la main; et deTautre, de gueules à l'étoile à seize rais d'argent (Pitton).

[\) Stat, t. 2, p. 1451.

(2) Description de l Enfer; Mireto^ de Mistral , chant XI, note 6, p. 507. '^3) L'ancien cabaret des Baux est à + 209-07 au-dessus du niveau de la mer.

Ces petits princes seraient restés dans la vérité historique, slis s'étaient contentés de riiiustralion de leur capitale et de sept rais à leur étoile, en souvenir des sept consulats de Marins.

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