‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 23 sur 31 · VI. - LES SAINTES · texte numérisé non relu

VI. - LES SAINTES

Les Saintes Maries ou plutôt les Saintes, comme on les nomme vulgairement par opposition aux Maries des Baux, sont les deux Marie Jacobé et Marie Salomé qui, avec Sara leur servante, ont vécu et sont mortes au fond de la Camargue, car il fallait pour constituer la légende laisser au port de débarquement un témoignage solennel çLe ce mémorable événement.

La légende arlësienne, d'où elles tirent leur origine, a choisi cette plage pour leur débarquement, à cause de son nom latin Sancta Maria de Mari, qu'on traduisait à volonté par A^otre-Dame-de-la-Mer oupar les Saintes-Mariés, ainsi que nous l'avons précédemment démontré,basant ainsi tout cet échafaudage d'erreurs sur une équivoque, de la même manière que la légende des Baux avait tiré son nom de celui des Trémaïé.

Leurs reliques, exhumées en 1448 par le roi René (4), sont pour les hagiographes (S) la preuve certaine de l'arrivée

(1) Voir le Procèê^verbal de cette exhumation aux Archives de la Préfecture.

(2) Âcta Sanei.^ t. 9, p. 452.

aax embouchures du Rhône de la barque miraculeuse, par conséquent de la légende arlésienne. Si donc on pouvait prouver que le sol sur lequel est bâti le village des Saintes-Mariés n'existait pas au premier siècle de l'ère chrétienne ; qu'il n'a été formé que beaucoup plus tard et par l'effet des atterrissements du Rhône, ainsi que l'ont prétendu M. Desjardins (1) et d'autres avant lui (2)» on trouverait dans ce seul fait la preuve la plus évidente et la plus absolue de la fausseté de cette légende.

Mais cette preuve n'est pas aussi facile à faire qu'on le suppose, et si on n'avait pas de meilleurs arguments à lui opposer, la légende sortirait victorieuse de la lutte.

La légende pourrait répondre en effet :

1^ Que durant Tintervalle écoulé du règne d'Antonin au XVII® siècle, « les conquêtes du continent furent à peu « près nulles, et que le lit du fleuve n'a dû son prolonge- « ment qu'à des circonstances dont la cause ne remonte (n pas aurdelà du déboisement des montagnes du Dauphiné, « des Cévennes, de Provence, commencé sous Louis XIII, a et continué sous les rois ses successeurs (3) . »

i"" Que le sol des Saintes-Mariés pouvait être un ilôt avancé dans la mer, comme ceux qu'on voit surgir aux embouchures du Rhône ou comme ceux que nous montre M. Desjardins dans sa carte précitée, lequel ilôt se serait soudé plus tard à la terre ferme.

S'' Que le Rhône a pu changer de lit, et reporter ailleurs et ses embouchures et ses atterrissements peu de temps après l'époque dont nous parlons.

(1) Aperçu to^., pi. X,

12) Mon. inéd., t. !•', p. 1268.

(3) aair, p. 19.

4» Que la plage, si elle a été atterrie, a pu être postérieuremeut rongée comme lest aujourd'hui celle de Faramao, ainsi que le reconnaît M. Desjardins (I).

Et 5"* enfin, que le sous-sol des Saintes-Mariés, formé par le concours des soulèvements et des cordons littoraux, se rattache très certainement au bois de Rieuge, à Sylvé- ,rèal et au Daradel, et a par conséquent comme eux une existence antéhistorique.

D'où la conclusion que le sol du Yillage des Saintes- Mariés a pu exister au premier siècle, comme il existait au yp et au X*, et qu'on ne trouverait pas dans l'argument contraire une preuve suffisante pour rejeter la légende.

Il faut donc, pour combattre les personnages imaginai" res des Saintes-Mariés, rappeler ce que nous avons dit de la légende artésienne : qu'elle est dérivée de celle des Baux ; qu elle date seulement du X* ou du XP siècle et qu'elle ne peut s'appuyer pour justifier son origine ni sur l'histoire, ni sur la tradition, ni sur les monuments.

Le village des Saintes-Mariés est situé à l'embouchure du petit Rhône, à la base ouest du delta de la Camargue, à 37 kilomètres de la ville d'Arles ; quoiqu'il ne soit peuplé que de 500 habitants, et qu'il en compte à peine 1 ,000 avec son immense territoire de 37,598 hectares, il n'en forme pas moins à lui seul un canton.

Son église, avons-nous dit précédemment, est du XIP siècle ; elle a été b&tie avec des pierres calcaires apportées des carrières du Languedoc, très probablement de Frontignan, et sur les ruines d'une chapelle qui lui serait antérieure de plusieurs siècles.

On trouve peu de débris de poteries romaines aux

(1) Kk. et Dan., p» 28 et 29.

Saintes-Mariés, et cela s'explique, ce village n'ayant été, dans les temps anciens et jusqu'aux invasions sarrasines, qu une misérable station de pauvres pécheurs : quant au monument de Balbus dont nous avons parlé, et aux autres débris de Tépoque romaine, la rareté de la pierre y rend leur disparition parfaitement explicable.

La fête des Saintes-Haries qu'on célèbre le 25 du mois de mai, attire tous les ans un grand concours de fidèles enthousiastes des miracles des saintes femmes ; il n'entre pas dans notre cadre de retracer les détails de cette solennité qu'on trouvera décrits dans Mireïo ; mais il convient d'observer que ce sont les Languedociens surtout qui font ce pèlerinage, tandis que les Provençaux fêlent de préférence sainte Marthe et principalement sainte Madeleine, qui est aujourd'hui la patronne préférée comme elle est le principal personnage de la légende.

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