‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 24 sur 31 · SAINT LAZARE · texte numérisé non relu

SAINT LAZARE

Dès que les deux femmes des Trémaïé. Marthe et Julie, étaient transformées en sainte Marthe et en sainte Marie- Madeleine, le troisième personnage. Marins, devait être converti en Lazare.

11 n'y avait pas plus d'incertitude quant au siège épiscopal de cet évoque; puisque sainte Marthe était à Tarascon, sainte Marie-Madeleine à Aix, la place de Lazare ne pou-

vâit êlre qu'à Marseille, la puissante auxiliaire qui avait nourri les légions de Marins pendant la guerre.

Mais quelle ressemblance Tévêque pourra-t-il avoir avec le consul? La seule évidemment qui puisse se concilier avec des fonctions si dissemblables ; et ici, encore on reconnaît la naïveté et la sincérité de la légende qui a suivi la tradition populaire plutôt que la vérité historique : l'évêque a la barbeet les cheveuxcourts (1 ),tandis qu'il devrait les avoir longs comm« les juifs, comme Jésus-Christ luimême s'il était arrivé directement de Judée avec ses sœurs.

L'évèque a donc conservé de Marins tout ce qu'il pouvait en prendre, la barbe et les cheveux, et c'est par là seulement qu'il rappelle l'image de la stèle des Baux.

Ce n'est pas cependant cette particularité tout à fait secondaire, qui nous a fait retrouver le consul sous la tiare de révêque, mais bien l'enchaînement logique des personnages de la légende. C'est surtout Marthe avec son costume à nul autre semblable. Et celle-ci reconnue, il n'y avait plus qu'à lire, le livre était grand ouvert ; nous savons qu'au point de vue historique, la prophétesse ne peut se trouver qu'avec Marins et Julie, tandis qu'au point de vue légendaire, la sainte ne peut être qu'avec Marie-Madeleine et Lazare.

Si Lazare le ressuscité est réellement venu prêcher la foi à Marseille ; s'il a vécu dans la grotte de Saint-Victor, comment se fait-il que cette église, une des plus anciennes de Marseille, ne lui soit pas consacroo ?

(1) A la chapelle de la Major, à Marseille. Mon. inéd , t. 1", p. 1167, et dans presque toutes les images et les statues que nous avons vues de lui.

Ce n'était d'abord qu'une caverne dans laquelle fut éta blie une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-la-Confemon ; le culte de saint Victor y fut plus tard institué par les Cas sianites, saint Gassien ayant choisi ce lieu pour y fonder, en 410, le couvent qui devint célèbre sous le titre d'abbaye de Saint-Victor.

Le premier établissement de Gassien, qui est peutètre le plus ancien lieu consacré à Marseille à la religion chrétienne, fut un oratoire dédié à saint Victor; il y joignit ensuite deux autres chapelles dédiées l'une aux apôtres saint Pierre et saint Paul , l'autre à la Vierge et à saint Jean-Baptiste (1). Mais lors de la consécration, en 1010, de l'église qui fut bâtie sur les ruines de celle détruite par les Sarrasins, Benoit IX signala parmi les titres de gloire de l'abbaye, mais le dernier, comme pour réparer un oubli, tandis qu'il aurait dû être au premier rang, la passion de Lazare ressuscité par Jésus-Ghrist, qui aurait été jusqueslà à Autun où il aurait été transporté par les Bourguignons, du temps des ravages des Sarrasins (2).

Ainsi le culte de Lazare n'a pas été institué à Saint- Victor par Gassien ; c'est Benoit IX qui, en 1040, aurait signalé comme le dernier des titres de gloire de cette abbaye la passion de Lazare ressuscité par Jésus, ce qui ne donnerait pas au cullede ce saint personnage une plus haute antiquité que celle de la légende arlésienne.*

Marseille fut sans doute la dernière ville des Gaules à recevoir la parole évangélique, comme elle fut la dernière où s'implanta la légende ; mais celle-ci dut y faire de rapides progrès et y prendre en peu de temps un respecta-

(1) SUU., t. 2, p. 455.

(2) Mon, inéd.<i t. 1*', p. 533, et Essai sur l'apostolat de sainte Marthe^ p. 16.

ble cachet d'antiquité, les léproseries et les lazarets ayant depuis les Croisades vulgarisé le nom de saint Lazare à Marseille.

Pour prouver l'apostolat de ce premier évêque, M. Paillon s'appuie principalement sur une chaire et sur une image de saint Lazare taillées dans le roc de la caverne de Saint-Victor. Or, cet écrivain reconnaît lui-même que la « forme de la crosse de cet évêque pourrait faire juger « que l'œuvre est du VI® siècle environ, quoique l'espèce « de bonnet rond qu'on lui donne ait été encore en usage a auXIP siècle (1). » Le monogramme du Christ qui est au plafond delà grotte, outre qu'il parait apocryphe, ne donnerait pas une plus haute antiquité à ces figures, ce symbole lui-même n'étant pas antérieur au IV* siècle (2).

L^ Gallia Christiana n'a pas une foi bien robuste en l'apostolat de saint Lazare. « Il est de croyance commune a (dit-elle), non-seulement parmi le peuple, mais encore « parmi lesérudits de la Provence, que Lazare, celui qui « fui ressuscité par le Christ, fut le premier évêque de « Marseille (3] . »

Le doute des hagiographes, lorsqu'il s'agit d'un personnage aussi considérable que Lazare, porte une rude atteinte à la légende; et cette atteinte devient mortelle, lorsqu'au lieu du panégyrique du patron de Marseille, on ne trouve dans les savants auteurs des vies des saints de cette antique cité qa*un modeste souvenir, rappelant dans

(1) Mon, inéd.,i !•', p, 547.

(2^ Leblant ut suprà.

(3) Communis est non solum apud vulgus verum etiam inter eruditos in provincid viros, primum qui fidem christianam Massili», etc., etc., fuisse sanctum Lazarum a Ghristo servatore nostro a mortuis excitatum. GalUa Chrisiiana, t. !•', p. 631.

la vie de saint Victor la crypte, le confessionnal et Tanagramme attribués à saint Lazare.

Le frère de Marthe n'est donc autre que Marins et les récits apocryphes de saint Alexandre de Brescia et de Raban-Maur sont les seules preuves de sa venue en Provence.

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