‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 16 sur 31 · ET LE TRIOMPHE DE FOURRIÈRES W · texte numérisé non relu

ET LE TRIOMPHE DE FOURRIÈRES W

Le plus grand massacre des Barbares eut lieu sur les bords du Lar , aux environs de Tegulata (la Tuilerie) près la Petite-Pégière , et c'est là même , à cinquante mètres environ au nord-ouest du monument dont nous allons parler , à côté de Tegulata et à Test du pont de la route impériale n° 7, que nous avons eu Theureuse chance de retrouver remplacement du bûcher dans lequel Marins fit brûler toutes les dépouilles qu'il ne réservait pas au triomphe (2).

En abordant ce champ par la rampe nord-est du pont, on aperçoit d'abord, à Test de la route, affleurant le fond du ruisseau , un mur de belle et bonne construction

(1) Le triomphe de Fourrières a donné son nom au quartier du territoire sur lequel il est bâti. Ainsi, on trouve dans les anciens cadastres de 1581, fol. 158; 1594, fol. 162, et 1618, fol. 104, une terre au triomphe; Manuscrit de M. Augard, juge-de-paix à Trets. — Trophœa Marii, (rallia Christianaj carte provinciœ Arelatensis.

(2) « Marins offrit son sacrifice sur un tertre , derrière Tauberge de « Saint-Andiol, en face de Fourrières ; la tradition s'en est si bien con- « servée que le peuple Tappelle Salavoun, iocus salvorum. — On voit « dans une petite chapelle, à demi ruinée, une grande pièce de marbre « blanc statuaire, contenant deux cartouches avec leurs cadres surmon- « tés d'une guirlande de laurier, entourés de bandelettes. » Mémoires de l'abbé Gastelian, p. 56.

Le tertre dont parle Tabbé Gastelian est au nord de la plaine, sur les contre-forts de Sain te- Victoire, à quatre kilomètres au moins de Tegulata. Nous n*y avons trouvé que quelques tessons de poteries romaines et arabes; le bûcher n'a pu être placé qu'au centre du camp, où avait eu lieu le plus grand carnage, et par conséquent à Tegulata, où nous le trouvons.

romaine , revêtu de ciraent, ayant peut-être fait partie de la fosse à argile de Tegulata (la Tuilerie). Mais, en avançant de quelques pas, on se trouve au milieu d'un amoncellement de débris de terre calcinée mêlée de briques et de poteries de toute sorte.

L'aspect change encore si on se rapproche de l'escarpement qui surplombe le lit de la rivière , car ici le doute et l'incertitude no sont plus permis ; les débris de toute nature, poteries fines, coulées de fer, de cuivre, de plomb, objets entiers que le feu n'a pu attaquer , tout prouve (|u'un riche butin a été là dévoré parle feu; nous avons rapporté de notre découverte, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire , de nombreux spécimens de tous ces objets, et entre autres, une coulée de plomb pesant plus de trois kilogrammes.

Des fouilles peu coûteuses produiraient sans doute d'inestimables richesses pour l'archéologie; mais à qui s'adresser pour obtenir la modeste somme de mille à douze cents francs qu'il faudrait pour ce travail ?

Cette découverte prouvera à nos lecteurs avec quel soin et quelle heureuse chance nous avons visité les champs de bataille de Marins, et combien sont exacts les récits de Plutarque qui s'exprime ainsi sur ce premier épisode de la victoire :

« Après la bataille , Marins fit mettre à part les harnais <( et les dépouilles des Barbares qui étaient demeurées « entières et belles à voir pour embellir et enrichir la « pompe du triomphe; puis il fit amasser le demeurant « en un grand monceau sur un bûcher de bois pour en « faire un grand sacrifice aux dieux. Lt lui-même, velu « d'une grande robe de pourpre, comme porte la coutume (c des Romains en tel cas, et tenant une torche ardente à

(( deux mains, laquelle il haus3a premièrement contre le « ciel , et la baissa pour mettre le feu dans le monc< ceau, etc., etc. » Suit Tépisode des messagers venant annoncer sa nomination à son cinquième consulat. Après quoi, Piutarque ajoute : a Les capitaines emmenèrent « Marius avec chapeaux de laurier qu'ils lui mirent à a Tentour de la tête ; puis cela fait, il mit adonc le feu « dans le bûcher, et paracheva le sacrifice. »

C'est là encore , au sud de la rivière , « qu*après la « victoire on éleva un monument dont il reste à peine quei- « ques traces ; il existait encore entier au XV® siècle, et il « fut représenté, à cette époque, sur une tapisserie par un t seigneur de Fourrières, de la maison de Glandevès; M. de « Saint-Vincent, qui avait vu cette tapisserie , dit qu'elle a représentait une haute pyramide portant sur sa base qui d est carrée et fort élevée , un bas-relief dans lequel on « distinguait trois soldats romains portant sur leurs « épaules un grand bouclier (scutnm) (\) sur lequel était « un général debout (2).

<( Ce monument composait les armoiries du village de « Fourrières; il avait donné lieu au proverbe : C'est comme « les armes de Fourrières, où trois hommes portent une « tuile, comparant le bouclier à une tuile (comme il en a « réellement la forme), et les trois soldats prenant beaua coup de peine pour peu de chose (3). Millin dit trois « esclaves enchaînés (4).

L'historien Bouche, aux récits duquel nous avons en cette occasion plus de confiance qu'en ceux de M. Fauris

(1) Rich, par Gherruel.

(2) M. de Saint-Vincent, Notice, Paris 1814, p. 11 et 12.

(3) Bouche, 1. 1", p. 423.

(4) MilUn, t. 3, p. 111.

de Saint-Vincent, donne le plan de la base de cette pyramide dont on trouve encore les vestiges sar la rive gauche du Lar, et une description du monument lui-même différant sensiblement de la précédente. Celle-ci est plus conforme aux armoiries du village de Fourrières que nous donnons ci-après, et à la fontaine qui a été construite en 1657, sur la place de la commune (4), quoique nous ne soyons pas plus certain de Tauthenticité de Tune que de Tautre. « C'est, dit-il, un grand bâtiment solide et carré, de a trois cannes en carré, entouré de murailles, à douze « pans de distance tout à Tentour, à droite en allant d' Aix « à Saint-Maximin , au terroir de Fourrières ( à dix ou <x douze mètres environ de la voie Aurélienne), proche du ce pont de la Fetite-Fégière,sur la rivière du Lar, que la tra- « dition nomme le Triomphe de Fourrières.

« J'ai parlé autrefois à un homme honnête et digne de « créance qui me dit avoir ouï dire à un homme fort an- « cien, qu'il avait vu, en étant jeune, quelques reliques de « ces trophées, entre autres trois personnages en relief soua tenant un bouclier en forme de tuile, et de là est venu 9 le commun dire usité en Frovence, du triomphe de « Fourrière : ils sont trois à porter une tuile (2), » ce qui est bien différent, et signifierait plutôt : ils sont trois à faire la même chose.

(1) Lorsqu'on 1697 la commune de Pournères prit des armoiries, elle adopta une pyramide pour rappeler celle qui avait existé dans soii terroir. (Archives de la commune, carton coté n** A.) Tiré du Manuscrit de M. Augard.

(2) Bouche, t. !•% p. 424.

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