‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 27 sur 31 · HISTORIQUES ET ÉPIGRAPHIQUES DE LA LÉGENDE ARLËSIENNE · texte numérisé non relu

HISTORIQUES ET ÉPIGRAPHIQUES DE LA LÉGENDE ARLËSIENNE

Après les attaques de Launoy et des. variantes sans

nombre sur le lieu de débarquemeul et sur le nombre des saints proscrits, la légende artésienne était enfin sortie des limbes de sa formation et avait été élevée par M. Faillon à la hauteur d'une croyance universelle, lorsqu'elle a été attaquée par de nouvelles critiques qui l'ont une seconde fois fortement ébranlée.

M. Faillon, dans ses Mon/uments inédits, s'appuyait, au point de vue historique, pour prouver la venue des saints proscrite en Provence :

4"* Sur l'authenticité des actes de saint Alexandre de Brescia , qui aurait été contemporain de saint Lazare et de saint MaKimin, et serait venu les visiter à Aii et à Marseille, pendant leur épiscopat, actes qui ont été publiés pour la première fois à Milan par Philippe Ferrari en 4 64 3 ;

Et S"" sur celle des écrits de Raban-Maur qu'il attribuait au V« ou au VI* siècle.

Or, l'authenticité des actes d'Alexandre de Brescia ne saurait être sérieusement soutenue, malgré la peine ex* tréme que s'est donnée M. Faillon ; ils inspiraient si peu de confiance, qu'ils n'avaient jamais été cités par les anciens historiens. Bouche, Guesnay, Pitton, du Haitze (4) : les BoUandistes déclarent ne les approuver ni les improuver, et M Yéran garde la même réserve {%).

Les récits de Raban-Maur sont aussi sérieusement contestés ; les PP. Van Hecke et Benjamin Bossue, des nouveaux BoUandistes, placent au IX" siècle l'apparition de ce livre ; le P. Bossue va même jusqu'à dénier h la plupart des titres écrits produits par M. Faillon la portée ou la valeur qu'il y attache (3) .

(1) Mon, inéd.yi. i*', p. 525.

(2) L'abbé Véran , HiHoire de satrUe Marthe , p. 463.

(3) nnd, p. xvm.

M. d'Ozouvilte les considère comme apocryphes; ils n'auraient d'autres rapport avec RabanMàur que de porter en tête le premier de ses noms, Rabanm, et dateraient fout simplement du XY* siècle (1).

Suivant cet écrivain, tout l'ensemble du livre de H. Faii* Ion ne serait qu'une immense illusion : « Les Monumentg « inédits sur Tapostolat de sainte Marie-Madeleine en Pro- 4( vençe et les autres apôtres de cette contrée, font beau- <( coup de bruit en ce moment, dit-il ; ils ruinent de fond a en comble toutes les notions prises de Grégoire de Tours a et de Sulpice Sévère, détruisent toute la critique des « trois derniers siècles, rappellent ces légendes apocry- « phes que les évéques avaient généralement cru devoir a supprimer, et replacent toute l'origine historique de « l'Église des Gaules sur les fondements admis par les XP « et XIP siècles : c'est toute une révolution que nous an- « nonce la publication des Monuments inédits ; qui sait où « elle s'arrêtera (2] ? »

M. l'abbé Yéran ne leur attribue pas une plus ancienne origine ; il les croit apocryphes ou interpolés du XIV' ou du XV"" siècle, et nous sommes complètement de son avis : l'interpolation est manifeste, puisque la légende artésienne, qui fixe l'arrivée des saints personnages aux embouchures du Rhône, est du X"" ou du XP siècle, et que Raban ne pouvait discuter, au Y' ou VP siècle, les opinions des différents auteurs sur Madeleine (3) et sur la Sainte- Baume, les faits inventés et les auteurs qui les ont écrits étant de beaucoup postérieurs à l'époque précitée (4).

(1) Origines chrétiennes de la Gaule^ lettre IV, p. 23 et suiv.

(2) /Wd., lettre I", p. 2, ex M. Rostan, [d) L'abbé Véran , p. XVIII.

(4) Mon. inéd.,i. 1-, p. 399.

Si les actes apocryphes de saint Alexandre de Brescia et les récits de ftaban-Maur ne peuvent inspirer aucune confiance , à plus forte raison devons-nous rejeter ceux de la fausse Syntique, œuvre évidente d'un faussaire depuis longtemps reconnue et constatée. Il faut dès lors, dit M. Yéran, a s'en rapporter uniquement à la tradition, car « c est elle seule qui peut nous renseigner, puisqu'à partir « du jour de son embarquement, les renseignements don- « nés sur la vie de sainte Marthe avec précision et une ce certaine suite manquent absolument (1). »

Ainsi, de l'aveu des hagiographes eux-mêmes, les faits historiques manquent à tel point de preuves qu'il faut s'en rapporter à la tradition.

Or, on vient de voir ce que vaut celle-ci ; mais avant nous déjà, le P. Denys de Sainte-Marthe avouait que les érudits de sou temps avaient abandonné la tradition, et lui-même ne fait pas difficulté de l'abandonner comme incertaine (2).

M. Yéran, avec le simple bon sens d'une critique éclairée, en détruit à son tour le plus miraculeux épisode ; « Les saints, dit-il, n'ont pas été jetés dans une barque à a Jérusalem ni à Béthanie, qui sont dans l'intérieur des (( terres ; ce serait donc à Joppé, aujourd'hui Jaffa, port le « plus à proximité de Jérusalem : mais comme les Juifs « n'étaient pas maîtres de cette ville, il faut admettre que <i les saints personnages se seraient embarqués volontai- « remenl (3). »

Il n'y a rien à répondre à ce raisonnement; mais le voyage n'a dès lors plus rien de miraculeux, puisque les saints proscrits ont pu s'embarquer avec des provisions,

(1) L'abbé Véran, p. LI et 147,

(2) Gallia Chnstiana^ t. 1", col. 299.

(3) L'abbé Véran, p. 152 et 168.

des voiles, un pilote, et le départ devenant un fait humain, historique, devrait être prouvé autrement que par une simple supposition.

L'épigraphie nousfournira-t-elle de meilleures preuves que l'histoire?

Nous ne devons pas nous attendre à trouver des inscriptions sur les tombeaux des saints proscrits : « Les pre- (( mières inscriptions chrétiennes de la Gaule ne sont pas « antérieuresau VHP siècle (1). »

Les inscriptions latines des premiers siècles sont toutes apocryphes, car nous savons que la langue du monde juif et du monde chrétien à Rome fut, pendant les premiers temps, le grec (SI).

Les plus anciennes inscriptions sont écrites a en grec ; c le latin n'est venu qu'après et fort tard ; celle de saint « Corneille dans le cimetière de Calliste à Rome, en 25SI, (( est la seule qui soit en latin [3] ; toutes les autres sont • en grec. »

Quant aux inscriptions modernes : Hic jacet Martha : Hic jacet corpus beatœ Mariœ Magdalenœ : Nuvis in pelago : Maria virgo, minester de tempulo Gerosale (4), ce sont des locutions qui perlent avec elles la date de leur origine, quel que soit l'alphabet, grec ou romain, dont on s'est servi .

Hicjacel est du commencement du V* siècle, et, comme nous venons de le voir, la langue latine employée sur les monuments n'est pas antérieure au IIP.

(1) Leblant, p. IVetX.

(2) Renan, Saint Paul, p. 98.

(3) Revue des Beux-Mandes, t. 24, p. 41 , 1" mars 1869. Etude sur le Cimetière de Calliste^ par Gaston Boîssier, d'après Hossi.

(4) Mon, inéd., t. 1", p. 1306 et Rostan, p. 109.

On peut donc affirmer que toutes les preuves manquent à la légende arlésienne, et qu'elle ne peut pas plus s'appuyer sur rhistoire, sur la tradition et sur les monuments que sur Tépigraphie.

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