‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 15 sur 31 · III. - PLAN DE CAMPAGNE,. MARCHE ET COMBATS · texte numérisé non relu

III. - PLAN DE CAMPAGNE,. MARCHE ET COMBATS

Il est facile par ce qu'en dit Plularque de se rendre compte du plan de campagne de Marins : il consistait à faire le vide devant les Barbares pour les affamer , et dans ce but, il avait commandé aux populations de tout détruire à leur approche , et de se retirer dans les camps retranchés qu'il avait fait préparer ou qui existaient déjà avant lui.

Ces camps à la construction desquels l'armée romaine et les populations avaient été employées pendant les trois années d'attente , étaient placés dans des lieux escarpés, pouvant être facilement défendus, et éloignés le plus possible des vallées que devaient suivre les Barbares ; et « l'armée romaine allait tous ces soirs camper sur leurs « traces se logeant à la queue le plus près qu'elle pouvait, » afin de les empêcher de dévier de la route qui leur était tracée, et d'attaquer les camps, dont quelques-tins contenaient les approvisionnements de Marins.

Ces camps étaient donc nombreux, dans cette partie de la Gaule, et c'est parce qu'on né s'est pas rendu compte de leur destination , qu'on s'est trompé sur la marche des armées et sur les opérations militaires qui n'avaient qu'un rapport indirect avec eux.

Guile, etc., etc. Lapise^ ex-Millin, t. 2, p. 136 et 141 . Les arcs de triomphe n'étaient pas encore en usage chez les Romains, sous Marins, et le fini de ces monuments laisse bien loin derrière eux le faire de l'ère républicaine.

Lorsqae ce système de défense fut préparé, Marias établit sa base d'opérations près d'Ârlath (1), à Ernaginum (Saint-Gabriel), sur le versant des Alpines, et se campa derrière un retranchement qu'il établit à l'ouest de la ville de Saint<Remy, appuyé : au sud, sur Glanum et les Alpines; au nord, sur les marais formant le prolongement des Fosses-Mariennes, et faisant face à Test pour recevoir Tennemi.

Les Barbares arrivent enfin d'Espagne ; ils traversent le Rhdne a Tarascon, et ne pouvant attaquer le camp de Marius du côté de l'ouest qui leur fait face , mais qui est défendu par les étangs , ainsi que le nord et le sud , ils suivent la Montagnette qui est au nord de la plaine, tournent le marais par Maillane ou par Eyragues et reviennent sur Glanum l'attaquer du côté de l'est. (Voir la carie.)

Dans eette situation, les deux armées étant campées face à face, les soldats éloignés seulement d'un jet de trait les uns des autres, pouvaient se voir, se défier, et, contrairement à l'assertion de M. Desjardins (3) qui traite de plaisanterie cette anecdote de Plutarque, échanger des bravades, une partie des auxiliaires de l'armée romaine étant de race ambronne, ainsi que nous le verrons plus tard, et pouvant par conséquent être comprise de ceux des Barbares qui avaient la même origine.

Marius ne se départant pas de la tactique qu'il s'était imposée, fit enfermer ses « soldats dans des retranche- « ments ; mais ceux-ci étant journellement insultés et dé- « fiés par les ennemis, ils se plaignaient qu'on se méfiait « de leur courage.

tt Marius leur fit répondre qu'il n'avait aucune méfiance

(1) Henry Martin, p. 73.

(2) Rh, et Dan., ^, 44.

(c de leur vertu, mais que par advertissement de quelques « prophéties et oracles des dieux, il attendait le temps et « le Heu propre h la victoire. »

« Les Teutons voyant que Marins ne bougeait nullement (( de ses retranchements , essayèrent de lui donner l'as- (( saut , mais ils se trouvèrent tellement accueillis, qu'ils a troussèrent bagage ; ils passèrent tout le long lé camp « des Romains ; on dit qu'ils demeurèrent six jours à « passer continuellement.

c( Quand ils furent tous passés et qu'ils continuèrent de « tirer toujours oultre droit leur chemin, Marins se mit à « les suivre tout bellement à la trace, se logeant toujours a à la queue le plus près qu'il pouvait , jusqu'à ce qu'ils « arrivèrent à la ville d'Aix, où Marins se prépara pour les « combattre.

De Saint-Remy, les Barbares ont leur route toute tracée; ils défilent devant le front du camp romain, et vont prendre au sud de Saint- Paul (des Mausoles) , au pied même des Alpines, l'ancienne voie Aurélienne, qui aboutissait par l'ouest a Ernaginum, et par l'est à Orgon. (Voir sur la carte la route suivie par les Barbares.)

D'Orgon (1), les Barbares se dirigent surSénas (Meta Marii). Là, ils ont le choix entre deux routes : la première obliquant à droite et suivant au sud la voie Aurélienne par Lamanon, Salon, Pélissane et Eguille {Acuhea), distante d'Aix de 18 milles, est certainement la plus courte; mais comme elle s'engage dans la Crau, dans des pays

(1) Il y a au territoire d*Orgon, près la Pierre-Plantade (ancienne borne milliaire) un quartier qu'on nomme Font-de-Marthe, en français, Fontaine-de-Marthe, oii nous avons trouvé de nombreuses substrusions romaines, et une masse d'eau considérable, en creusant le canal des Alpines.

arides et inculles, ii est peu probable qu'elle ait été suivie, en admettaut même qu'elle existât déjà à cette époque.

On doit croire plutôt qu'ils ont continué à tirer droit devant eux , de Meta ilarii à Lambiscœ (Lambesc) (1), pays plat, en très grande par^ cultivé, offrant par conséquent une route plus commode, plus sûre, et ayant conservé par son nom le souvenir de cette tradition (SI).

De Lambesc, les armées ont*elles marché directement sur Âix par la voie que suit la route impériale, n''?, de Paris à Antibes? Nous ne le pensons pas.

La plus ancienne voie romaine aboutissant à Marseille, au lieu d'arriver directement à Aix, comme la route actuelle, s éloignait sensiblement de cette direction ; de Lambesc elle se dirigeait sur Fons Marii (3), la troisième station (4), à proximité de Saint-Cannat; elle obliquait de là au sud par la vallée dé la Touloubre et Eguille(5) et passait par les Milles et Septèmes (6) pour arriver à Marseille , tandis qu'une bifurcation se détachant des Milles (7) se dirigeait sur Aix, et de là vers l'Italie par Tegulata et Turris jusqu'à Nice.

La voie romaine, qui reliait Marseille et Aix avec les

(1) Où Bouche signale rinscription suivante, qui est incontestablement postérieure à la triple victoire, mais qui n'en est pas moins un hommage à la mémoire de Marius : TripUd vktmœ C. Marii redienti$ ab Helvetiis, t. !•', p. 209 et 421.

(2) Stat.y carte de la Gaule, pi. IX.

(3) Ibid,

(4) Ibid.

(5) Carte routière de Bonnet, Marseille 1867.

(6) Sto^., carte de la Gaule.

(7) « Millia (les Milles) tire son nom d'une borne milliaire dont on « trouve encore les débris tout près du pont; cette borne était la qua- « trième, en partant d'Aix pour venir à Marseille. » Sto^, t. 2, p. 867 et 309.

Milles, n'était donc ni la route impériale actuelle qui arrive au nord de cette dernière ville, ni une route qui par Saint- Chamas, le Pont-Flavien et Roquefavour, aurait abouti aux Milles, mais celle qui, de Saint-Cannat et d'Eguille, arrivait à cette dernière station , et dont on trouve encore des traces (1).

C'est, en effet, la seule qui donne l'explication de la bataille et rende intelligible le récit de Plutarque qu'on ne saurait comprendre dans les deux autres hypothèses.

Car, dans la première , si les armées arrivent à Aix par la route impériale, elles ont à rétrograder pour descendre dans la plaine des Milles, ce que ne pouvaient faire les Ambrons sans s'exposer à être coupés, par les Romains , des Teutons qui les précédaient.

Tandis que , dans la deuxième , si elles arrivent par Roquefavour (S), elles campent à leur gré sur la rive droite ou sur la rive gauche de la rivière ; dans les deux cas, elles se choquent de Test à l'ouest et non du nord au sud, et les Romains ne manquent pas plus d'eau que les Barbares, puisque les deux armées ont suivi la même route, toutes hypothèses qui sont contraires aux récits de Plutarque.

Il faut, en effet, pour que les Ambrons rompent leurs rangs en traversant le Lar (3) pour attaquer les Romains, qu'ils soient campés sur la rive gauche de cette rivière , et qu'il y ait, par conséquent, sur ce bord une plaine suffisante pour leur campement, comme l'est celle des Milles.

Il faut, de plus, que Tarmée romaine soit campée sur les coteaux arides de la rive opposée où elle manque d'eau ; assez rapprochée de la rivière pour que Marins puisse la

(1) Statut 2, p. 309.

(2) Stot., t. 2, p. 263 ; Bouche et presque tous les historiens.

(3) DeLam.

leur montrer , pour que les valets soient tentés d'aller y puiser, el assez près du camp des Barbares pour qu'on puisse entendre leurs cris et les hurlements des bêtes de charge, la nuit qui suivit le combat dont nous allons parler, ce qui n'est possible que si les Romains sont campés sur les collines bordant la plaine des Milles, lorsqu'on y arrive par Eguille.

La plaine au sud de la ville d'Âix et au nord de la rivière, ne remplit pas mieux les conditions exigées pour ce champ de bataille ; l'armée romaine , qui dans ce cas aurait été campée sur les hauteurs dominant au nord cetle ville , aurait été trop éloignée de la plaine ; Marins n'aurait pas pu montrer à ses soldats la rivière qui coulail tout au long du camp des ennemis, parce que la distance aurait été trop grande pour l'apercevoir ; les valets n'auraient pas pu y aller puiser de l'eau, puisqu'ils en auraient été séparés par le camp des Barbares, et les Barbares euxmêmes n'auraient pas eu besoin de la traverser pour engager le combat puisqu'ils se seraient trouvés sur la même rive que l'armée romaine.

Quant aux autres hypothèses d'après lesquelles la bataille d'Aix aurait eu lieu soit au vallon de Pinchinat (1), soit à Meireuil (SI), comme elles sont en contradiction avec le texte de Plutarque, et que ces étroites vallées n'auraient pu loger un aussi grand nombre de combattants, nous ne nous attarderons pas à les discuter.

Ainsi donc, les deux armées sont descendues aux Milles par Eguille ; les Barbares se sont campés dans la plaine au sud du Lar, tandis que les Romains sont restés

(l),Sta*., t. 2, p. 264.

(2) Ibtd,, p. 872.

sur les coteaux au nord, et c'est dans ces conditions qu'à eu lieu la bataille.

Voici, en effet, comment s'exprime Plutarque sur les dispositions de Marins :

a Si choisit Marius un lieu qui était fort d'assise pour « loger son camp , mais il y avait faute d'eau , et le fit « expressément à ce qu'on dit , afin d'éguiser encore plus c< le courage de ses soldats : plusieurs le trouvaient mau- « vais, lui rencontrant qu'ils seraient en danger d'endurer « grande soif , s'il se logeait là : auxquels il répondit , en « leur montrant une rivière qui coulait tout au long du « camp des ennemis , qu'il fallait aller boire avec son « sang.

« Ce qui fit dire que la première bataille fut donnée « plutôt par cas d'aventure que de propos délibéré , ni «, par le conseil du capitaine en chef. »

Mais pourquoi Marius a-t-il choisi ce campement, puisque ses soldats devaient y manquer d'eau ? Pourquoi n'at-il pas obliqué à droite pour éviter les Barbares et se rapprocher du Lar? Cette manœuvre lui était facile et n'aurait en rien modifié sa tactique ! . . C'est qu'il avait un motif plus sérieux que celui d'aiguiser le courage de ses soldats; le manque d'eau fut l'occasion dont il se servit pour se faire forcer la main par son armée, laquelle n'ayant plus peur des Barbares, se lassait de les suivre ainsi à la piste. II trouvait par-dessus tout, l'occasion naturelle de livrer bataille avec toutes chances de succès, sachant qu'il n'aurait à faire qu'avec les trente mille Ambrons, séparés par les gorges situées au-delà d'Âix , des Teutons déjà arrivés dans la plaine de Fourrières.

Marius ne voulait pas que ses soldats engageassent la bataille qu'ils n'eussent fortifié leur camp ; mais les valets

étant descendus dans la plaine pour avoir de Teau, furent attaqués par les Barbares ; l'armée romaine se mit alors en mouvement pour les défendre ; il était environ deux heures après midi :

a La plupart des chefs ennemis étaient à dtner après « s'être lavés, et les autres étaient encore dans le bain à « se laver , parce que en ce lieu-là il y a force sources de <i bains naturels d'eau chaude. »

Les Barbares attaquèrent au cri national de Amrha I Amrha ! scandé par les Ambrons. « Ce cri fut répété par « les Gallo-Italiens au service de Rome , qui étaient issus « d'antiques tribus ambronnes refoulées jadis en Ligurie « par les Etrusques (1).

« Les Barbares ayant rompu leurs rangs pour traverser a la rivière qui est torrentueuse et profondément encais- (( sée , ils furent refoulés et culbutés dans son lit, et le a plus grand meurtre qui en fut fait fut sur le bord de la « rivière dedans laquelle ils se poussèrent les uns les (X autres , tellement qu'ils emplirent de sang et de corps « morts tout son lit ; et ceux qui purent repasser de « l'autre côté, n'eurent pas la hardiesse de se rallier <( pour faire tête , de manière que les Romains les me- « nèrent tuant et battant jusques en leur camp et à leur a charroi.

« Mais les Romains , après avoir défait la plupart des Ambrons , se retirèrent en arrière à cause que la nuit « survint. Les soldats passèrent la nuit en effroi à cause

(1) Henry Martin, t. 1", p. 750. — Plutarque ajoute : « Les premiers « des Italiens qui descendirent en bataille furent les Liguriens, de ceux « de la côte de Gênes^ qui leur répondirent aussi le même cri, parce qu'ils « disaient que c'était le nom général de toute leur nation. »

« des cris des Barbares et parce que leur camp n'était pas « retranché. »

Pendant qu'à la suite de cette première bataille, Marius craint d'être attaqué la nuit dans son camp qu'il n'a pas eu le temps de fortifier, quelle est la cause des « cris des Bar- « bares semblables aux hurlements des bêtes féroces, lestf quels mêlés aux hurlements des hommes et des besa tiaux, faisaient retentir les montagnes des environs? »

Cette cause n'est pas difficile à deviner. Les Ambrons, plus effrayés encore de leur sanglante défaite et de leur isolement, que les Romains ne pouvaient l'être de leurs cris, craignant en outre d'être attaqués le jour suivant, quittaient leur camp en désordre ; et c'est cette fuite précipitée pendant la nuit qui était la cause de ce grand tumulte, de ces hurlements d'hommes et de bestiaux.

Il est donc probable que les Teutons avaient déjà décampé au point du jour, que Marius put à son tour et dans la même journée parcourir le même trajet qu'eux, et occuper le soir les positions qu'il avait depuis longtemps choisies pour livrer une bataille décisive.

C'est ce qui explique comment deux grandes armées ont pu, à la suite Tune de l'autre, parcourir en une seule journée les XV ou XVI mil. (1 ) (24 kilomètres) qui séparent Aix de Tegulata, '« les soldats romains étant habitués à « faire XX et quelquefois même XXIV mil. en cinq heures, (c en portant un poids de 60 kilogrammes (â).

La deuxième et dernière bataille a donc pu avoir lieu , comme le dit Plutarque, le surlendemain de celle d'AixS)) ,

(1) XV, selon V Itinéraire d'Antonin, et XVI, d'après Peutinger.

(2) Montesquieu, Grandeur et décadence, — Végèce, Epitomœ rei mUitaris. Tite-Live, t. 1«, liv. 26.

(8) Et non le troisième jour, comme le prétendent la Statistique et d'autres auteurs.

Marius ayant voulu mettre à profit Tenthousiasme que ses troupes avaient puisé dans un premier succès et le découragement que devaient en avoir ressenti les Barbares.

Quelques auteurs (1) s'appuyant sur ce texte de Plutarque (( que les Barbares n'assaillirent pas Tarmée romaine (( la nuit qui suivit le combat, ni le jour suivant, ains ne « firent aultre chose que se préparer à la bataille, »> ont cru pouvoir en inférer qu il n'y avait pas eu de combat à Aix ; que les deux actions s'étaient passées dans la plaine de Fourrières, puisque d'après ce récit les deux armées n'auraient pas changé de place, « ains n'auraient fait aultre « chose que se préparer à la bataille. »

Mais la description des deux champs de bataille exclut cette trop judaïque interprétation. La première ne peut s'appliquer qu'à la plaine des Milles ; là seulement les chefs des Ambrons ont pu prendre des bains d'eau chaude; là seulement l'armée romaine a pu camper sur des collines où elle manquait d'eau ; là seulement enfin les deux armées ont pu se choquer du nord au sud, et les Ambrons être précipités et massacrés dans le Lar qui coule dans un lit profond, tandis qu'il est presqu'à fleur de terre dans la plaine de Fourrières, où l'action s'engage dans des conditions toutes différentes, l'armée romaine ne manquant point d'eau, étant campée non plus sur des collines, mais sur une motte de terre à côté du Lar, ainsi que nous allons le voir, et les armées se choquant de l'est à l'ouest.

Il faut donc reconnaître que les deux actions ont eu lieu sur des champs de bataille différents, quoique Flutarque se taise sur la m.arche des armées.

(1) Justin, Florus, VeUeius, liv. II, p. 83. Tiran.

Quelle route Marius a-t-il prise pour arrivera la plaine de Fourrières? A-t-il, comme il Tavait fait jusques-là, suivi rennemi pas à pas, se logeant toujours à la queue le plus près qu'il pouvait, ou bien inclinant à gauche par la vallée de Vauvenargues et le Pain-de-Munition, comme le suppose M. Tiran, est-il allé prendre position à Fourrières, pour lancer de là Marcellus opérer son mouvement tournant par Fourcieux?

Cette opinion ne nous parait pas soutenable; en prenant par Vauvenargues, Marius quittait la piste de son ennemi ; il faisait inutilement un grand détour par des chemins fort difficiles, et aurait paru s'opposer à sa marche.

Le mouvement tournant de Marcellus par Fourcieux ne se justifie pas davantage, et n'aboutit qu'à loger à l'est l'armée romaine qui doit être à l'ouest, car, suivant pas à pas l'ennemi, elle est arrivée la dernière dans la plaine.

La tactique de Marius est beaucoup plus simple ; en quittant Aix, il a marché sur la trace des Barbares qui continuaient à suivre la voie Âurélienne par le Tholonet, Beaurecueil, Chateauneuf où on la retrouve du VHP au XIIP mil., au bas de la colline du Sengle (1), en suivant à partir du IX** mil. la route actuelle n*» 7 de Faris à Antibes, passant à la Grande-Fégière (2), l'ancienne poste aux chevaux, à côté des débris d'un pont de construction romaine, qui est en aval de la grande route (3).

Les Barbares assirent leur camp à Tegulata (i), la Fetite-

(1) Stat., t. 2, p. 309, et carte pi. IX.

(2) Ou Péagière, de péage.

(3) Les auteurs de la Statistique ont cru lire sur Tune des pierres de ce pont : MAR. T. , Stat,, t. 2, p. 421.

(4) Tire son nom de la tuilerie dont on aperçoit les ruines, et non, comme le supposent les auteurs de la Statistique (t. 2, p. 309), du bouclier

Pégière, où esl le monument de Marins, à XV mil. (83 kilomètres) environ d'Aix, leurs chariots étant groupés autour de ce centre, de chaque côté de la rivière, et devant s'étendre dans toute la plaine jusqu'à Fourrières. " L'armée romaine s'arrêta, au contraire, à deux kilomètres en aval, entre les bornes de la route impériale n**« 318 et 319 en face du Cabaret-Neuf, là même où elle est coupée à angle droit par la roule de Trets à Puyloubier, à 2,000 mètres environ avant d'arriver à la Grande-Pégière.

Elle se déploya à droite et à gauche sur les mamelons qui s'étendent depuis le Lar qui esl au sud, jusqu'au pied des conlreforts de la montagne de Sainte-Victoire qui est au nord et dont le principal porle le nom deTrépanouïe.

Ces mamelons, véritables mottes de terre comme les nomme Plutarque, sont élevés de six à huit mètres audessus du sol de la plaine, avec laquelle ils se fondent en légères ondulations par une pente insensible et douce, ce qui explique et rendait facile l'engagement de la cavalerie dont nous parlerons bientôt.

a Et cependant Marius sachant qu'il y avait, au-dessus « du lieu où les Barbares étaient campés, quelques ca- « vins et quelques vallées couvertes de bois, y envoya (f secrètement Claudius-Marcçllus avec trois mille homa mes de pied, etc., etc.; les autres soupèrent quand il en « fut l'heure, et après souper, se reposèrent. »

Ce fut donc avant l'heure du souper, que Marcellus parlit avec ses trois mille hommes pour aller s'embusquer audessus du lieu où étaient les Barbares, ce qui prouve qu'il n'avait pas à faire un grand détour pour arriver sur les

en forme de tuile que portaient les statues de soldats qui étaient aux angles du monument de Marius ; les géographes de l'antiquité n'étant pas assez ignorants pour avoir confondu un bouclier avec une tuile.

derrières de Tennemi, et que les auteurs qui le font passer par Vauvenargues (1), par Peynier (2) et par Pourcieux, n*ont pas visité les lieux, et ne se sont pas rendu compte ni de l'heure à laquelle il est parti, ni de la situation respective des armées.

La route suivie par Marcellus est aussi simple que toute la campagne de Marins ; c'est la route de Puyloubier au Pain-de-Munition parle Puits-de-Rians, au-dessm du lieu où étaient campés les Barbares, qui est formée de cavins et de vallées couvertes de bois.

Nous avons fait ce trajet en moins de deux heures. Marcellus étant parti du camp avant souper a pu arriver encore de bonne heure au Pain-de-Munition, camp retranché dont nous allons bientôt parler.

C'est donc par Puyloubier, le Puits-de-Rians et le Painde-Munition que Marcellus a opéré son mouvement tournant pour prendre l'ennemi à revers, et c'est de cette dernière station qu'il est descendu le lendemain dans la plaine en passant par Pourrières.

La belle plaine de Pourrières dans laquelle s'engagea la bataille, est traversée dans toute sa longueur, de l'est à l'ouest, par la même rivière du Lar, qui coulant ici moins torrentueuse, est par cela même moins profondément encaissée qu'à Aix. Elle est bornée au nord par la chaîne de Sainte- Victoire, au sud par le mont Olympe et à l'est par des collines qui se superposent par étages successifs; tandis qu'à l'ouest, une suite de mamelons de 6 à 8 mètres grandissant et s'accenluant davantage à mesure qu'on se rapproche de la montagae, font moutonner la plaine de-

(i) SM., t.. 2, p. 264 et 5.

(2) nnd.

pais la Grande-Pégière jusqu'aux contreforts de Sainte- Victoire à Touest de Puyloubier.

La voie Aurélienne, remplacée aujourd'hui par la route impériale, traverse la plaine dans toute sa longueur, son suivant à peu de chose près le cours de la rivière (1).

Les alentours de ce vaste champ de bataille depuis longtemps choisi par Marins (puisqu'il savait qu'il y avait des cavins et des vallées couvertes), avaient comme réserves, ou pour refuge, des camps retranchés situés dans des positions inexpugnables : l'un, au nord-est, le camp du Painde-Munition ; l'autre, au sud, le camp du mont Olympe.

Le plus important, parce qu'il devait contenir les réserves de l'armée, était YAnnonœ Munitio (2), vulgairement nommé le Pain-de-Munition, situé au nord-est de la plaine ; il est, comme tous les anciens camps, assis sur le sommet de la montagne. « La fortification, construite en spirale, « consiste en un mur qui s'élève en enveloppant la monta- « gne de trois circonvalla tiens successives. La dernière « de ces circonvallations contourne l'arête du plateau dans a l'intérieur duquel on entre par une seule ouverture de a 5 mètres de large; Técartement des autres voies est de 5 « à 10 mètres,sirivant la pente plus ou moins forte de l'est carpement.

(( Les murs ont été faits en pierres sèches; ils ont six pieds d'épaisseur. Ce camp pouvait être défendu contre « un coup de main par une cohorte de 5 à 600 hommes ; il « était capable de loger un plus grand nombre d'hommes « ou un dépôt de vivres, de munitions et de bagages (3).»

(1) Sfert., t. 2, p. 309.

(2) Ibid., t. 2, p. 258.

(3) Roguet, t. 9, p. 384. - Tiran, t. 15. — L'abbé Castellan, ibid., p. 48. — Mémoires de la Société des Antiquaires. — Stat., t. 2, p. 202 et pi. X.

Ce camp retranché, ainsi que celui de Cnrrorum statio (Caronte), qui est ovale, et celui de Gonstantine (1) dans le territoire de Lançon, qui a la forme d'un fer à cheval , est-il ligurien, comme le veut la Statntiqve, ou même de Tâge antéhistorique, comme le prétend sir Jonh Lubboch (2) ?

N'ayant pas à nous prononcer sur cette question, nous nous contenterons d'observer : que tous ces camps retranchés attribués à Marins, sont construits de la même manière, avec des blocs de rochers bruts pris sur place, et superposés à pierre sèche, leur forme paraissant avoir été subordonnée à la configuration des lieux, comme c'est le cas de toutes les fortifications élevées sur des montagnes.

Ce camp du Pain-de-Munition communiquait, à l'ouest, avec Aix, parla vallée de Vauvenargues et Claps ; à l'est, avec Rianz ; à l'ouest, avec Puyloubier, et au sud, avec Fourrières. Il est situé au sommet d'une montagne fort élevée dont nous regrettons de ne pouvoir donner l'altitude, et par sa position il explique et justifie le mouvement tournant de Marcellus.

Sur ce champ de bataille ainsi fixé, les Barbares, arrivés les premiers, occupent le haut de la plaiift du côté de l'est, menacés sur leurs derrières par le corps de Marcellus, tandis que les Homains sont campés sur les mamelons qui la ferment du côté de Touest: c'est dans ces conditions que s'engage le combat.

Le texte de Plutarque est si clair, les mamelons, les înottes de terre sont si bien accentués, qu'on ne comprend pas les erreurs auxquelles a donné lieu la place qu'occupait l'armée romaine. Marins, disent les uns, occupait les col-

(1) Stat., t. 2, p. 258 etsuiv.

(2; JonhLubbock, par Barbier. Paris 1867, p. 51 à 58.

lines de Puyloubier jusqu'à Fourrières, et les Barbares, Trets, Peynier el Roussel (1); Marius, disent les autres, descendit du côté de Puyloubier, quoique quelques-uns disent qu'il ait logé son camp du côté de Roquefeuil (2). Les uns le placent au camp du Pain-de-Munition ; les autres, à celui du mont Olympe ; ceux-ci en amont, ceux-I.^ en aval de la plaine; si bien qu'on se demande si ces auteurs n'auraient pas visité, les yeux fermés, cette belle plaine qui parle clairement à qui veut les ouvrir I

(( Le lendemain, » le deuxième jour après celle d'Aix, « Marius offrit la bataille aux Barbares, en tirant son armée (( au champ, hors de son front, envoyant devant la cava- « lerie pour tirer l'ennemi à l'escarmouche.

« Ce quevoyant, les Teutons, ils n'eurent pas la patience « d'attendre que les Romains fussent descendus dans la (c pleine campagne pour le combat. Sans avantage ains « les allèrent trouver jusques àla motte sur laquelle ils (( étaient en bataille.

« Les Romains firent tête , les repoussèrent dans la « campagne , mais ils allaient se rallier lorsque Marcellus « tomba sur leurs derrières. »

Marcellus fut de bonne heure à son poste, car il faut à peine une heure pour descendre du Pain-de-Munition, jusqu'au monticule sur lequel est bâti Fourrières. Et comme la vallon au fond duquel est assise la route est profond, étroit et tortueux , il put arriver jusques au campement des Barbares sans être aperçu.

Lorsqu'il vit la bataille engagée, il se jeta sur le$ derrières, non de l'armée qui était au bas de la plaine, mais du camp , « de ceux qui étaient à la queue des Barbares » et

(1) SUU., t. 2, p. 265. — Abbé CasteUan, p. 39. (21 Bouche, t. i«', p. 327.

ce sont les cris des femmes et des enfants qui épouvantèrent les Barbares et leur firent lâcher pied pour venir à leur défense.

Le combat se concentra alors dans le camp , et c'est pourquoi le plus grand carnage eut lieu à Tegulata, auprès de la rivière, k deux ou trois kilomètres environ en amont de l'endroit où les Romains avaient été attaqués.

Les Barbares se battirent avec vaillance, mais leurs bandes furent bientôt écrasées sous la tactique et les manœuvres d'une armée dont la discipline faisait la principale force.

La victoire du général romain fut complète. <ic Cent « mille guerriers barbares demeurèrent sur le champ de bataille ou dans les fers du vainqueur.

« Les populations gauloises qui avaient tant de souf- « frances à venger, exterminèrent en détail les restes des « Teutons. Plus d'un demi-million de créatures humaines « avaient péri ou encombraient les marchés d'esclaves des « grandes villes (1) »

Ainsi finit ce grand drame I D'un revers de sa main, lyiarius abattit ces bordes innombrables qui avaient fait trembler Rome, et leur défaite fut si complète, leur anéantissement comme nation si absolu, que de si grands peuples l'histoire n'a conservé que le souvenir de leur extermination.

(1) Henry Martin, p. 76 et 77.

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