‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 14 sur 31 · II. — LE DERNIER CAMP DE MARIUS · texte numérisé non relu

II. — LE DERNIER CAMP DE MARIUS

Puisque nous savons que le dernier camp de Marius ne peut être ni à Fos, ni à Champtercier, ni en Camargue, ni même à Arles ; qu'il est au contraire sur le flanc des Alpines, à proximité du port des Fosses-Mariennes, recherchons en quel lieu ce camp faisait face à la roule que devaient suivre les Barbares, et en quel lieu par conséquent ceux-ci lui ont donné l'assaut.

tt Lorsque Marius eut appris l'approche de l'ennemi,

il songea à fortifier son camp sur les bords du Rhôue pour Ty attendre.

Ernaginum était bien en effet sur les bords de ce fleuve, au point de vue de Plutarque, si on admet avec nous qu'il a pris la Durancepourle Rhône ; et quoique sur ses bords Tarmée de Marins fût bien placée pour surveiller les Barbares, elle était cependant assez éloignée de la branche principale du fleuve pour ne pas gêner leurs mouvements.

Ernaginum était une position centrale, s'imposant d'ellemême à Thabile général qui avait acquis une parfaite connaissance des lieux par un séjour de trois années dans cette partie de la Gaule. »

De ce campement, qui n'était qu'à quatre kilomètres de Tarascon, l'armée pouvait au gré de son chef se cantonner dans les retranchements les plus réduits, dans ceux des Baux, par exemple, ou rayonner au nord comme au sud des Alpines, jusqu'à Glanum, sur une longueur de 17 kilomètres et avoir ses communications libres avec le sud par les défilés des Baux et de Glanum.

Ce poste commandait la plaine dd Tarascon par où devaient déboucher les Barbares, comme nous l'avons précédemment établi, et c'est entre cette ville et le confluent de la Durance qu'ils devaient traverser le Rhône, si ce passage ne leur était pas disputé.

Marius pouvait donc de ce campement surveiller leurs mouvements, les précéder ou les suivre, et recevoir par le Rhône, par la Durance, par terre et par mer toutes ses subsistances. Ces voies d'approvisionnement lui étaient en effet nécessaires , indispensables , car nous savons « qu'il ne voulait pas être amené à la bataille faute de (( vivres. »

Les immenses bancs de poteries, les nombreux tom-

beaux, la grande quantité de médailles qu'on trouve accumulées sur les deux versants des Alpines, qu'on ne comprendrait pas sans cela, s'expliquent par le séjour prolongé d'une armée, et des populations accourues de toutes parts pour s'abriter derrière elle.

Mais si Ernaginum était la base d'opérations de l'armée, le port où arrivaient les vivres, là n'était pas le camp retranché qu'attaquèrent les Barbares , car il n'aurait été abordable d'aucun côté, tandis qu'il devait au contraire être établi de manière à faire face h Tennemi ; et comme celui-ci avait la route tracée par Maillanne ou Eyragues sur Saint-Remy, pour aller retrouver la voie Aurélienne, c'est à l'ouest de cette dernière ville que ce- camp dut être assis dans la direction du chemin des Antiquités. \

Le camp de Saint-Remy n'avait pas, comme la généralité des camps romains, h forma quadrata equilatera de Polybe (1); n'ayant besoin d'être défendu que d'un seul côté, de Test, il avait été misa Tabri de toute attaque par un fossé défendu par une palissade en bois (2) dont on trouve de nombreux profils dans V Histoire de Jules-César par Napoléon III (3).

Dans cette situation, la ligne de défense avait trois kilomètres de long; elle s'appuyait au sud, surGlanum aux Alpines, et au nord, sur les marais tenant aux Fosses- Mariennes; elle avait pour fossé extérieur le torrent de Jonquerolles, qui devait courir droit au nord au lieu d'incliner comme il le fait aujourd'hui à l'ouest par le pont des

(1) Polybe Didot, 1839, liv. VI. Militia Romana, p. 32 et 33.

(2) Planches 3, 9, 20, 27 et 30. Voir encore Napoléon l"'; Précis des guerres de Jules César, t. 32, p. 5 ot 6. Voir en Qn : De la Castramétaiion chezles Romains; Duchoul, Lyon 1580.

(3) Ibid.

Antiquités, et formait ainsi an simple retranchement défendu par une palissade.

Mais si le camp de Glanum n'était pas un camp retranché dans le sens absolu que nous attachons à ce mot, c'est qu'un camp établi dans les conditions ordinaires « n'était (( rien, comparativement à ce que Marius se proposait de « fonder, de créer (1), » et que, d'autre part, il avait établi près de là, au centre même de son cantonnement, une place inexpugnable, une véritable citadelle où il pouvait en cas d'échec rallier ses troupes et braver encore ses ennemis.

On voit en effet aux Baux les restes de deux camps retranchés constjruits à pierre sèche, comme tous ceux que dans la contrée on attribue à Marius.

Le premier sur la montagne nommée Costa-Pera {Costa Peralta) qui est à l'ouest du village, et de l'autre côté du vallon ; on voit encore au centre de l'enceinte une citerne dont la paroi supérieure parfaitement intacte est d'une belle et bonne construction romaine.

Le second, assis sur le monticule au nord du village, est par son mur d'enceinte et les grottes qui l'entourent beaucoup plus considérable que le premier.

Enfln le plateau du village lui-même devait former l'enceinte principale de ce campement, mais ses défenses ont disparu sous les fortifications plus modernes et plus importantes des princes des Baux.

Les vallées des Baux sont presque aussi riches en débris de toute sorte que celles de Sainl-Remy; on remue partout, et autour des stèles et sur le plateau du village audessous du cimetière qui est la partie la moins fouillée, des

(\) Rhône et Danube^ lettre du maréchal Vaillant, p. 38.

médailles romaines et marseillaises, et de nombreux débris de poteries ; mais le morceau le plus curieux qui ait été trouvé aux Baux, est un magnifique casque en bronze, absolument pareil à celui dont est coiffée la Minerve antique; il appartient à M. le marquis de Lagoy, dans le cabinet duquel il nous a été permis de Tadmirer.

Peut-on admettre, ainsi que nous le supposons, que Marius ait abrité son armée derrière un simple retranchement? qu'il ait assis son camp dans un lieu plat, sur le versant des montagnes, dans une situation facilement accessible, et qu'il Tait défendu par une simple palissade quand il aurait aisément pu se retrancher aux Baux dans une position inattaquable?

La réponse à ces objections est facile. Marius n'avait pas le choix de son campement : il devait défendre son port et ses approvisionnements ; et en même temps se poster sur la route que devaient suivre les Barbares pour les attirer à lui, pour habituer « ses soldats à regarder les enne- (( mis et les accoutumer à voir leur contenance, leur mar- « cher, et ne s'étonner point d'ouïr leur voix et leur « parole qui était merveilleusement étrange et bestiale, et a aussi pour connaître la façon de leurs armes, et la ma- (( nière de les manier, » ce qui n'aurait pu avoir lieu si ce camp eût été situé dans une position inexpugnable.

Ce camp ainsi défendu et n'ayant qu'une face attaquable était du reste difficile à forcer. Ses derrières étaient assurés par les eaux des Fosses-Mariennes , par le défllé de Glanum, par celui des Baux où, en cas d'échec, l'armée pouvait se retirer comme dans un nid d'aigles, et par ces deux vallées, la route était libre jusqu'à Fos, jusqu'à Marseille.

Là enfin, comme à Ërnaginum, le camp de Marius était

sur les bords du Rhône, puisque les étangs arrivaient jusqu'au bas de la plaine, tandis que les Barbares avaient pour se déployer, « pour embrasser une grande campa- « gne d'alentour, pour se camper, » tout le territoire de Lagoy jusqu'à Eyragues, toute la partie est au-delà du camp romain par où eut lieu l'attaque, et qui a conservé le nom de Mourtissoun (mortui sunt], et enfin une portion du côté nord-est dans la direction de Maillane.

Ce campement bien choisi pour les deux armées laissait grande ouverte la route d'Aix, Marins ne voulant pas leur en barrer ni même leur en disputer le passage.

L'étroite vallée qui est au pied de Saint-Remy resserrée entre les marais, le plateau de la Crau et les Alpines, fait comprendre pourquoi les Barbares ont mis six jours à défiler devant l'armée romaine pour aller prendre la voie Aurélienne qui passait au sud de Saint-Paul, au nord de Glanum, au pied mêmedes Alpines; tandis qu'un aussilong temps ne se comprendrait pas, quel que fût le nombre des Teutons-Ambrons, si l'armée de Marins avait été retranchée à Fos et encore moins si elle avait été campée à Champtercier ou à Arles, comme le veut M. Desjardins (1 ) ; car dans le premier cas, les Barbares ayant toute la plaine pour se développer, auraient passé comme une nuée de sauterelles, tandis que dans les deux autres, la route leur aurait été complètementbarrée parles étangs. C'est donc à Saint-Remy qu'était le camp de Marius et qu'a eu lieu l'attaque des retranchements de l'armée romaine; celle-ci ne pouvait être que là, et les Barbares n'avaient eux-mêmes d'autre passage pour la route qu'ils ont suivie par Orgon et Lambesc; il est hors de doute, en effet, que c'est Marius lui-même qui, connaissant

(1) Desjardins. Notic hist.^ p. 43 et pi. IX ; Rh. et Dan.^ p. 36 et suiv.

parfaitement les lieux par un séjour de trois années, a tracé la route gue les Barbares devaient suivre, et choisi d'avance les champs de bataille où il devait les vaincre.

Il ne reste, il est vrai, à Saint-Remy aucuns vestiges des retranchements dans lesquels fut attaquée Tarméeromaine, tandis qu'on trouve d'immenses débris, des murs entiers de ceux de Fos, de Roquefavour, de Constantine et des Baux, etc., etc.; mais il n'est pas difficile d'expliquer cette différence.

Les camps retranchés dans lesquels Marins avait fait renfermer les populations, étaient, comme ceux des Baux, dans des sites escarpés, sur le sommet des montagnes, dans des lieux encore incultes aujourd'hui, tandis que le fossé de défense et la palissade de Saint-Remy étant en plaine, dans un pays très habité et formés de matériaux et d'établissements peu durables, disparurent bientôt sans laisser aucune trace.

L'existence de ce camp et le souvenir de cette première bataille expliquent pourquoi le nom de Marins est resté populaire à Saint-Remy , comme à Fos et à Fourrières ; pourquoi il est encore généralement porté dans ces deux pays comme nom patronymique; pourquoi enfin on lui attribue les deux remarquables monuments de Saint-Remy, l'arc de triomphe et le tombeau qui sont au-dessous de Tancien Glanum, comme si le sens intime des populations protestait contre l'injurieux oubli dans lequel a été laissé le grand nom du héros de ce premier combat , prélude heureux de cette mémorable campagne (1).

(I) Dèi^ le XVI" siècle, on pensait que Tare de triomphe d'Orange était aussi consacré à Marins et à Q.-Lutatius-Catulus, parce qu'on y lit le mot Mario ; on croyait retrouver dans un buste de femme le souvenir de Marthe. Ce sentiment était adopté par Mandajors, Spon, le P. Bonaventure,

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